Les vestiges du soir (le 18 juillet 2000)
Depuis trois jours dans un hameau situé aux confins du Tarn et Garonne, du Tarn et de l’Aveyron. Dix kilomètres au nord, Najac ; dix kilomètres au sud est, Laguépie. Nous avons loué avec un couple d’amis, une maisonnette aux murs épais et aux fenêtres étroites qu’un propriétaire adroit a complètement retapée, la dotant de surcroît de tous les équipements indispensables au citadin en vacances. Les pièces du rez-de-chaussée que nous occupons, tandis que Cécile et Christophe logent à l’étage, donnent sur une large véranda et une pelouse que les enfants ainsi que leurs jouets ont déjà annexée.
Nous jouissons du calme comme d’une denrée rare. Bercés par le pépiement des oiseaux et le vrombissement des insectes, nous contemplons un paysage stable de prairies vallonnées où paissent vaches et moutons. Leurs mouvements lents modifient, sans que rien d’essentiel ne soit touché, la trame d’une image de carte postale.
Tous les soirs, vers sept heures, Jean-Baptiste sonne le ralliement, car il est grand temps de ramener les moutons à la bergerie. Il court rejoindre Roland, notre grand et blond voisin - un parfait rutène diraient les historiens - qui lui donne au passage quelques instructions que le garçon enregistre par un hochement de tête affirmatif. Regard franc, poignée de main où mes doigts de col-blanc s’écorchent sur une peau calleuse, puis le berger s’en va à grands pas récupérer son bien, suivi au galop par ses aides, Jean-Baptiste, bien sûr, muni d’un bâton taillé pour lui dans une branche de noisetier et Youki le chien, un grand basrouge qui traîne la patte et qui, aux dires de son maître, ne ferait pas de mal à une mouche, ce qui ne l’empêche pas de faire rentrer dans le rang, en leur mordillant les pattes, les brebis récalcitrantes.
Après avoir rabattu ses bêtes vers la route, Roland prend la tête du défilé en direction du hameau dont l’entrée est barrée par un goulet formé par deux bâtisses aux murs rapprochés. Le troupeau, éléphant qui passerait par le chat d’une aiguille, se dévide alors comme un sablier, les bêtes se tassant les unes sur les autres dans un grand vacarme et gagnant de la vitesse pour échapper au corridor ; certaines sont propulsées par dessus leurs congénères, d’autres s’écrasent sur les pierres des façades, mais toutes finissent par passer laissant derrière elles une traînée noire d’excréments. Le chien se charge de rappeler à l’ordre les animaux déboussolés ou paresseux tandis que les premières brebis atteignent déjà l’abreuvoir. Les enfants - nous aussi, avouons-le ! - découvrent alors avec ravissement le spectacle des agneaux de l’année et frémissent un peu lorsque apparaissent, tonneaux géants dotés de baguettes en guise de pattes, les deux béliers au front bossu qui doivent bien approcher le quintal. Je sens alors Paul se presser contre mes jambes en poussant de petits gémissements de frayeur…
avril 28, 2008 à 9:11
Le confins du Tarn et Garonne, est ce le Quercy? Si oui, j’adore, c’est ma région de France préférée!
avril 28, 2008 à 9:17
Le Rouergue plus précisément…
avril 29, 2008 à 5:17
Bonjour,
Oh, je crois que toutes les régions de France sont jolies ou ont leur charme …
Il est vrai que j’ aime particulièrement les arrière pays comme l’on dit , ceux où l’ on rencontre les gens “vrais”, et où l’ on admire la nature et ce qu’ elle nous offre, dans un calme appréciable.
J’ aime les endroits un peut …sauvages !!!
…faut il encore avoir des yeux pour “voir”, des oreilles pour “entendre” et des mains pour “toucher”…