Chroniques du cirque (XXX)

« - Bonjour madame, je suis bien à la mutuelle Machinchose ?
- Oui, monsieur, je peux vous renseigner ?
- Je voulais juste connaître la procédure à suivre pour déclarer un accident scolaire. Mon fils Julien a heurté un camarade de jeu dans la cour de récréation à l’heure du déjeuner…
- C’est grave ?
- D’après sa mère, oui. Il a une incisive du haut qui a sauté. Il ne reste plus rien.
- Ah oui… en effet. Et c’était la dent définitive ?
- Oui malheureusement. Le dentiste a précisé qu’il faudrait attendre une année entière pour savoir si la dent est morte ou non. Quant à l’opération définitive (bridge ou pivot), elle n’interviendra que dans une bonne dizaine d’années. Vous serez aussi patient pour la prise en charge financière ?
- Pas de soucis Monsieur Iskander.
- Merci Madame, au plaisir. »

Ce matin, dans le grand amphithéâtre de l’école, j’intervenais avec quelques camarades devant notre promotion, lors d’un exercice où nous devions approfondir certaines thématiques liées au processus de Mondialisation. Quand est venu mon tour, j’ai parlé, j’ai développé mon propos, restituant du mieux possible les quelques éléments importants extraits du fatras d’informations que j’avais brassées la semaine précédente, avec une seule envie, une seule pensée, que toute cette mascarade cesse au plus vite ! A l’issue, on nous a félicité pour la qualité de nos prestations et moi, plus particulièrement, pour l’introduction du thème qui, semble-t-il, a été appréciée. Assis dans mon fauteuil, je n’arrêtais pas de penser à mon fils édenté, essayant d’imaginer la scène, tentant de ressentir ce que lui, petit garçon, avait dû ressentir après le choc. Selon M., notre dentiste a fait la moue tout de suite en voyant la plaie… De son côté, son camarade de jeu a été admis aux urgences et a passé la nuit en observation : il aurait subi un traumatisme crânien.

Quand j’ai eu mon fils au téléphone hier soir, à peine m’a-t-il parlé de ce qui lui est arrivé. « Je faisais la course » ont été ses seuls mots d’explication. Il a enchaîné tout de suite, usant de cette sorte de verrou mental qui parfois me fait froid dans le dos, sur Naruto et ses interminables aventures… Paul m’a confié qu’il avait été très ému ; en réalité, M. m’a dit qu’il avait pleuré à chaudes larmes quand elle lui avait rapporté les propos du médecin. Elle m’a recommandé également de me préparer à un spectacle peu réjouissant… Je me sens vraiment con et impuissant. Peu de choses me touchent, vraiment très peu, et quand elles le font, c’est au cœur qu’elles vont systématiquement se ficher. Me dis que le blindage est une délicatesse destinée, non pas à nous sauver des blessures et des maux, mais à en épargner la vue affligeante à ceux qui nous entourent.

5 Réponses to “Chroniques du cirque (XXX)”

  1. Arthémisia a dit :

    Un bon papa poule se soucit des dents de son poussin.

  2. laviedesbetes a dit :

    et quand les poules auront des dents… celles des poussins repousseront.

  3. Arthémisia a dit :

    J’espère pour le petit que ce n’est pas cui-cui.

  4. Madame C 6375 a dit :

    Un petit lutin, dans une cour de récréation se cassa une dent
    Son papa le grand lutin était comme fou, se faisant un sang d ‘ encre
    Des deux lutins c’ est le grand qui fut le plus touché dans l’ histoire
    Le petit lutin dit a son papa le grand lutin
    T’ en fais pas papa ma dent est partie mais une autre reviendra
    Et le petit lutin s ‘ en retourna le lendemain à l’ école, comme si de rien n’ était…
    Continuant sa vie de petit lutin, dans l’ insouciance de sa jeunesse :)

  5. catherine a dit :

    Pour continuer dans la rubrique “vie des bêtes” ce petit poussin a quand même une chance dans sa vie, son coq de père est un peu(papa) poule!

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