Archive pour avril, 2008

Le vers à moitié vain (XLII)

Posted in bouteille à l'encre on 30 avril 2008 by laviedesbetes

L’enfant…

L’enfant au regard perdu,
Glissant sur les vaguelettes
Du bassin où voguent, caravelles,
Les bateaux de bois…

Autour, la paresse et le reflux
Des après-midi du Luxembourg
Effleurant, à peine, ses joues
Rosies par le grand air.

L’enfant qui ne voit pas
Le défilé des visiteurs, curieux
Passants qui jouissent
D’une atmosphère délicate.

Des navires, bleus ou verts,
Voiles gonflées de brise
Et d’échos de la Ville
Emportent leur petit passager…

Front plissé et lèvres boudeuses,
Poings serrés, comme aventure
A la portée d’un rêve neuf…
L’enfant est seul maintenant,

Sous les mouettes en chamaille,
Non loin d’une diva
Et de ses prétendants,
A la vue des vieilles âmes

Lunatiques, blasées…
Il dépense à la pelle,
Les secondes chances,
Les raisons d’espérer.

La contine des cantines (XXVI)

Posted in contines on 29 avril 2008 by laviedesbetes

Nous devons à nos amis nos plus belles abdications, celles qui nous viennent de leurs fautes.

Qui prétend décrocher la Lune porte déjà en lui un firmament ; qui la décroche voit dans ce geste se confirmer son élection.

L’amour est le miroir aux alouettes des sentiments confus qu’il capture puis disperse parce que trop légers, parce que trop ténus.

Quand l’Homme boit, il frôle plus fréquemment la mort que son envoyée plantureuse, l’ivresse.

Les amitiés naviguent entre les rivages de la complaisance et ceux de l’étourderie.

La souffrance suffit à peine à combler en nous le gouffre du néant. Qu’irions-nous chercher en elle sinon la cause patente du mal-être ?

En littérature, dresser un portrait revient, inévitablement, à ériger la statue du Commandeur. L’écrivain ne connaît jamais que des types humains, ignorant l’incommensurable des destinées qui confère à chaque individu, au sein de la colonie, son identité à soi-même. James Joyce, dans ses Dubliners, parvient à s’affranchir des types en sacrifiant la composition de ses personnages à une vue en coupe qui suggère, plutôt qu’elle ne la décrit, la perdition par la seule association des trajectoires multiples.

En matière de bon goût, le classicisme est généralement le plus élégant des stratagèmes, le plus impeccable des cache-misère.

Un p’tit groupe bien de chez nous (enfin presque…)

Posted in videodrome on 28 avril 2008 by laviedesbetes

J’adore cette chanson… et le clip n’est pas mal du tout (pour du super cheap, certes !).

LYCOSIA “Travelling Through Our Love” (2004)

Les vestiges du soir (le 18 juillet 2000)

Posted in archéologie on 28 avril 2008 by laviedesbetes

Depuis trois jours dans un hameau situé aux confins du Tarn et Garonne, du Tarn et de l’Aveyron. Dix kilomètres au nord, Najac ; dix kilomètres au sud est, Laguépie. Nous avons loué avec un couple d’amis, une maisonnette aux murs épais et aux fenêtres étroites qu’un propriétaire adroit a complètement retapée, la dotant de surcroît de tous les équipements indispensables au citadin en vacances. Les pièces du rez-de-chaussée que nous occupons, tandis que Cécile et Christophe logent à l’étage, donnent sur une large véranda et une pelouse que les enfants ainsi que leurs jouets ont déjà annexée.

Nous jouissons du calme comme d’une denrée rare. Bercés par le pépiement des oiseaux et le vrombissement des insectes, nous contemplons un paysage stable de prairies vallonnées où paissent vaches et moutons. Leurs mouvements lents modifient, sans que rien d’essentiel ne soit touché, la trame d’une image de carte postale.

Tous les soirs, vers sept heures, Jean-Baptiste sonne le ralliement, car il est grand temps de ramener les moutons à la bergerie. Il court rejoindre Roland, notre grand et blond voisin – un parfait rutène diraient les historiens – qui lui donne au passage quelques instructions que le garçon enregistre par un hochement de tête affirmatif. Regard franc, poignée de main où mes doigts de col-blanc s’écorchent sur une peau calleuse, puis le berger s’en va à grands pas récupérer son bien, suivi au galop par ses aides, Jean-Baptiste, bien sûr, muni d’un bâton taillé pour lui dans une branche de noisetier et Youki le chien, un grand basrouge qui traîne la patte et qui, aux dires de son maître, ne ferait pas de mal à une mouche, ce qui ne l’empêche pas de faire rentrer dans le rang, en leur mordillant les pattes, les brebis récalcitrantes.

