Les souvenirs d’Ulad (XV)

Publié dans Eire le 9 juillet 2009 par laviedesbetes

Emaïnn Macha

La lande de l’Ulster épongera les larmes
Et les cris d’une mère à qui le roi des terres
Lancera un défi au prix du chef d’un père
Aussi fat qu’imprudent, ignorant son alarme
A la table féale et jurant sans ciller
Que plus vite elle irait, presque à s’égosiller
Que Macha, son épouse, évincerait chevaux
Du char du Conchobar. Au milieu des rivaux
Un murmure se fait et sourires en coin
Accueillent l’incident : « Qu’on mande sur l’instant,
L’improbable cabale !
» ricane, l’air chafouin,
L’offensé, tandis que, goguenards, prétendants
Et soudards ont lancé maints paris sur l’issue
De ce repas : combien de têtes tomberont
Pour que vive l’honneur ? Pour qu’ordre soit rendu
Aux choses de ce monde ? Paysan fanfaron
N’as-tu pas présumé des forces de ta femme ?
« Que nenni ! » grogne-t-il, certain aussi du blâme
Auquel ces mots d’orgueil à jamais le voueront :
Courroux d’un roi, celui d’une Sidé joueront
Sa pauvre vie aux dés… Tandis qu’il conjecture,
Les guerriers en convoi amènent le prodige,
L’épousée, ventre rond, priant qu’on ne l’oblige
Alors que les douleurs inondent l’embouchure
Où viendront ses enfants, à voler comme flèche.
« Ô roi, je fais appel à ta clémence et prêche
En ma faveur : je dois donner le jour aux fils
Qui demain se battront à ton seul bénéfice…
»
Buté, le roi s’emporte : « tu courras je te prie,
Si tu ne le fais pas, je tuerai ton mari !
»
Lasse autant qu’agacée, elle relève ses jupes
Non sans lancer un sort à l’assemblée des dupes :
« Aux Ulates cruels je fais don d’un tourment :
Une fois dans vos vies, de mon accouchement
Vous vous rappellerez, cinq jours et quatre nuits,
Ce que souffre une femme en vous offrant la vie !
»
Ce qui fut dit fut fait : Macha courut devant
L’attelage aux chevaux de sueur ruisselant,
Puis accoucha sous eux, aidée du seul cocher.
On dit que Conchobar fit mander le boucher…

Reconnaissance du ventre…

Publié dans Non classé le 9 juillet 2009 par laviedesbetes

Hier soir, soupe à la grimace des garçons. Paul fait la tête, Julien écrase une grosse larme…
Moi : “ça ne va pas les enfants ?”
En coeur : “non !”
Moi : “pourquoi ? J’espère que ce n’est pas à l’idée de partir en vacances avec moi !”
Julien : “mais non, c’est parce qu’on ne reverra plus Laurence !”
Moi : “c’est vrai qu’elle était très gentille votre babysitter. Une des meilleures qu’on ait jamais eue vous ne trouvez pas ?”
Paul : “oui, c’était la seule qui nous faisait vraiment travailler…”
Moi : “c’est maman et moi qui lui avions demandé.”
Paul : “et puis elle nous faisait des cadeaux…”
Moi “…”
Paul : “des fois, elle nous achetait des pains au chocolat et des malabars.”
J’avoue que j’ai longuement hésité entre soupir, tant leur peine était sincère, et fou-rire !

Medley… Mets d’l'eau

Publié dans playlist de 7h00 du matin le 5 juillet 2009 par laviedesbetes

UNKLE – Be There
IAMX – This Will Make You Love Again
MY BLOODY VALENTINE – Soon
NEW MODEL ARMY – The Price
JARVIS COCKER – Fat Children
ENCRE – Galant
SIGUR ROS – Von

Acrostiche (X)

Publié dans bouteille à l'encre le 4 juillet 2009 par laviedesbetes

Questionnements de l’âme

Un beau matin, la nuit
Idem invitent l’Homme,
Sitôt mangée la pomme,
Un pépin pour l’ennui,
Invite sa raison,
Sa force de calcul,
Javelot sans recul
Entre joie et prison.

