Les vestiges du soir (le 6 mai 2007)
Je ne cesse de méditer cette très belle citation de Robert E. Lee qui indique à quel point les vues sont brouillées lorsqu’elles cèdent au manichéisme réducteur et simpliste. Ainsi, ne peut-on comprendre la grandeur d’un tel personnage, la puissance que dégage encore son nom à sa seule évocation partout aux Etats-Unis, ce gage de probité que toute sa vie nous offre, les vertus humanistes – ancrées dans une foi chrétienne authentique – qui ont guidé sa conduite jusque sur les champs de batailles les plus sanglants de la guerre de Sécession, si l’on adopte une posture réductrice qui dénie toute vertu à l’ennemi et l’assimile aux idées combattues. Affirmer que le célèbre officier sudiste était un abolitionniste convaincu, rappeler qu’il proposa, à la fin du conflit, de mobiliser dans l’armée du sud des esclaves en échange de leur liberté – proposition qui fut suivie d’effet, car des unités furent constituées – c’est commettre un affront à l’égard de ceux qui lisent l’histoire au travers de cette grille de lecture qui me fait horreur tant elle travestit l’essentiel de la lutte de l’Homme contre lui-même, lui refusant toute possibilité de rémission au nom d’une prétendue morale qui s’avère être, en définitive, l’autre nom dont se pare l’antique rapport de force que résume si bien la formule de Brennus à l’adresse des patriciens romains. Ecoutons la voix d’un homme vertueux, d’un guerrier qui, parcourant les lieux du désastre, n’hésita pas à demander pardon à ses hommes après la bataille de Gettysburg : « So far from engaging in a war to perpetuate slavery, I am rejoiced that Slavery is abolished. I believe it will be greatly for the interest of the South. So fully am I satisfied of this that I would have cheerfully lost all that I have lost by the war, and have suffered all that I have suffered to have this object attained »