Après avoir rabattu ses bêtes vers la route, Roland prend la tête du défilé en direction du hameau dont l’entrée est barrée par un goulet formé par deux bâtisses aux murs rapprochés. Le troupeau, éléphant qui passerait par le chat d’une aiguille, se dévide alors comme un sablier, les bêtes se tassant les unes sur les autres dans un grand vacarme et gagnant de la vitesse pour échapper au corridor ; certaines sont propulsées par dessus leurs congénères, d’autres s’écrasent sur les pierres des façades, mais toutes finissent par passer laissant derrière elles une traînée noire d’excréments. Le chien se charge de rappeler à l’ordre les animaux déboussolés ou paresseux tandis que les premières brebis atteignent déjà l’abreuvoir. Les enfants – nous aussi, avouons-le ! – découvrent alors avec ravissement le spectacle des agneaux de l’année et frémissent un peu lorsque apparaissent, tonneaux géants dotés de baguettes en guise de pattes, les deux béliers au front bossu qui doivent bien approcher le quintal. Je sens alors Paul se presser contre mes jambes en poussant de petits gémissements de frayeur…

Chroniques du cirque (XXIX)

Posted in chroniques on 28 avril 2008 by laviedesbetes

Vendredi, cérémonie œcuménique dans la petite chapelle de la fondation. Nos paroissiens n’ont pas trop chahuté, participant au culte pour certains, notamment à une mise en scène fort simplifiée de la fameuse parabole des disciples d’Emmaüs. Je surveillais les membres de mon groupe : tous ont été très calmes, même si Fabien s’est assis en tailleur au pied de la tribune… Derrière nous, le directeur – par ailleurs un technocrate accompli – entonnait les cantiques d’une voix de fausset, nous montrant par là-même l’importance que toute la communauté accorde à ces célébrations régulières. Le pasteur, une femme au look baba-cool, semblait connaître chacun des pensionnaires par son prénom, saluant l’un, félicitant l’autre, rappelant à l’ordre, parfois, pour que l’on s’entende un peu sur la marche à suivre. Stéphane a lu un passage de la Bible tandis que Florence a contribué à l’animation des scénettes. Pour ma part, j’aurais refusé toute participation si l’on me l’avait demandé, non par anticléricalisme, mais parce que je crois à l’absolue neutralité des représentants de l’Etat que nous restons, indépendamment des liens que nous pouvons tisser , ici et là, avec l’institution et ses représentants, au demeurant charmants. Par ailleurs, j’ai trop de respect pour la religion et toute expression d’une foi sincère pour moi-même la mimer ou tricher sur mes convictions. Ainsi, me suis-je tu lors du Notre Père, cette prière qu’on ne peut dire mécaniquement, qu’on ne peut envoyer au ciel sans se soucier des conséquences. Enfin, j’espère en avoir fini pour de bon avec le monde judéo-chrétien et sa morale à laquelle je n’entends plus rien.

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Dimanche après-midi, promenade avec les garçons du côté du centre Pompidou, puis dans le Marais jusqu’à la place des Vosges. Le soleil radieux avait draîné aux terrasses des cafés ou sur les rares pelouses, leur habituel lot de promeneurs, levés tard pour la plupart, la conscience encore embrumée par les vapeurs d’alcool pour certains. Beaucoup de jeunes enfants, collés à leurs parents ou vautrés dans d’aérodynamiques nacelles ; des amoureux aussi dont les manières délicates, les attentions multiples et les petits baisers en coin me remplissaient d’aise quand ils faisaient glousser ma progéniture qui se cachait les yeux pour ne pas voir deux paires de lèvres se toucher…

Si Julien ne reconnaissait pas grand chose dans le dédale des rues pourtant maintes fois parcourues, me donnant la main pour ne pas être emporté par le flot des passants, Paul a semblé à l’aise, possédant quelques repères solides entre l’hôtel de Soubise et le musée Carnavalet, principalement des boutiques où Didier et moi avons coutume d’entrer et qui forment désormais les étapes incontournables de tout déplacement dans le quartier. Au retour, tandis que je tentais une version simplifiée de l’histoire du Marais, parlant des règnes de Louis XIII et du Roi-Soleil, de l’engouement puis du désamour pour les rues étroites et sombres de ce quartier aux façades torturées, Paul m’a interrompu pour me dire combien il avait adoré se rouler dans le bac à sable de la place des Vosges, grand dadai de 10 ans au milieu des bambins et de leurs jeux. J’ai hésité une seconde : me confiait-il les joies, bien connues, de la régression ou bien me lançait-il quelque signal discret pour m’indiquer la direction à prendre, cet été ?