Où naissent les grands océans ?
Une vie a-t-elle cours après ?
Vie particule ou bien gisant
Aussi roide qu’amer, ce rets
Inouï de la mort sans fin ?
Se peut-il qu’ailleurs, aux confins,
J’aille en la compagnie des âmes
Envolées, épandues ? Grand dam !

Qu’advient-il des soleils, ces mers de flammes
Urbanisant la voûte d’oriflammes,
Empanachant nos vies, incendiaires
Pendus au néant du cosmos, en l’air ?
Une fois, se peut-il, revivre ici,
Ici revivre encore en la peau neuve,
Satin d’enfance à l’eau de ce lent fleuve
Jalonnant des rivages sans souci ?

Enhardir son esprit, tel est le vœu de l’Homme,
Endosser un habit d’arpenteur majordome,
Saltimbanque du verbe ainsi que du concept,
Polissant d’un dieu la statue, fartant préceptes…
Enluminer le monde est le souhait de l’âme,
Résolue à braver de tout mortel le brame,
En lui contant que Ciel est la pierre impavide
Ricochant comme rire à la face du Vide.

Le livre des lectures (XXX)

Publié dans citations le 2 juillet 2009 par laviedesbetes

“Du monde tel qu’il est, de ses lois, de sa préhistoire et de son histoire, les sciences ont tout dit, tout et le reste – et c’est une chance – mais de son Dasein, de son “être-là”, pour dire cela comme Heidegger, rien. Rien qui justifierait cette présence multiforme, envahissante, rien non plus qui légitimerait la présence obsédante de soi à soi à travers quoi tout cela nous parvient et nous submerge.”

Lucien JERPHAGNON, Les dieux ne sont jamais loin

“Souviens-toi de la substance totale, dont tu participes pour une minime part ; de la durée totale, dont un court et infime intervalle t’a été assigné ; de la destinée, dont tu es quelque faible part.”

“La nature universelle a orienté son impulsion vers la création du monde. Dès lors, ou bien tout ce que maintenant il arrive en provient par voie de conséquence, ou bien tout est irrationnel, même les événements les plus importants, ceux que provoque une particulière impulsion du principe qui dirige le monde. En bien des circonstances, le souvenir de cette pensée te donnera plus de sérénité.”

MARC-AURELE, Pensées pour moi-même

“Si quelqu’un livrait ton corps au premier venu, tu en serais indigné. Et toi, quand tu livres ton âme au premier rencontré pour qu’il la trouble et la bouleverse, s’il t’injurie, tu n’as pas honte pour cela ?”

EPICTETE, Manuel

“Quelques uns, par suite de l’ignorance où ils sont de la décomposition réservée à notre nature, par suite aussi de la conscience qu’ils ont de leurs mauvaises actions, passent leur vie dans le trouble et l’angoisse, en imaginant des fables mensongères sur ce qui advient après la mort.”

DEMOCRITE, Pensées

“Quand la grande Voie eut dépéri, on vit paraître l’humanité et la justice.
Quand la prudence et la perspicacité se furent montrées, on vit naître une grande hypocrisie.
Quand les six parents eurent cessé de vivre en bonne harmonie, on vit des actes de piété filiale et d’affection paternelle.
Quand les Etats furent tombés dans le désordre, on vit des sujets fidèles et dévoués.”

“Celui qui connaît ses lumières et garde les ténèbres est le modèle de l’empire.”

LAO-TSEU, Tao Te King

Plus fort que Fantômas ?

Publié dans perlespépites le 1 juillet 2009 par laviedesbetes

Chroniques du cirque (LXXV)

