Les vestiges du soir (le 3 mai 2005)

Quand dans une œuvre polémique la mauvaise foi transparaît, seul le talent du pamphlétaire peut encore sauver le littérateur malhonnête, le moraliste menteur ou le philosophe qui avance, sans ciller, une contre-vérité. Ce talent fait malheureusement défaut à Barrès dont pourtant j’admire le style souple et vif fait d’une la langue riche, truffée de vieilleries qui paraissent comme autant de trouvailles, qui avance tambour battant entre révolution et classicisme, et qui parfois s’envole, toute légère, avec les ailes d’un papillon romantique… Les premiers chapitres des Scènes et Doctrine du Nationalisme consacrées à l’Affaire sont consternants, car on y acquière la certitude que le chantre du nationalisme et le défenseur de l’armée, sait Dreyfus innocent. Seule la brutalité guerrière d’un Daudet ou l’aveuglement fanatique d’un Drumont auraient pu transformer cette débâcle intellectuelle en morceau de bravoure : Barrès s’apitoie sur l’exilé du l’Ile-du-Diable qui, lors du procès en révision, fait montre d’obstination autant que d’étroitesse d’esprit ; il ironise sur les défauts de sa race sans parvenir à masquer son propre trouble lorsqu’il opère, à des fins évidentes d’auto-justification, l’examen de conscience de l’écrivain français raciné… Barrès est rien moins qu’un penseur à système : l’obsession comtienne qui atteint un Maurras lui est totalement étrangère. Chez lui, l’intuition prime le concept, les images fortes et les formules lapidaires prévalent toujours sur les rigueurs de l’argumentation. Sa « doctrine » n’est finalement qu’un bric-à-brac fait de grosses pièces retirées au puzzle idéologique et qui tiennent entre elles par la grâce d’un fil d’or que « l’intellectuel » a emprunté à l’habit du poète. « Proudhon », « l’antisémitisme », « la démocratie » ou « l’armée » ne sont que des expédients mobilisés au service d’une cause homérique, la Nation française à laquelle il est bon de tout sacrifier. La race que Barrès sert avec ferveur tire ses vertus et ses principes directeurs non pas de la philosophie ou de la science, mais de l’histoire ancienne, quasi-mythique, celle des peuples enfouis, celle des cités en ruines. « La terre et les morts » font retentir l’olifant de ce passé glorieux, héroïque, qu’un poète doué exhume des ténèbres pour l’offrir à l’adoration de ses semblables. Il est triste de constater que l’homme Barrès est moins brave, moins intègre, moins citoyen en somme, que les personnages – Figures du passé ou contemporains célèbres – qu’il dépeint dans son œuvre. Cette tristesse étreint également l’écrivain qui jamais, me semble-t-il, n’est dupe de lui-même… Si la naïveté peut être belle, l’aveuglement dénote un défaut de caractère. Malheureusement, le Barrès va-t-en-guerre sonnera encore plus faux que l’anti-dreyfusard !

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La calvitie avance sur mon crâne comme le désert de sable… Je me surprends parfois à épier, dans le bus ou le métro, la chevelure de mes voisins, comparant l’action du vieillissement sur nos tempes respectives. J’avoue jalouser ceux qui, plus âgés que moi, arborent une magnifique tignasse poivre et sel ; j’envie les coiffures les plus hirsutes, les plus sales, tandis que je guette la moindre occasion pour constater, dans une devanture de magasin, la glace des sanitaires ou la vitre d’une voiture, l’étendue du désastre d’un cuir de moins en moins chevelu qui vise – et atteint progressivement – l’œuf de Colomb !

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Certaines formules lapidaires en disent plus long que les péroraisons des traités, détruisant en quelques lignes ce que les siècles d’érudition et d’enseignement ont mis à consolider dans le cœur des hommes… Ainsi, le christianisme, vu par Lawrence Durrell, ne résiste pas bien longtemps à la série d’hypothèses que son esprit sceptique et désenchanté avance, comme autant de boules de billard, à l’encontre de Paul de Tarse. Vue de Chypre où il réside au milieu des années 50, la religion du Christ lui paraît comme « une brillante mosaïque de demi-vérités ». Le message originel provenant de Phénicie et de Syrie n’aurait-il pas été dénaturé « par les jacasseries des scoliastes et des mystagogues sous l’influence du fanatisme et de l’égoïsme des gymnastes de la religion ? Par ci, par là, un esprit lucide comme celui de Julien comprenait que le noyau vital s’était brisé, l’étincelle perdue, mais la rivière continuait à charrier toutes ses boues, avalant l’arc-en-ciel ». Sans contredit.

5 réponses vers “Les vestiges du soir (le 3 mai 2005)”

  1. …mon père , passionné de politique m’ avait il y a bien des années fait parvenir pa photocopie du petit livre de Graham GREENE ” j’ accuse ”

    cela n’ a rien à voir avec les écrivains que tu cites, mais tu parlais d ‘ oeuvre polémique, ce qui m’ a fait penser a ce dont je te parle…

    ce petit livre a ete retire de la vente (vers 1982 ???) et le tribunal de Nice a condamné Graham GREENE a verser à l’ époque 100 FF de dommages et intérêts par infraction constatée.

  2. cela est fort tentant… un livre retiré des ventes ! De Greene, je n’ai lu que le 3ème homme, comme beaucoup, je suppose. Ce qu’il semble dire de Nice dans son pamphlet (merci Internet), un de mes grands oncles l’a vécu lors de son arrivée d’Afrique du Nord. Il n’a pu exercer son métier en raison du racket qui sévissait alors (cela a-t-il changé, je l’ignore).

  3. ah si seulement je te connaissais, je pourrais te procurer une copie :)

    mais dis donc toi aussi il me semble que tu pourrais nous conter ta saga familiale …
    allez que diantre !!! mets toi y …mdrrrrrrrrr

    et le raket… à Nioce, la famille de mon père l’ a connu. Mes grands parentds paternels (cette fois-ci) ont vécu à Nice et mon père y a passé toute sa petite enfance…mes grand sparents se sont vu voler leurs économies par des …nord africains …

  4. Ma calvitie avance aussi, sniff…

  5. j’en suis navré… veux-tu ma tondeuse ?

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