J’adore cette vidéo… d’une intensité totale. En arrière plan, on aperçoit des gens qui se balladent, comme si de rien n’était… excellent ! Neurosis occupe vraiment une place à part dans la scène métal, pour preuve leur géniale collaboration avec Jarboe des Swans. Le dernier album – Given To The Rising – est très bon.
Archive pour février, 2008
Yann-Fañch Kemener (Théâtre des Abbesses, le 11 mars 2007)
Posted in Le goût du bruit on 29 février 2008 by laviedesbetes
Spectacle somptueux offert par un artiste capable de renouveler sans cesse un genre qui pourrait confiner au folklore rabâché ou à la démonstration d’érudition stérile. Grâce à lui, le chant breton confine à la poésie pure, celle des gwerziou mélancoliques qui vous serrent le cœur, celle de ces airs à danser qui feraient lever les morts… Accompagné d’un violoncelliste – Aldo Ripoche – qui, du pied, frappait lourdement la mesure, parfois à contretemps comme pour de vieux airs baroques, et d’une pianiste inspirée – Florence Pavie – capable de répondre aux défis et aux improvisations qu’impose le chant breton, Kemener a fait sonner sa voix aigrelette et sûre, bardée d’énergie telle une bombarde, fine et subtile comme une clarinette. Mélange de tradition populaire et de morceaux plus récents, alternance de chansons et de pièces instrumentales, le spectacle n’a connu aucun temps faible, captivant l’auditoire de bout en bout, un auditoire dont je me demande finalement s’il entendait grand chose à la langue de ses ancêtres, si ce monde dur comme la pierre des églises, humide et froid comme les chemins de tourbe, celui des grandes noces ou des fêtes de nuit à la lueur des lanternes, ce monde de vies paysannes aux moissons triomphales dont parle Xavier Gral, lui était encore accessible, fut-ce en imagination…
Je l’avais déjà vu en concert il y a plus de dix ans, à la Mission Bretonne de la rue Delambre, en compagnie de Jordane… Nous nous trouvions au premier rang dans la toute petite salle où avaient été disposée une centaine de chaises d’école… A capella, un livre de chant entre les mains, Yann-Fañch Kemener égrainait la longue litanie des complaintes, quand je vis perler une grosse larme au coin de l’œil de mon amie. Nous sortîmes rapidement prendre l’air laissant le maître à son tour de chant : Jordane me confia alors qu’elle venait de perdre son père…
Le vers à moitié vain (XXIII)
Posted in bouteille à l'encre on 29 février 2008 by laviedesbetesLa chasse
L’été le gentil faune à la forêt s’en vient,
Un filet dans la main et au cœur un désir,
Attraper libellule ou joli papillon…
Devant lui une fleur et son beau pavillon,
Arrimée à la tige, une fée qui chavire
Et tombe dans le sac tendu par le vaurien.
La leçon de l’histoire est encore incertaine :
Qui de la fée, du faune, aura le plus de peine ?
*********
Divines amours
La belle Néréide à la vue de l’amant,
Délace ses longs bras, le visage charmant,
Se suspend à son cou comme un beau bibelot,
Porte-bonheur prisé que l’autre dissimule.
L’infante est sans conteste au cœur de son émule,
Ayant posé son front et son rire angelot
A la bouche iodée du Prince des Marées :
Poséidon n’est plus que l’esquif amarré…
La contine des cantines (XIV)
Posted in contines on 29 février 2008 by laviedesbetesLa musique allie le défilement et la répétition en un flux continu que nous anticipons à merveille : ainsi évoque-t-elle l’ordre immuable du monde ainsi que sa fluidité.
Le génie du Christ : jouer le rachat et le repentir au détriment du destin et de son cortège de malédictions.
Le poème est une fissure à la surface des choses : l’inquiétude viendrait-elle du fait que l’œil-de-bœuf ouvre désormais sur la nuit noire ?
Hobbes nous apprend que l’Etat est le seul outil de gestion de crise réellement efficace.
L’Homme est ce législateur qui appelle de ses vœux la grande révolution.
Un grand espoir : bientôt l’univers tout entier sera notre « terra incognita ». « Hic sunt dracones » diront nos enfants en parlant des confins de l’espace…
En dernière analyse, le monde visible se manifeste à nous comme une ligne d’horizon. L’au delà de la perception s’avère être une vue de l’esprit.
Les règles de la civilité ne sont rien d’autre que l’expression d’un droit coutumier qui vise à anticiper la majeure partie de nos conflits d’intérêt en indiquant à chacun l’ordre de préséance : elles constituent, en quelque sorte, l’étiquette du peuple.
Chez l’homme sain, la pensée est lubrique et la raideur du phallus caractéristique.
La contrainte : un paramètre en vue d’une certaine fin.
La mort : aller à l’essentiel et s’y tenir.