A tous les petits guerriers de 10 ans…

Posted in Non classé on 26 avril 2008 by laviedesbetes

Voici les personnages que vénèrent, comme des preux de l’ancienne chevalerie ou des héros de l’Antiquité, mes deux fils… Dire que je ne comprends rien aux aventures des Ninjas de Suna est encore loin de la vérité, pas plus que je n’entends les règles complexes de leur apprentissage ou le but de leur quête… Mais je vois briller dans les yeux de mes deux garçons des étincelles de plaisir quand ils jouent à imiter Naruto et ses amis (je leur demande d’éviter de tout casser dans la maison, tout de même) et cela suffit à me combler.

Pour les ignares, la musique est celle du célèbre jeu Mortal Kombat…

Les vestiges du soir (le 27 mars 2006)

Posted in archéologie on 26 avril 2008 by laviedesbetes

Bord de mer au phare de Gatteville… Autour de moi, les promeneurs du dimanche. Une immense lassitude m’étreint alors que je contemple l’horizon indistinct : la mer, sur laquelle se dessine, par endroits, des friselis d’écume, et le ciel, lourd de nuages, que sillonnent de rares oiseaux blancs. La pluie, fine et dense, s’insinue partout tandis qu’une brise fraîche fait frissonner les touffes d’herbe qui émergent d’un sable jaune et grumeleux. Les rochers sont comme dans mon souvenir : bruns ou noirs, posés à plat autour du phare, à la façon d’un grossier pavage… A nouveau, je suis seul.

J’ai relu, à l’instant, notre échange de courrier de l’été dernier. Tout est là, direct et froid, sans la moindre omission de part et d’autre. Je suis ému et désespéré de constater à quel point deux êtres qui avaient tout pour réussir leur vie de couple ont pu se fourvoyer à se point. Je me dis que l’erreur était primitive et fatale, enfouie au plus profond de nos cœurs et recouverte d’un manteau d’espoir qui a fini, après s’être effiloché, par tomber en pièces… Ma part de responsabilité est grande, je le concède, mais M. ne m’a jamais vraiment aidé, m’aimant pour moi-même alors que je n’étais rien à mes propres yeux. Elle n’a pas compris que j’attendais de notre relation la métamorphose de nos vies, la réalisation pleine et entière de notre nature. De nous deux, elle seule a accompli ce lent avènement, me laissant, après douze ans de vie commune, comme elle m’avait trouvé, à l’état larvaire. Elle est devenue une femme magnifique, sûre d’elle-même – même si elle ne connaît ni ne maîtrise complètement son pouvoir – alors que peu à peu j’ai sombré dans l’à-peu-près et le médiocre. Elle n’a pas compris que je devais me libérer d’une gangue et que tel était l’unique but de ma vie. Certes, j’ai manqué les occasions de grandir à ses yeux, d’être digne de son amour, de le recevoir sans arrière-pensée et de me montrer, à mon tour, généreux, sensible, attentionné… Je comptais sur elle, peut-être trop, et j’ai fini par n’aimer qu’une image, puis le souvenir d’une image… Elle n’a jamais été aussi belle et désirable à mes yeux qu’au moment même où je l’ai perdue : je comprends, dès lors, qu’elle estime aujourd’hui ne pas avoir perdu son temps…

Le vers à moitié vain (XLI)

Posted in bouteille à l'encre on 26 avril 2008 by laviedesbetes

L’île

Brûlant la myrrhe et l’encens, le veau d’or
Ont-ils égorgé sur la plage déserte…
Le fumet des autels s’élève en volutes,
Portant l’incendie aux vies anciennes :
Reliquaires brisés sous le soleil de plomb,
Ossements en fagots, une Vraie Croix, un clou
Tordu, l’insondable fatras des fonds de poche.

Les images saintes, jaunies, écornées,
Bons points donnés aux rejetons trop sages,
S’envolent en nuées, petits insectes plats
Se posant en silence sur de vieux grimoires
Aux pages déchirées, souillées de bave,
Pages lues et relues par les dévots dissous,
Pages pliées et repliées par des doigts agiles…

Immense autodafé où crépite l’œuvre
D’une Humanité incomprise : le savoir faire
A plus de poids désormais qu’une idée,
Les lois de la métrique plus de sens qu’un poème…
Les esprits supérieurs se tordent dans les flammes
Sans soupçonner la joie de leurs inquisiteurs
Surpris la main dans une boîte d’allumettes.

