L’île
Brûlant la myrrhe et l’encens, le veau d’or
Ont-ils égorgé sur la plage déserte…
Le fumet des autels s’élève en volutes,
Portant l’incendie aux vies anciennes :
Reliquaires brisés sous le soleil de plomb,
Ossements en fagots, une Vraie Croix, un clou
Tordu, l’insondable fatras des fonds de poche.
Les images saintes, jaunies, écornées,
Bons points donnés aux rejetons trop sages,
S’envolent en nuées, petits insectes plats
Se posant en silence sur de vieux grimoires
Aux pages déchirées, souillées de bave,
Pages lues et relues par les dévots dissous,
Pages pliées et repliées par des doigts agiles…
Immense autodafé où crépite l’œuvre
D’une Humanité incomprise : le savoir faire
A plus de poids désormais qu’une idée,
Les lois de la métrique plus de sens qu’un poème…
Les esprits supérieurs se tordent dans les flammes
Sans soupçonner la joie de leurs inquisiteurs
Surpris la main dans une boîte d’allumettes.
Quand on n’a rien à lire, on survit innocent.
Quand on a tout brûlé, il faut juger les hommes
Comme on juge les rois et leur suite servile…
Fauteurs de tyrannie, érudits et savants
Qui régentent les âmes, le génie ne vaut rien
Face au bourreau masqué qui joue de l’accessoire
Pour tarir à sa source le flot des mensonges.
Absous les pêchés de l’Académie,
Terminées les leçons des théologiens,
Chassées folies des amis de l’Homme,
Dont les fils bâtards pratiquent l’onanisme
A l’emporte pièces… Un peuple de castrats
Survit encore au pied de l’échafaud :
Eux ne voient plus supplice et Golgotha.
Les habitants de l’île ont tué les légendes,
Chassant l’illusion en chacun d’eux,
Extirpant l’espoir comme l’enfant mort-né
Du ventre de sa mère, résignant les vies…
Tous communient dans l’ultime refus :
Ni prêtres, ni savants pour soutenir l’effort
De l’œil nu posé face au trou noir.
Retour aux origines du monde :
L’île, minuscule, offerte aux vents
Qui ébouriffent ses rêveurs, à L’Océan,
Noir et profond, peuplé de créatures
Aux formes menaçantes…Sous un ciel lourd
Que rien ne déchire, une cohorte d’étoiles :
Improbables lanternes, impossibles soleils.