Archive pour juin, 2008

Chroniques du cirque (XLII)

Posted in chroniques on 29 juin 2008 by laviedesbetes

Musée Guimet. Parmi toutes les pièces, celles qui me laissent le plus circonspect sont celles qui proviennent des fouilles en Afghanistan menées par la Délégation archéologique française dans les années 20. En effet, avant le Vème siècle s’y déploie un art qui combine une thématique exclusivement bouddhiste aux motifs hellénistiques. Les Grecs et les Macédoniens, certes peu nombreux, ont ici plus, qu’en Inde ou en Perse, profondément marqué de leur culture les populations ombrageuses et rebelles des anciennes satrapies de Sogdiane et de Bactriane dans lesquelles Alexandre avait mené une guerre longue et cruelle. Le Bouddhisme, quant à lui, fut prospère dans la région jusqu’à l’arrivée des Arabes qui s’y implantèrent difficilement après avoir conquis la Perse des rois sassanides. Carrefour des civilisations, l’Afghanistan propose un art original que les spécialistes ont affublé de l’épithète « gréco-bouddhique » : ainsi, dans la région de Bâmiyân, bien connue, car c’est dans ses montagnes que les sinistres Talibans ont fait sauté les statues géantes du Bouddha, ont été retrouvées des bustes étranges du prince Siddhārtha dotés d’impeccables nez grecs… Même si les iconoclastes musulmans ont mutilé de nombreux visages, comme en France l’ont fait certains protestants ainsi que les révolutionnaires, la beauté originale de ces statues aux grands drapés jetés sur des corps sveltes parés de lourds bijoux indiens, reste saisissante.

Acrostiche (VI)

Posted in bouteille à l'encre on 29 juin 2008 by laviedesbetes

Dommage ô grand dommage, une dent abîmée,
Emportée par la course autant que par hasard,
Ne tenant qu’à un fil au râtelier de sang,
Terriblement brisée tandis que l’enfant tombe.

Pourrais-tu mon petit me dire où tu allais ?
Où tu filais du pas d’un guépard en culotte ?
Une gazelle en robe a posé son front nu,
Rué sa dure-mère à l’assaut de l’ivoire.

Dans la cour de recré, le grand rassemblement :
Entouré des copains, l’enfant couché sanglote,
Ne devinant encore, à l’état de sa bouche,
Trouée à la denture, au coeur de ses parents.

An ordinary norwegian way of life… opus 2

Posted in videodrome on 29 juin 2008 by laviedesbetes

Immortal – One by One

Les vestiges du soir (4 octobre 1993)

Posted in archéologie on 29 juin 2008 by laviedesbetes

Dans un entrefilet d’un numéro de septembre du Monde, j’apprends la mort du polémologue Julien Freund. L’article conclut, en guise d’exergue, que Freund a beaucoup été lu et cité par l’extrême droite, oubliant qu’il a été très proche d’un des plus grands esprits français du XXème siècle, Raymond Aron. Il est vrai que l’auteur de la monumentale Philosophie Politique a été un des vulgarisateurs de la pensée de Carl Schmitt en France et qu’à ce titre, il ne pouvait aspirer à la moindre reconnaissance publique, sinon comme propagateur de l’esprit du mal… Ainsi, les interprétations scabreuses naissent souvent non pas du raisonnement mais de l’activation d’images pavloviennes. L’œuvre est ainsi jugée à l’aune de ceux qui s’en revendiquent, la qualité du livre s’escamotant derrière celle du lecteur. En définitive, c’est l’objet de recherche qui se trouve être jugé, non point l’analyste, des notions se trouvant être disqualifiées d’office. Cependant, la « logique du partisan » ou celle de l’ami et de l’ennemi que développe Schmitt opèrent parfaitement dans le champ des études en sciences humaines où règne une véritable guerre des dieux (d’opérette). Entre eux, les frères ne pratiquent que le consensus mou.

