Les vestiges du soir (le 3 janvier 2001)

Un présent d’Eric qui me va droit au cœur. Il m’a offert les exemplaires des Journaux parisiens qu’il détenait depuis des années et qu’il avait dénichés chez quelque bouquiniste. Il s’agit de la première édition française de ces journaux de guerres – Julliard 1951 – qui ont été notablement remaniés par Jünger dans les années soixante-soixante-dix et retraduits en 1980 pour une édition chez C. Bourgois. Cette version, que l’on doit, comme souvent, au génie d’Henri Plard, comporte de nombreux paragraphes aujourd’hui disparus de l’édition allemande des œuvres complètes : parfois, ce ne sont que quelques retouches mineures tels que l’ajout d’une phrase ou la modification d’un terme ou d’un nom ; parfois, des pans entiers du journal ont été escamotés. Dans l’ensemble, c’est le ton général de l’œuvre qui semble avoir été altéré : la version 1951 possède ce style direct et concis, presque télégraphique, qui fait le charme des journaux intimes où l’on recense, généralement sans arrière-pensées, les faits et gestes, les menus détails de l’existence, avec la spontanéité de celui qui n’a pas l’esprit de suite. Je constate une nouvelle fois le soin avec lequel le sage de Wilflingen a gommé de l’œuvre les moindres épanchements, comme s’ils avaient pu témoigner d’un attachement au monde des Hommes, de la moindre indulgence à l’égard de sa futilité et d’un intérêt quelconque pour leurs passions… Seule a survécu, au fil des remaniements successifs, la compassion qui habite chacune des pages de ces Journaux de guerre, qui appuie aussi la démarche entreprise dans La Paix, court opuscule écrit durant ces années noires dont l’aboutissement fut, peut-être, l’érection de Jünger en humaniste.

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A la lecture du Guizot de Rosanvallon, je mesure l’abîme qui sépare notre classe politique des ténors de l’Assemblée du XIXème siècle… Pensez donc, on pouvait y entendre Constant ou Tocqueville, Rémusat ou Proudhon, Lamartine ou Hugo. La France d’alors ne souffrait pas encore du cantonnement des humanités, de la professionnalisation de la politique qui ont, à proprement parler, dépeuplé l’hémicycle au profit d’un personnel de second ordre tout bonnement appointé par les grands partis. Les débuts de la IIIème république, avec l’opposition des monarchistes et des républicains, puis le combat entre les dreyfusards et les anti, ont pu laisser croire à une apothéose du Parlement, au triomphe de ses porte-parole érigés en élite intellectuelle, mais fallait-il, pour s’en convaincre, parer l’idéologie la plus bruyante, le discours le plus simplificateur d’une aura philosophique qu’à la vérité ils ne possèdent pas… Dès le second empire, l’intelligence et les capacités ont fui les assemblées à mesure qu’avançait, irrésistible, le suffrage universel et que s’intensifiait la lutte des classes.

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Le bureau me guettait toutes griffes dehors… Pas de répit, ni période de transition : il m’a fallu, incontinent, m’atteler à la tâche qui m’est impartie depuis cinq mois maintenant. Dans le métro, des rames à peine fréquentées où traînaient des citadins à l’air triste, affectant pour la plupart la mine des lendemains de fête…

4 réponses vers “Les vestiges du soir (le 3 janvier 2001)”

  1. Ah la la, je ne sais pas te laisser des com. Tu lis des trucs trop compliqués pour moi!
    Bise quand même

  2. Bonsoir,

    @ Catherine…..faudrait demander à Iskander de nous pondre un billet sur Martine à la plage, Martine va au cirque, Martine et son poisson rouge …
    mdrrr

  3. “Martine lit du Heidegger”, je veux bien essayer :)

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