Chroniques du cirque (XXVI)
Dimanche chez les parents. Depuis mon enfance, j’ai coutume de discuter avec ma mère après le repas dominical, ressassant souvent les mêmes vieilles histoires du passé. Une fois n’est pas coutume, nous avons abordé une période de sa vie dont j’ignorais tout, celle où elle entreprit une formation d’aide soignante peu de temps après le décès de sa mère. Elle m’a décrit avec force détail le grand hôpital de Strasbourg, « une petite ville dans la ville » a-t-elle pris la peine de préciser, comme pour mieux me préparer à la visite qu’évidemment je ne manquerai pas de faire, tentant de glisser maladroitement mes pas dans les siens, sachant pertinemment que tout s’efface, tout s’enfuit et que les faibles traces du passé qui perdurent sont comme les fragrances évaporées d’un vieux parfum. Je l’ai écoutée parler de sa jeunesse entre le pavillon des fous, celui des enfants malades, le bâtiment de l’administration où elle avait coutume – c’était sa corvée – d’amener le dossier de ceux qui venaient de mourir, gagnant ensuite la morgue pour s’assurer que tout – papiers et macchabée – était bien en ordre. Elle se rappelait, comme toujours, du nom de chacune de ses collègues âgées, comme elle, de vingt ans tout au plus, et de celui des bonnes sœurs qui, en cornette et toutes issues de la très bonne bourgeoisie alsacienne, assuraient l’encadrement des équipes d’infirmières. Certaines d’entre elles étaient, à ses dires, de vraies peaux de vaches, martyrisant les aides soignantes, d’autres, au contraire semblaient regretter les fantaisies de leur vie passée : « Je me souviens de sœur Marie-Joseph qui nous a montré, un soir, comment on dansait le foxtrot ! ». Il n’était pas rare, enfin, que certaines jettent le voile, convolant en juste noce avec quelque médecin de l’hôpital. En ce temps là, on mourait encore de la rage ou de la tuberculose et la poliomyélite mutilait les enfants…
Je l’écoutais, buvant ses paroles comme toujours, sachant combien ma mère est capable de meubler les trous de sa mémoire de quelques inventions de son cru. Je regrette de ne pas avoir pris de notes, ni enregistré ses nombreux et intarissables récits. Tandis qu’elle parlait, je scrutais sur son visage les ravages du temps, constatant à quelle point elle avait vieilli ces dix dernières années. Elle peine aujourd’hui à marcher, souffrant d’arthrose au genou ainsi que d’un irréversible tassement de vertèbres, conséquences d’un terrible accident de voiture dont elle fut, à dix-sept ans, l’unique rescapée et qui la laissa près d’un an sur un lit d’hôpital, les dents brisées, les quatre membres cassés, le bassin et le crâne fêlés. J’ai souri quand, après s’être lamentée à propos de l’état de ses articulations, elle a conclu de sa voix la plus dure, celle qui m’impressionne toujours, possédant un je-ne-sais-quoi d’impérieux qui continue de subjuguer mon père : « mais il ne faut pas se plaindre, ce ne sont que des bobos mécaniques. J’ai échappé jusqu’ici au cancer et à la maladie d’Alzheimer ». Je ne sais si les enfants se rendent compte du déclin, lent certes, mais nettement perceptible, de leurs grands-parents. Parfois, je trouve à Paul un air grave, presque triste, même si à chaque fois il me demande : « pourra-t-on retourner bientôt chez papy-mamie ? » Je le soupçonne toutefois de s’intéresser davantage à leurs attentions sonnantes et trébuchante (il est reparti, hier, avec un véritable petit magot) qu’à leur santé précaire…
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J’aime faire l’amour devant un miroir ou une glace. Certes, la vue de mon propre corps me navre comme si tous les deux nous ne nous appartenions pas complètement, mais l’indécence de mes postures, les mouvements saccadés de mon bas ventre sur celui de ma partenaire ont le don de m’électriser, m’excitant au point d’oublier, parfois, que c’est ma propre terminaison qui pénètre ces chairs roses, humides et douces. Quand je contemple nos nudités exubérantes par le truchement d’un reflet, je sens qu’augmente l’intensité de mon désir sous l’aiguillon d’images que nous créons ensemble, dont nous jouissons tous les deux. Que dire de ces regards qui peuvent se croiser quand s’emmêlent les membres, quand se délient les langues et s’ouvrent les passages intimes ? Tout cela me semble beau et obscène à la fois… La glace était immense dans la chambre de C. Son magnifique corps blanc, parfaitement lisse, contrastait avec la matité de ma peau, la toison noire de mon torse ; ses longues jambes n’en finissaient pas de dessiner des arabesques dans l’air saturé d’ effluves intimes tandis que j’écrasais de baisers ses petits seins. Nous avons cessé nos jeux tard dans la nuit après qu’elle eut demandé grâce… Douce nuit que nous avons partagée avec son chat, lové sagement à nos pieds.
avril 14, 2008 à 7:31
Le miroir est à toujours une 3ème personne, un voyeur qui nous regarde sans mot dire. Fantasme de voyeurisme?
Il est aussi un décuplement des corps, de nos corps…Nous sommes pleins. Fantasme de débauche à plusieurs…
Mais il n’y a rien de honteux…ni même d’obscène…Ce n’est qu’un objet, un jeu, un accessoire de l’érotisation de la scène.
A vivre joyeusement.
Joli blog…
Je repasserai
Arthémisia
avril 14, 2008 à 7:37
Pour ton 1er texte, cela me rappelle que mon grand père me racontait son enfance et sa jeunesse.J’adorais et je me rappelle de tout ce qu’il disait.Il est pourtant mort alors que je n’avais que 8 ans.
Pour ton 2ème texte, je suis comme Arthi, je ne trouve rien de honteux au miroir pourvu qu’il ne gène aucun des deux! Voilà un chat qui a passé une bonne soirée. Bise
avril 14, 2008 à 8:03
@ catherine >>>> il n’ y a eu aucune gêne des deux
et le chat se porte à merveille, merci pour elle.
avril 14, 2008 à 10:49