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Un exemple de déchéance : un collègue de bureau sombre depuis quelque mois dans la folie. Hirsute, hâve, il éructe contre son prochain et la terre entière, grommelant à tout va, enlaidi par la barrière infranchissable d’un regard fuyant. Mal rasé, il exhibe une paire de lunettes aux verres brisés et son sourire tordu révèle deux gros chicots branlants. Le reste de la mâchoire est nue comme le désert de sa vie. Vêtu de haillons, il traîne son angoisse dans les couloirs de notre bâtiment. Jamais il ne prend le moindre congé, jamais il ne s’absente comme si l’unique planche de salut qu’il possédait était ce bureau où s’entassent, en désordre, ses dossiers. Rien n’y fait, pas plus les conseils que les admonestations ou les menaces. Cet après-midi, il a menacé l’un de ses voisins. L’affrontement physique semblait inévitable quant l’homme a quitté la pièce dans un torrent d’imprécations. A cinquante ans, sa vie s’évapore lentement au fond de l’impasse. A-t-il encore suffisamment de lucidité pour déchiffrer les lignes rouges de son propre bilan ? « Paranoïa » se glissait-on à l’oreille sur son passage… Elle seule, peut-être, le sauverait encore d’une brûlure de cervelle ?

C’est l’Homme qui tient la ceinture…

Posted in Non classé on 28 juin 2008 by laviedesbetes

Cet après-midi, à la fin du cours de judo, j’ai abordé Paul :
« - Alors, c’est la fin de l’année, pas trop triste ?
- Non.
- Tu sais, je t’ai trouvé bizarre aujourd’hui. Ca faisait un moment que je ne t’avais pas regardé combattre et je t’ai trouvé très nonchalant, presque absent. Je me trompe ?
»

Paul ne m’a pas répondu et a pris cet air chafouin qui veut dire qu’il a quelque chose à me dire, une chose qui ne sortira malheureusement pas toute seule. Ainsi m’a-t-il murmuré, l’air renfrogné :
« - Le professeur m’avait promis une surprise pour la dernière séance de l’année et je n’ai rien eu.
- Es-tu allé le voir après pour lui en reparler ?
- Non, tout ce que je veux c’est rentrer à la maison.
- Je vais aller lui parler moi, si tu veux.
- Il n’y a rien à dire. On s’en va.
»

Ni une ni deux, j’ai abandonné Paul à ses récriminations et suis remonté voir, flanqué de Julien, son professeur, Jamel. De notre discussion est ressorti le fait que mon fils était au dessus du niveau moyen de ses camarades (nous sommes, certes, dans un tout petit club) et qu’un peu d’émulation ne lui aurait pas fait de mal cette année. J’ai abordé ensuite la question de la fameuse « surprise » : il m’a avoué, tout penaud, que la nouvelle ceinture qu’il avait prévu de lui remettre en fin de séance n’était pas encore arrivée : « envoyez le moi !» m’a-t-il dit avec un petit air de conspirateur.

Dix minutes plus tard, Paul était de retour, rayonnant :
« - Tu a eu raison d’aller parler à Jamel. Il m’a donné ma ceinture en me disant que j’avais bien travaillé cette année.
- ah oui ? je peux la voir ?
»

J’ai lentement déroulé le ruban sous ses yeux : une demi-verte au lieu de la ceinture orange qui, vraisemblablement, lui était destinée à l’origine. J’ai immédiatement pensé à la tête que feront à la rentrée ses petits camarades de club ! J’ai remercié son professeur dont j’ai ainsi pu apprécier la capacité d’initiative face à des élèves qui ont surtout besoin d’être motivés. Paul a ainsi pris 6 mois d’avance… J’espère seulement qu’il sera à la hauteur de son nouveau galon lors des prochaines compétitions officielles. Ce soir, il se déplace dans l’appartement comme un grand d’Espagne, avec, en sautoir, son beau ruban bicolore.

An ordinary norwegian way of life… opus 1

Posted in videodrome on 27 juin 2008 by laviedesbetes

Emperor – Ye Entrancemperium

Chroniques du cirque (XLI)