L’être humain a beaucoup de mal à accepter sa nature accidentelle et contingente. En lui, une forme de disqualification qui aiguise ses aspirations à la plénitude et à l’éternité.
Il faut avoir tout donné pour parvenir enfin, nu et sans forces, au berceau du monde.
Vouloir éviter le pire, c’est fatalement y revenir un jour.
Les paradoxes sont les antennes magiques de la dialectique humaine.
S’éteindre à petit feu, comme une bougie dans la maison du poète.
« Vivre vite ! » quand le miroir nous renvoie la formule suivante : « vite ! vivre… ».
« Ouvre-moi » dit le coffre au trésor à son amant.
Vouloir exorciser son âme, vouloir purger sa nature du mal qu’elle abrite, procède d’une intention aussi malsaine que vaine. Ainsi cette opération conduit-elle, à la façon de ces membres que l’on sacrifie pour préserver d’autres parties du corps, à des mutilations monstrueuses. Ce qu’il faut viser, dans ce combat intérieur, c’est l’accès à une forme d’intégrité du moi et non pas seulement sa survie.
Ambrose Bierce
Posted in bibliophilie on 29 février 2008 by laviedesbetes
J’ai connu Ambrose Bierce grâce à R.G. Au début de notre relation, M. me lisait souvent des extraits de son drolatique et cinglant Dictionnaire du Diable. Je lui répondais par des citations de Tony Duvert…
Les nouvelles qui composent le recueil Morts Violentes sont parmi les meilleures que Bierce aient jamais écrites. Dans l’ensemble, elles sont très courtes : elles utilisent toutes le ressort de la peur et des horreurs de la guerre qu’il connaît bien, ayant été grièvement blessé en 1864. Ce qui frappe, c’est l’intensité des situations, le caractère décisif des choix qui s’imposent aux personnages : il y est toujours question de vie ou de mort. Plutôt de cette dernière d’ailleurs… La guerre laisse au soldat un faible espoir de survie, mais annihile en lui tout sentiment honorable ainsi que sa volonté. Le destin est invariable et l’ombre du trépas avance quelles que soient les illusions dont il se berce encore : cette ombre le rend lâche et ses manifestations tangibles le réduiront bientôt en charpie sanglante. L’espoir de s’en tirer perdure, même chez le héros ou celui qui tente quelque action d’éclat, mais un génie malin veut la perte des hommes : il est à l’œuvre dans chacune de ces histoires. Ce génie trame la déchéance du genre humain, sa destruction physique autant que sa désolation morale. Quand tous les symboles brûlent, les vertus viriles deviennent des instincts bestiaux et il ne reste plus que la fureur en lieu et place de l’humanité. Bierce se veut accusateur non seulement de la guerre, mais aussi de l’homme qui la subit… aveugle qui pourtant croyait voir ! La mort est un diable… qui sort de sa boîte.
Maître du frisson et de l’épouvante (bien plus qu’E.A. Poe), Bierce fut un être profondément malheureux. Non pas tant parce que son talent littéraire fut toujours moins estimé que sa plume de journaliste, mais à cause des avanies que la vie lui réserva : rarement écrivain eut moins de chance que lui dans sa vie privée. Sa fin pourtant demeure légendaire. Vieil homme, il partit au Mexique pour combattre aux côtés de Pancho Villa vers 1914. Depuis, on a perdu sa trace.
Les vestiges du soir (le 25 septembre 1995)
Posted in archéologie on 29 février 2008 by laviedesbetesVoyage à Denain où j’ai découvert la maison d’enfance de M., une bicoque en briques dans un coron du nord, sans eau courante, avec au fond du jardin la remise à charbon et les toilettes. Autour, une dizaine d’autres petites maisons, toutes semblables, un peu moins délabrées : hautes de deux étages, elles sont prolongées, au rez-de-chaussée par des vérandas aux larges baies vitrées. En dehors du grenier et de la cave, quatre petites pièces d’habitation où sa grand-mère vivait seule avec ses deux filles. Pas d’isolation. Peu de confort. La maison est entièrement vide. Seul, au coin de la cheminée, le portrait d’un homme jeune aux yeux clairs. Probablement son grand-père qui est mort en 1960 alors qu’il partait pour l’Algérie. Aux dires de M., il aurait succombé à une hydrocution en prenant un bain de mer… La photographie montre un jeune homme fringuant et vigoureux, sûr de lui. La bouche est charnue, très sensuelle, le nez épais et fort. Il était roux paraît-il. A y regarder de plus près, on devine il est vrai plus qu’on ne les voit, des tâches de rousseur sur la peau très pâle. Quel âge avait-il alors ? Vingt-cinq ou trente ans ? Guère plus. M. a été élevée dans une famille où manquaient les hommes : morts, traîtres ou plus simplement en voyage d’affaire, ils étaient singulièrement absent du logis.
