Archive pour juillet, 2008

La contine des cantines (XXXIX)

Posted in contines on 31 juillet 2008 by laviedesbetes

Séduire les femmes est un jeu, leur faire l’amour en est un autre.

Il y a fort à craindre que la physiologie nous apprenne plus sur nous mêmes que ne l’ont fait jusqu’à présent les religions et la philosophie… Une physiologie débarrassée des postulats positivistes et humanitaires hérités du XIXème siècle.

La libération sexuelle n’a fait que travestir une forme de dépendance animale en enjeu véritable de l’épanouissement personnel. D’où cette mascarade pornographique dont on nous dit qu’elle nous avilit aussi bien qu’elle nous libère, qu’elle nous éduque tout comme elle nous déprave, qu’elle confine au sublime alors que nous sommes tombés dans le ruisseau. De fait, passés les courts instants d’extase masturbatoire que reste-t-il sinon cette vague sensation de déperdition de nos forces vives ?

A la nature des périls qu’un peuple se crée, on devine et sa vitalité et les ressorts de sa politique.

Ce qui permet de mettre à bas tous les obstacles, mais retient de les franchir jamais : le scepticisme.

Les chairs mortes témoignent, à l’instar de ces insectes épinglés sur le carton ou des fleurs coupées, de la magie créatrice qui fait tant mystère à l’Homme. L’être le plus contrefait possède en lui plus richesse et de perfection que n’en auront jamais les plus perfectionnées de nos machines. Voici, en peu de mots, le message que nous adressent les photographies, qu’un regard profane jugerait malsaines, d’un Joël Peter Witkin.

Misérable monde où une créature seule et sans défense ose prétendre, pour y renoncer aussitôt, au rôle de maître-étalon.

Le comble de nos sociétés politiques : confiner à l’isoloir la chose publique.

Faire face au néant et lui survivre : voici ce qui attend les explorateurs qui abandonneront la carte et le compas pour des calculateurs aussi véloces que silencieux, dépassant peut-être, comme les vaisseaux qui les porteront, la vitesse de la lumière.

Le livre des lectures (XVI)

Posted in citations on 28 juillet 2008 by laviedesbetes

“Je crois presque irrésistible pour l’homme la tentation de prêter un sens à tout ce qui, à la fois, se présente comme pouvant en avoir un et qui résiste indéfiniment à le livrer.”

Roger CAILLOIS, L’incertitude qui vient des Rêves

André Breton : “dans quelle mesure Aragon considère-t-il que l’érection est nécessaire à l’accomplissement de l’acte sexuel ?”
Louis Aragon : “un certain degré d’érection est nécessaire, mais, en ce qui me concerne, je n’ai jamais que des érections incomplètes.”
André Breton : “juges-tu que c’est regrettable ?”
Louis Aragon : “comme tous les déboires physiques, mais pas davantage. Je ne le regrette pas plus que de ne pouvoir soulever des pianos à bout de bras.”

Archives du Surréalisme, vol. 4, “Recherches sur la sexualité”

“Quand tous vont vers le débordement, nul n’y semble aller. Celui qui s’arrête fait remarquer l’emportement des autres, comme un point fixe.”

Pascal, Pensées

“Etre nazi (jouer à la barbarie énergique, jouer à être un Viking, un Tartare, un conquérant du XVIe siècle, un gaucho, un Peau-Rouge) est, à la longue, une impossibilité mentale et morale. Le nazisme souffre d’irréalité, comme les enfers d’Erigène. Il est inhabitable ; les hommes ne peuvent que mourir pour lui, mentir pour lui, tuer et ensanglanter pour lui. Personne, dans la solitude centrale de son moi, ne peut souhaiter qu’il triomphe. Je risque cette conjecture : Hitler veut être battu.”

José Luis Borgès, Enquêtes

Les vestiges du soir (18 août 2007)

Posted in archéologie on 26 juillet 2008 by laviedesbetes

Pris un verre avec Annelise dans un bar de Belleville. Elle m’a dit combien sa relation avec R. était inconfortable en raison de son manque de fiabilité, de ses incertitudes, de sa jalousie… Elle m’a avoué, droit dans les yeux, alors même qu’elle ne l’a jamais trompé, que la perspective de s’amuser un peu dans les bras d’un autre homme l’avait effleurée et continuait de s’agiter en elle. Je lui ai dit, fort sincèrement, que sa confidence ne me surprenait pas, tant je sentais chez elle, depuis le départ, un besoin d’évasion, un désir lourd de sous-entendus, ancré dans une frustration que notre ami S. avait, lui aussi, parfaitement repéré… Elle n’a pas cillé, ni souri, ni détourné le regard. Beaucoup parlé des relations entre hommes et femmes, notamment pour approfondir une des scènes de son roman – dont elle m’a confié un tirage ancien – qui met aux prises deux mâles s’interrogeant sur la signification, d’un point de vue masculin, de la procréation. Celle-ci, en dernière analyse, donne aux femmes un pouvoir bien plus grand que celui que leur reconnaît les institutions et les lois, les coutumes et les mythes. Nous sommes tombés d’accord sur le fait que l’homme n’a qu’une vocation, celle d’être gaspillé, car, en vérité, il y a fort peu de chance que sa semence soit féconde, tandis que la femme, elle, par sa fonction de réceptacle est vouée à l’ensemencement, à la duplication de la vie… Comme je le dis souvent, quitte à être perçu comme un affreux rabat-joie, l’homme répand des milliards de spermatozoïdes pour un seul ovule, soit la quasi-certitude, pour chacune de ces gamètes innombrables, de n’avoir servi à rien hors le mouvement affolé d’une masse vouée à l’anéantissement, tandis que l’ovule sait par avance que sa trajectoire prendra fin dans une rencontre qui équivaut à une re-naissance…