Posted in chroniques on 27 juin 2008 by laviedesbetes

Cécile et moi rentrions à pied, jeudi dernier, devisant comme très souvent tout en longeant la place de Broglie et l’Opéra en direction de l’université où nous logeons depuis quatre mois maintenant. Nous parlions de nos vies intimes respectives et ce n’est pas sans surprise que j’ai appris que mon amie avait entretenu des relations rien moins que platoniques avec quelques uns des cadres les plus en vue de notre ancienne administration. J’aime tout particulièrement la tendresse avec laquelle elle parle des hommes, le fait qu’elle parvienne à capter chez eux, même parmi les plus doués, les plus charismatiques ou les plus dominateurs, la douceur et l’innocence qu’on croit perdu chez eux quand ils ont quitté l’enfance. Peut-être est-ce son côté maternel, qui renverse les murailles établies par l’ordre des convenances et qui contraste diablement avec son sex appeal à la mode des années 40 ? Peut-être sont-ce les éclats de rire qu’elle répand autour d’elle comme une semeuse de bonnes intentions, ce rire de gorge cristallin qui se déploie littéralement et qui n’a pas pris une seule fêlure, malgré le temps ? Cécile est une très belle femme qui possède, outre l’élégance totale que confère l’alliance du charme et de la bonne éducation, l’intelligence, l’ouverture d’esprit ainsi que la hauteur de vue qui plaisent tant aux hommes accomplis. Non seulement, elle attire ces êtres particulièrement rares, mais sait aussi les retenir, gagnant et conservant leur amitié, indépendamment des contingences qu’impose, à toutes ces âmes bien nées, notre mode de vie bourgeois. Plus prosaïquement, je me disais que ces confidences auraient fait probablement pâlir de jalousie une autre femme, car les hommes dont il était question et que je connais depuis des lustres, sont… parmi les plus beaux spécimens que je connaisse !

Plus tôt dans la semaine, ne m’avait-elle pas dit que j’avais un côté austère ? Mais j’ai senti aussitôt que cet épithète et la qualité sous-jacente trouvaient grâce à ses yeux… Certes, sait-elle que je ne goûte guère aux familiarités du copinage, notamment dans le milieu professionnel, pensant, sans jamais oser le dire, que “l’esprit de corps” est sans doute le plus bel oxymore de la langue française. Je sais, au fond de moi, que j’aurais pu l’aimer – et je comprends du même coup qu’elle plaise à tant de mes congénères – mais je sais aussi que jamais je n’aurais accepté son empire, un peu à la façon d’une bête rétive à l’entrave d’une jolie maîtresse et qui ne sent pas la caresse de sa main de cuir gantée : je mesure à quel point les hommes, vers 20 ou 30 ans, sont inaptes à l’immense aventure que représente la vie avec une femme, combien nos cycles de maturité diffèrent, opposant les genres plutôt que le contraire. Je mesure aussi l’ampleur du sentiment de crainte qu’elle suscite chez ses concurrentes, surpassées non pas tant en beauté qu’en pétulance, non pas tant par le charme que par l’intensité de la joie pure et désintéressée qu’elle dégage à chacune de ses apparitions. M. la redoutait comme la peste, me demandant, parfois avec du miel dans la bouche, parfois du poison, si par hasard nous n’envisagions pas de coucher ensemble. Je n’ai plus cette idée depuis longtemps déjà…

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Nancy, place Stanislas… Le jour s’écoule doucement vers l’ouest, inondant de ses derniers feux la très belle statue du roi de Pologne, bienfaiteur de la ville et beau père du roi Louis XV. A ses pieds de bronze ainsi qu’aux alentours, une foule riante et jeune qui profite des premières soirées de l’été pour exhiber, qui une bonne mine, témoignage d’une assiduité aux U.V. redoutables, qui une mise particulièrement soignée, mais surtout au goût du jour : ainsi les femmes, toutes dotées de lunettes de soleil qui mangent totalement le visage et chaussées de ballerines informes qui aplatissent la silhouette. Les uns déambulent en dégustant une glace sur l’esplanade désormais interdite aux véhicules de tout acabit, les autres sont installés à la terrasse des restaurants où il est illusoire espérer dénicher… one single seat.

Je pourrais citer par dizaines ces instants de ma vie où j’ai senti à quel point j’étais seul, à quel point la promiscuité me renvoyait, comme un miroir, l’image de mon altérité. Ce que je vivais à la façon d’une horrible cicatrice, m’apparaît aujourd’hui comme un trait distinctif, non pas que je me sente différent de tous ces « beautiful people » (Marylin Manson) (*), mais parce que je devine, de façon intime, que mon bien-être dépendrait de n’importe laquelle de ces créatures si l’idée de la loterie sociale pouvait seulement se frayer un passage au sein d’esprits que je suppose plutôt tournés vers la monomanie ou l’élection. C’est peut-être le nombre des combinaisons possibles (que nos préjugés nous conduisent stupidement à minorer) qui me navre quand je constate l’imparable résultat : je vais seul ! Jadis, je vivais cet état comme une véritable calamité, constatant amèrement l’échec de mes tentatives, mesurant à quel point les gens avaient peur d’un regard trop appuyé ou d’une langue déliée et libre. J’ai été seul à peu près partout en France (je l’aurais été tout autant si j’avais voyagé) et à des étapes régulières de ma vie. Aujourd’hui, j’accueille la solitude avec calme voire une certaine hauteur, ce qui évidemment me rend encore plus… invisible ! Quand, bien sûr, je ne la recherche pas à la façon d’une cage qui me protégerait de mes démons trop humains. J’ai découvert, avec le temps, que malgré de tonitruants essais, un Homme pouvait fort bien ne jamais exister aux yeux de ses contemporains : ainsi, traque-je les vieux et les être difformes, les épaves ou les idiots, car en eux je reconnais d’autres frères, peut-être moins laids qu’il n’y paraît, car eux sont symétriques, au lieu que le beau monde, lui, ne nous sert, usuellement, que des contrefaçons de son idéal.