Après avoir fait expertiser le grand buffet Henri II et laissé l’antiquaire du coin tenter de nous rouler la farine, nous avons décidé de conserver l’objet, sans trop savoir comment nous le ramènerions à Paris. Nous avons déjeuné à Valenciennes, une ville quelconque et abîmée autant par les guerres que par les urbanistes qui ont été chargés de la reconstruire. L’hôtel de Ville est un bel exemple de replâtrage ridicule : seule a été conservée la façade flamande, tandis que le reste du bâtiment relève du plus pur style stalinien. La pauvreté de nord : les complices du désastre industriel se détestaient au nom de la lutte des classes, mais sur terrain, ils ont travaillé de concert à la destruction du monde ouvrier. L’appât du gain a conduit des patrons subventionnés et des édiles communistes à sacrifier une région où ne survivent plus que les chômeurs et les retraités. J’ai vu les albums photos du temps jadis où des hommes en bleu de chauffe et au visage noirci posaient fièrement devant les terrils. Aujourd’hui la terre est en friche et les usines en ruine. La générosité des gens du nord : partout, nous avons été accueillis avec chaleur et bienveillance. J’ai senti toutefois à quel point ce monde ci était moribond. Ce qu’on appelle tradition populaire, le plus souvent ressemble à du folklore : la signification des choses se perdra invariablement dans la nuit…
Vanessa Paradis aurait enfin appris à chanter…
Posted in videodrome on 28 février 2008 by laviedesbetesCranes… un très grand groupe à tout petit public… et c’est dommage. Vus trois fois en 14 ans… Chaque concert fut un moment inoubliable. De plus, Alison et Jim Shaw sont charmants, ce qui ne gâte rien…
Amis de la poésie… adieu !
Posted in videodrome on 28 février 2008 by laviedesbetes
The Dillinger Escape Plan… “en concert”. Pour couper le son : en bas à gauche.
Chroniques du cirque (XIV)
Posted in chroniques on 28 février 2008 by laviedesbetesReuilly-Diderot, 20h00… Je flotte dans l’air humide et les passants me frôlent comme des projectiles sans se rendre compte à quel point je suis bien dans cette bulle ouatée de l’alcool. J’ai un peu forcé sur la bouteille de whisky, incapable de me souvenir combien de verres je me suis servi au cours de notre conversation. R.G. m’avait invité à passer chez, juste avant une répétition. Il m’a montré leur toute nouvelle collection de toiles, portraits en pied ou en buste d’improbables ancêtres, de toutes les époques et de toutes les conditions. Leur appartement, totalement repeint, ressemble désormais à une galerie d’antiquaire, encombré d’objets art déco, chinés le plus souvent, parfois trouvés dans la rue. Ensuite, longuement parlé de nos projets professionnels respectifs : j’admire la faculté de mon ami à lancer, ça et là, par l’entremise de réseaux nombreux et influents, des sondes qui lui permettent d’augmenter ses chances, d’enregistrer des gains bien supérieurs à ceux que nous, les « réguliers », obtenons. Oui, ce qu’il est, ce que j’aime : un « franc-tireur ». Ainsi, escompte-t-il beaucoup d’un succès de l’actuel équipe de la mairie de Paris et la perspective qu’il m’a décrite, pour laquelle il a déjà posé quelques jalons, m’a tout simplement bluffé. Le plan B n’est pas mal non plus… Parlé de C. également, et de notre départ imminent pour Strasbourg où nous allons en sinécure sous couvert d’être formé à ce que nous savons déjà… Alors que nous repartions vers l’entrée du métro, il m’a dit d’une façon toute simple, d’une voix douce qui contrastait avec ses intonations de bateleur : « j’aime K. ». J’ai eu envie, à ce moment là, de le prendre dans mes bras. Tout de suite après, il m’a regardé en coin, les paupières plissées, avec dans le regard cet air malicieux que j’aime tant : « elle déteste que je fasse l’idiot en public, mais je n’ai pas pu résister. La dernière fois, devant ma belle-mère, j’ai balancé un Scud. Je lui ai demandé : savez-vous ce que les hommes disent de leur épouse maintenant ? J’ai trouvé ma femme sur Meetic et dans dix ans, je la revendrai sur Ebay. » Décidément, j’avais trop bu et je flottais dans l’air humide, me gondolant comme un perdu.
French Touch…
Posted in playlist de 7h00 du matin on 28 février 2008 by laviedesbetesAl Kapott – Bretagne 44
Les Collabos – L’innocent Du Village
Oberkampf – Hopital
Reich Orgasm – Juin 40
L’Infanterie Sauvage – Adolf Est Au Vatican
Scraps – Dieu Doit Crever
Rapt – La Punition Nécessaire (Léon Zitrone t’es un bouffon)
Gogol 1er – J’encule
Les Vampires – Vive La Guerre
Tolbiacs Toads – Il Suffirait D’un Jour