Quand on n’a rien à lire, on survit innocent.
Quand on a tout brûlé, il faut juger les hommes
Comme on juge les rois et leur suite servile…
Fauteurs de tyrannie, érudits et savants
Qui régentent les âmes, le génie ne vaut rien
Face au bourreau masqué qui joue de l’accessoire
Pour tarir à sa source le flot des mensonges.

Absous les pêchés de l’Académie,
Terminées les leçons des théologiens,
Chassées folies des amis de l’Homme,
Dont les fils bâtards pratiquent l’onanisme
A l’emporte pièces… Un peuple de castrats
Survit encore au pied de l’échafaud :
Eux ne voient plus supplice et Golgotha.

Les habitants de l’île ont tué les légendes,
Chassant l’illusion en chacun d’eux,
Extirpant l’espoir comme l’enfant mort-né
Du ventre de sa mère, résignant les vies…
Tous communient dans l’ultime refus :
Ni prêtres, ni savants pour soutenir l’effort
De l’œil nu posé face au trou noir.

Retour aux origines du monde :
L’île, minuscule, offerte aux vents
Qui ébouriffent ses rêveurs, à L’Océan,
Noir et profond, peuplé de créatures
Aux formes menaçantes…Sous un ciel lourd
Que rien ne déchire, une cohorte d’étoiles :
Improbables lanternes, impossibles soleils.

Où vont les fées ?

Posted in videodrome on 25 avril 2008 by laviedesbetes

Stolen Child

Where dips the rocky highland
Of Sleuth Wood in the lake,
There lies a leafy island
Where flapping herons wake
The drowsy water rats;
There we’ve hid our faery vats,
Full of berrys
And of reddest stolen cherries.
Come away, O human child!
To the waters and the wild
With a faery, hand in hand,
For the world’s more full of weeping than you can understand.

Where the wave of moonlight glosses
The dim gray sands with light,
Far off by furthest Rosses
We foot it all the night,
Weaving olden dances
Mingling hands and mingling glances
Till the moon has taken flight;
To and fro we leap
And chase the frothy bubbles,
While the world is full of troubles
And anxious in its sleep.
Come away, O human child!
To the waters and the wild
With a faery, hand in hand,
For the world’s more full of weeping than you can understand.

Where the wandering water gushes
From the hills above Glen-Car,
In pools among the rushes
That scare could bathe a star,
We seek for slumbering trout
And whispering in their ears
Give them unquiet dreams;
Leaning softly out
From ferns that drop their tears
Over the young streams.
Come away, O human child!
To the waters and the wild
With a faery, hand in hand,
For the world’s more full of weeping than you can understand.

Away with us he’s going,
The solemn-eyed:
He’ll hear no more the lowing
Of the calves on the warm hillside
Or the kettle on the hob
Sing peace into his breast,
Or see the brown mice bob
Round and round the oatmeal chest.
For he comes, the human child,
To the waters and the wild
With a faery, hand in hand,
For the world’s more full of weeping than he can understand.

William Butler Yeats (1865-1939)

Le vers à moitié vain (XL)

Posted in bouteille à l'encre on 25 avril 2008 by laviedesbetes

Ite, missa est

Nous pourrissons ensemble, aussi secs qu’un bois mort,
Enlacés comme lierre au fronton des masures,
Compagnons décharnés à l’os craignant l’usure
Autant qu’éternité enfantée par l’Amor.
L’humérus à la côte, emboîtement curieux
Où vont vos sentiments, la fleur à peine éclose
Alors que nous gisons, à jamais porte close
Aux espoirs, aux serments, aux toujours glorieux.

Nos orbites creusées en disent long du doute
Inscrit aux ossements qui se savent épiés
Par les joies, le cœur purs de ceux qui ont pillé
Le sépulcre à l’humus, le caveau sans la voûte
Où vous priez ensemble : « Amis aux yeux si beaux,
Aux lèvres de rosée, à la peau frissonnante,
Ne vous méprenez pas et songez que l’amante
A son promis de chair du néant fait tombeau
».

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De la vie, la leçon
Est parfois douce-amère :
Il faut quitter giron,
Laisser là notre mère
Et prendre d’abordage
Un vaisseau sous le vent,
Puis avancer dans l’âge,
En lâchant gouvernail,
Voiles en éventail,
Et loin d’ici l’ancrage
Où nous étions bien.
Contrôler n’est pas rien,
Seulement nécessaire :
Et le vent et la mer
Connaissent mieux que nous
Le délicat remous
Des coeurs à l’unisson.
De la vie bénissons,
La brise qui conforte,
Les marées qui l’emportent.