Publié dans chroniques le 26 juin 2009 par laviedesbetes

J’entre doucement dans ces eaux où peu à peu l’on commence à compter autant les années qu’il reste à vivre que ceux, qui pour une raison ou une autre, nous ont quittés ou s’apprêtent à le faire. Je découvre ainsi à quel point sont abîmés les êtres qui m’entourent, combien les âmes et les enveloppes ont été cabossées par le temps qui passe inexorablement, par les avanies qu’il apporte avec lui, pareil au vent mauvais annonciateur de la tempête. Parfois, inspiré sans doute par mon instinct de préservation, je recherche mes propres bosses, j’épie la moindre marque qui indiquerait une plaie ou les prémices d’un ravage à venir. Tout cela finira mal, telle est l’amère leçon des choses. J’admire, en toute humilité, le courage de tous ceux qui font face au malheur, qui supportent sans broncher les misères de la vie, la solitude ou la maladie. J’admire encore plus, peut-être, ceux d’entre nous qui, en toute connaissance de cause, passent outre le constat et les certitudes pour vivre pleinement l’instant présent, donnant à l’existence un tour agréable et joyeux, irradiant ceux qui vivent avec eux, ceux qui les côtoient, d’une lumière apaisante, éclairant ce monde voué au froid et aux ténèbres des confins d’où tout a jailli en des temps immémoriaux, d’une vraie chaleur humaine, de celle qui nous rappelle combien peut-être belle cette fragile condition, cette délicate enveloppe où repose, en définitive, le cœur même de notre dignité et peut-être aussi l’univers tout entier. J’admire ceux pour qui la vie n’est pas qu’un théâtre des vanités, ceux qui ne voient pas en elle uniquement le règne dur et implacable d’une loi, fut-elle, divine, naturelle ou scientifique. Enfin j’admire ceux qui, conscient du poids des circonstances, sachant que le hasard et la chance résument à eux seul ce que l’on désigne pompeusement par le terme de providence, continuent de vivre sous le sceau de l’espoir.

Qu’en est-il cet espoir ? Celui d’une meilleure fortune ou d’un gain supérieur ? Non point, mais l’idée simple que l’existence vaut la peine d’être vécue, qu’en elle sourd le sens immanent des choses, celles que nous ne comprenons pas, tout comme celles qui peuvent nous révolter. L’être humain est balancé entre deux tentations : le combat ou bien le repos. En lui se rencontrent, se concentrent, s’agitent, s’assemblent, en quelque sorte, l’être et le néant, le chaos et le vide abyssal, la fugacité de l’instant et l’éternité, l’instinct de vie et la mort. Il ne se retrouve lui-même complètement ni dans l’une ni dans l’autre, mais prospère dans une sorte d’équilibre, fragile et instable, où les frontières restent poreuses, entre des forces qui irriguent sa vie, dont pourtant il ne connaît ni la source, ni la direction, ni même la place où elles finiront par s’épandre avant que de disparaître, avant, peut-être, de jaillir à nouveau. Le mystère de ce monde-ci n’a peut-être d’autre nom que celui de « Naissance ». N’y a-t-il pas quelque étrangeté à constater que nous ignorons tout de la nôtre ? A mesure que j’avance vers ma fin, je sens confusément que la seule réponse possible gît peut-être là, inviolée, aux origines de toutes choses. A mesure que je me désassemble, à mesure que je me dissous, je devine que la clé pourrait être ce lien ténu mais essentiel, ce fil d’Ariane qui non seulement unit et tisse entre elles maintes particules pour donner vie à cet être de « synthèse » que nous sommes, mais qui aussi attache indéfectiblement cet être sensible et raisonnable aux deux bornes de sa destinée.

Quand, hier au soir, une amie m’a avoué que les nouvelles la concernant n’étaient pas bonnes, que le cancer contre lequel elle lutte, seule et sans le moindre traitement médical, avait repris le dessus après des mois d’accalmie, je n’ai pas su quoi répondre, sachant pertinemment qu’elle refuserait le secours de la médecine (elle a été médecin), ainsi que toute forme de pitié ou de lamentation. Je savais aussi que l’impuissance, apanage de ceux qui demeurent dans l’attente de leur tour, n’avait ici pas droit de cité. C’est elle qui m’a rasséréné. Cette femme encore jeune, aussi sage que charismatique, continue de répandre cette joie de vivre qui la rend si attachante, de partager, avec les mécréants dont je suis, la belle Lumière qui étincelle dans son regard de jais et ses dents d’une blancheur parfaite, de porter autour d’elle cette « bonne parole » faite de douceur et d’amour, de dire que ce que nous appelons la fin lui promet, à elle, la plus belle des renaissances.

La contine des cantines (LXI)

Publié dans contines le 21 juin 2009 par laviedesbetes

J’assisterai à ma fin, sans contredit. Et moi, qui m’assistera ?

