Les journaux annoncent la perte pour la France de son triple A. Les conséquences de cette décote sur les marchés financiers ne sont guère connues à ce jour, mais il semble certain que demain le pays s’enfoncera davantage encore dans une crise marquée par un ralentissement généralisé de l’activité économique et, probablement une nouvelle augmentation du chômage. Il paraît acquis, de surcroît, que la nécessité d’un désendettement rapide du pays aboutira à un accroissement rapide de la pression fiscale, ainsi qu’un re-dimensionnement, sur un format très contraint, de l’ensemble des services publics et des prestations sociales.
A lui seul, cet épisode confirme le recul d’un pays dont on ne voit pas où il pourra puiser l’énergie nécessaire à son renouveau, d’un pays dont le peuple vieillissant, égoïste en actes, « élevé » aux mamelles de la consommation de masse et des petits plaisirs immédiats, semble totalement abruti par le discours de ses prêtres laïcs, pseudo-philosophes et vrais con-fesseurs de tous bords, qui, à grands coups de repentance et de farces humanitaires, ont encré en lui l’idée de déchéance collective que vient confirmer, en quelque sorte, la rétrogradation financière : médiocre au plan des valeurs, débiteur d’un monde auquel il aurait tout dérobé (à commencer par son innocence native), l’occidental s’avère être, de surcroît, un parfait profiteur du système de redistribution des richesses ! Bientôt, dans un paysage marqué par la récession économique et l’anarchie sociale, tandis que prospèreront l’immigration galopante et un communautarisme de plus en plus agressif, surgiront non plus des thuriféraires, mais de véritables fossoyeurs, des « liquidateurs », contre lesquels nul ne se dressera plus. A court terme, les chefs et les « autorités » dont nous sommes abondamment dotés ne pourront qu’accompagner, quand bien même ils ne conspirent pas de toute leur âme à notre perte, la grande déglingue du pays, conduisant le peuple comme un animal à l’abattoir. Quant aux extrêmes, aux positions radicales qui conduiraient, par voie de conséquence, à fausser le mécanisme d’horlogerie du système humanitaro-capitaliste, nos âmes molles et abouliques ne sauraient s’y résoudre, ce qui indique bien que la « bonne raison » du consommateur, du contribuable, de l’usager ou du client, ces assujettis complets, a bel et bien supplanté la résolution du citoyen libre. Ce qui m’afflige, au delà de toutes les conséquences matérielles de la crise actuelle, c’est cette forme d’effondrement moral auquel nous assistons : le Français – tout autant que ses comparses européens – témoigne d’une lâcheté sans limite doublée d’une incapacité à reconnaître, parmi ceux qui l’entourent, ses amis autant que ses ennemis, ceux avec lesquels il peut encore partager un destin et la foule de ceux qui réfutent, par nature ou par construction, sa raison d’être. Comment espérer, dès lors, que la nation tout entière acceptera d’accomplir les sacrifices nécessaires à son relèvement ? Notre aveuglement est littéralement assourdissant ! Cet aveuglement nous condamne par avance au mutisme et à l’inaction quand ennemis et sbires du système pilleront nos biens les plus précieux, souilleront notre héritage séculaire et sacrifieront sans vergogne nos enfants. Il faut au contraire se résoudre plus que jamais au combat, à l’endurcissement des corps et des esprits, car la reconquête du sol et celle du pouvoir ne se peuvent sans celle de l’estime de soi. Plus que de triples A, nous manquons de fierté et de l’instinct élémentaire de notre supériorité.