Le vers à moitié vain (XXXIV)

Le peuple des murs

Il est à mi-hauteur, entre rues et toitures,
Un peuple du silence épousant les jointures,
Effleurant les balcons et soutenant les toits,
La compagnie de plâtre où Silène côtoie

L’Hercule, l’Atlante et Cariatide grise…
Au dessous le vacarme, au dessus la méprise
Effrontée d’un ciel sans Parthénon : allégories
A l’oblique regard nos vies inventorient.

Claquement d’un talon sur la chaussée humide,
Au front les vagues flots d’une pensée sans pli
Où la survie prévaut, où même gloriole

Embrasse le ruisseau… Les masques impavides
Posés par les vivants aux faites du Repli,
Les muets de la pierre aux êtres sans parole.

***************

Les versants de Montmartre
Traversés, renversés
Par l’incurable soif des rêveurs…
Le banc vert, sous les feuilles
D’un petit square.
Tintement d’une dive,
Nectar aux arômes lents,
Le craquement du pain
Au parfum de fruits secs
Et de noix.
Le tourbillon des voix,
La volute des rires
Grimpant aux branches
Comme guirlandes de vie,
Belle.
Le monde oublié
Aux sources du plaisir,
Le monde entier
Pour un seul jour en Terre de France.
Pour toute fortune de l’Ici-bas,
L’agencement discret
D’un souvenir :
Mes amis, mon amour,
Et ce vin renversé,
A jamais.

Laisser un commentaire