Les religions sont la martingale dont se dotent les Hommes pour conjurer leur peur viscérale de la nuit noire. La formule subtile du pari résume bien tout l’avantage qu’il y a à croire contre toutes les évidences, mais elle indique aussi qu’il y a finalement moins de calcul que d’instinct dans la démarche du croyant.

L’Homme n’est jamais qu’une sorte d’assemblage dont on ignore encore les fins qu’il sert. A bien connaître les parties, le savant n’en ignore pas moins le tout.

Si ma vie n’était qu’un seul jour, il me faudrait l’espérance pour penser à demain.

L’amour : la patrie d’un cœur appelé à l’exil par l’impitoyable tribunal de la force des choses et des circonstances.

On reconnaît la qualité d’une cause à celle de ses serviteurs.

Se méfier des façades, car ce sont elles qui se délabrent le moins vite.

Ne jamais perdre de vue que la religion est ce véhicule dont le moteur se nomme la foi.

L’Homme qui a faim de toutes choses n’en voit jamais la fin.

La trinité n’est peut-être qu’une présentation imparfaitement maîtrisée du processus dialectique ?

Le concept, un bruit qui vient de l’intérieur.

Se pourrait-il que l’esprit, son chaos d’émotions, d’idées et de souvenirs confus, soient le pendant exact du corps dont la splendide mécanique illustrerait, quand elle fonctionne, le principe achevé de l’ordre ?

Dandyssime…

Publié dans videodrome le 20 juin 2009 par laviedesbetes

… et purement génial, renouant avec le meilleur de la britpop des 90’s, cultivant l’ambivalence et la sophistication,  IAMX mérite amplement qu’on s’y attarde. Un grand merci à Caroline qui me l’a fait découvrir il y a peu.

Ernst von Salomon

Publié dans bibliophilie le 18 juin 2009 par laviedesbetes

Le  QuestionnaireE.von Salomon d’Ernst von Salomon : il y a dix ans ce livre m’avait enthousiasmé ; aujourd’hui, il me désole à maints égards. L’activisme féroce du temps de crise, lorsque le pouvoir politique déliquescent n’opposait que peu de résistance aux flèches de la jeunesse, le cède à une passivité totale quand la tyrannie la plus noire a jeté son ombre sur des consciences qui se voulaient libres, dans un style ombrageux et altier, aristocratiques pour tout dire. Combien les esprits forts, doués de surcroît d’une puissance d’analyse et d’une inventivité rares, peuvent s’aveugler sur le sens du combat à mener, combien la tradition et la révolution peuvent trahir leurs idéaux respectifs et vouer à l’impuissance leurs combattants par des calculs d’épicier digne du bourgeois honni, l’Allemagne de Weimar, et surtout ses adversaires, nous en donnent l’exemple. Pouvait-il seulement en être autrement ? Etait-il possible d’échapper à l’impasse où le nazisme conduisait nationalistes et communistes par un jeu savamment orchestré ? Fatalement les mots et les slogans, les livres et les concepts, l’idéal, son devoir-être et sa mauvaise conscience, devaient avoir le dessous dans leur combat contre le conformisme, la paresse et les frustrations adossés à la brutalité et à la vulgarité des gros bataillons de croyants. Les chemises brunes occupaient le pavé et s’en prenaient aux plus faibles… Quant à la politique et à la lutte pour le pouvoir, les urnes ont aisément pallié les risques dune révolution où le petit bourgeois aurait joué sa chemise. La vraie rupture avec la démocratie, le renoncement à la liberté passaient par le peuple et le jeu des mécanismes électoraux : cette erreur d’appréciation de la révolution dite « conservatrice », son isolement hautain et son élitisme pompeux, lui ont coûté, sinon la vie, du moins toute sa crédibilité. Comment ne pas croire, en effet, que ces hommes n’ont pas préparé, par leur action continue et l’agitation des esprits qu’ils ont menée à son terme fatal, l’avènement d’Hitler ? A leur corps défendant peut-être, mais en affaiblissant Weimar, ils ont bel et bien jeté l’Allemagne, sa civilisation et son histoire, dans les bras d’un Raspoutine et d’une église d’assassins aux slogans besogneux et à la démagogie rampante. Certes, ont-ils préservé pour la plupart leur intégrité morale et physique ; certes, ont-ils fait souvent preuve de courage ; certes…