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(*) http://fr.youtube.com/watch?v=LdpuDuSWQPc

Etrangetés

Posted in iconographe on 26 juin 2008 by laviedesbetes

Acrostiche (V)

Posted in bouteille à l'encre on 24 juin 2008 by laviedesbetes

“Où tu vas l’ennemi, va aussi ma vengeance !”
Entonne ce dément qu’agitent les frissons,
Inocule à son coeur la fureur assassine,
Lassé des mots, fort de son droit, lame aiguisée.

“Pour toi je suis au monde, implacable machine
Où l’élan anihile un regret, ma raison…”

Une fois le couteau à la main, comme un frère,
Renie son nom, porte une plaie, sait qu’il est nu.

Ombre assoiffée de sang, à moitié dévorée,
Enchâssant le destin à son vaisseau de deuil,
Il maudit les faux dieux et s’adonne au parjure :
“La mort en moi tatoue son nom, en toi, déjà !”

Les vestiges du soir (le 2 août 2007)

Posted in archéologie on 24 juin 2008 by laviedesbetes

Les boîtes de nuit de province ont un je-ne-sais-quoi de navrant dont mon mauvais esprit ne se lasse décidément pas… Celle où Patrick nous a conduit ne dérogeait pas à la règle : ainsi, nous arrivâmes en pleine séance des slows, nous arrogeant une place de choix au comptoir entre deux retraités sirotant leur bière et un groupe de jeunes femmes qui semblaient carburer, depuis un moment déjà, au whisky-coca. Sur la piste éclairée par une lumière crue, des couples improbables s’enlaçaient pour la forme, comme pour donner le change au pauvre DJ qui commentait piteusement ses propres insuffisances… J’eus envie de rire !

Patrick me présenta aux demoiselles du comptoir qu’apparemment il connaissait de longue date. Ensemble, nous nous installâmes sur une large banquette en skaï rouge, sirotant le whisky que notre ami nous avait généreusement offert. L’atmosphère se dérida très vite quand bien même était-il impossible d’échanger la moindre parole… Devant nous, des hommes et des femmes de tous les âges, de toutes les conditions allongeaient bras et jambes dans une pantomime connue d’eux seuls, adoptant, comme un être hybride, le rythme monotone des machines, le front et les épaules perlés de sueur et, pour la plupart, le regard vide ou bien étrangement retourné sur lui-même, dans une forme d’auto-contemplation à laquelle semblait inviter toutes leurs gesticulations. Rares étaient les danseurs à exhaler un semblant de sensualité, à redonner vie aux corps raidis, à réchauffer de leurs bouches entr’ouvertes l’atmosphère saturée d’ennui… Nos trois jeunes compagnes furent de celles qui parvinrent à insuffler en moi un peu de joie de vivre : pareilles aux nymphes, elles avaient enlevé Patrick – ou bien était-ce le contraire ? – pour une étrange farandole dont l’harmonie devait autant aux effets de l’alcool qu’aux mouvements gracieux de nos invitées qui m’entraînèrent bien vite à leur suite.

Nous dansâmes les yeux dans les yeux, nos corps serrés l’un contre l’autre et nos jambes emboîtées comme celles des danseurs de tango, improvisant sur de la musique antillaise et africaine quelques passes que d’aucuns eussent pu juger décalées… Ma partenaire était jolie et un beau sourire illuminait son visage où je ne décelai trace d’une attente, d’un calcul, d’un espoir… Toute à sa joie pure, elle me laissait profiter de ses charmes : l’odeur épicée de sa peau, l’éclat de perle de ses dents, la fermeté de ses seins, la moiteur de sa petite main… que je pressai tendrement pour lui dire combien j’avais aimé ce moment. Mon ami, quand nous quittâmes les lieux, demeurait incrédule : comment avais-je pu ne pas conclure ?