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Passé au squat de la rue du général Lassalle qu’occupent depuis de longs mois artistes et marginaux qui tiennent là, contre vents et marées, une sorte de boîte de jazz dans laquelle se pressent des amateurs de plus en plus nombreux… Delphine, la semaine passée, nous avait raconté qu’elle même y avait chanté accompagnée de musiciens, assez doués à ses dires. Pas de scène, quelques rares amplis déposés à même le sol dans une cave de l’ancien bâtiment que j’ai retrouvé dans un état de délabrement total. Une batterie, une basse et une guitare, un orgue et un synthé derrière lesquels se relayaient des musiciens de tous les âges et de toutes les origines pour une jam session dans le plus pur style 70’s. Au milieu des musiciens d’accompagnement, s’invitaient par petits groupes ou bien seuls, des saxophonistes, clarinettistes ou flûtistes pour des improvisations qu’un public bienveillant et légèrement évaporé, évaluait en direct… J’ai eu la chance de voir se produire quelques jeunes batteurs qui m’ont donné le frisson tant leur jeu était fluide et précis.

I hit on a beautiful italian girl… La peau cuivrée et des cheveux de jais, elle me regarda fixement jusqu’au moment où je me décidai à m’asseoir près d’elle. Vingt-huit ans, une taille magnifique, un décolleté somptueux, Antonnella arrivait de Naples pour une semaine de vacances à Paris. Ne parlant pas français et ne possédant qu’un anglais approximatif, nous réussîmes à échanger quelques phrases pour nous dire plein de jolies choses : me prenant pour un japonais à cause de mon regard en amande, je lui répondis du tac au tac, en prenant sa petite main qu’ornait une fine chaînette en or, que je croyais moi-même qu’elle était indienne, en provenance directe de Bollywood et qu’il ne nous restait plus qu’à chanter ensemble une belle chanson à la gloire de l’amour éternel… Nous aurions fini la nuit ensemble si elle n’avait été suivie de près par cinq ou six boulets de son âge qui lui firent comprendre – de son propre aveu – qu’ils vivraient bien mal une escapade de leur amie avec un Français, inconnu de surcroît ! C’est à regret que je l’ai laissée partir et je crois que ce regret fut bien la seule chose intense que nous partageâmes, mama mia !

N’en demande-t-il pas un peu trop ?

Posted in videodrome on 26 juillet 2008 by laviedesbetes

un groupe allemand bien méconnu en France…

Les souvenirs d’Ulad (III)

Posted in Eire on 25 juillet 2008 by laviedesbetes

Les jeux de mains

« – As-tu vu ce prodige ? as-tu vu cet enfant ?
- non l’ami, je ne sais rien sinon ce qu’on dit…
»
Racontait-on qu’Ulster avait connu furie
Et agitation : un matin de printemps
Avait paru celui qui jetterait l’effroi
Aux rang des ennemis ruminant vaines gloires,
Semant la jalousie dans la mesnie des rois,
La désolation aux serments dérisoires
Que femme fait le jour des blanches fiançailles,
Que l’homme arbore au cou quand il pense à ripaille.
Convoitant horions, de ces héros les bosses,
Est-il venu avec son petit bouclier
Et son épée de bois, rêvant d’associer
Sa fougue aux cris de joie des gamins à la crosse,
Epoumonant leur voix après la balle en cuir
Etourdissant l’intrus dont l’œil s’est mis à luire !

« - As-tu vu ce prodige ? as-tu vu cet enfant ?
- non l’ami, je ne sais rien sinon ce qu’on dit…
»
Sans prier davantage, il fait, incontinent,
Chuter tous les joueurs et cesser la partie,
Car tant de force est mise à l’appui de ses coups
Que Setanta ne peut éviter le courroux,
Ni les plaies qu’il appose à leurs chefs échauffés.
« Qui es-tu ? » lui crie-t-on, « les fils du roi tu viens
Défier en troublant nos jeux, tirant pouffées
De rire au lieu de fuir. Qui es-tu ? Fils de rien !
»
A ces mots de dédain, le héros voit jaillir
Son œil droit de l’orbite et le gauche agrandir
A la façon d’un bol au globule inouï,
Sa bouche s’élargir comme une gueule ouverte
Incrustée de poignards, son corps, comme une ouïe
Fendue, teintée de sang, son âme découverte…

« - As-tu vu ce prodige ? as-tu vu cet enfant ?
- non l’ami, je ne sais rien sinon ce qu’on dit…
»
En moins de temps qu’il faut pour jaillir au serpent,
Setanta en abat vingt-cinq, les autres fuient
A sa seule apparence : une sainte terreur
Egaille l’assemblée des jouvenceaux en pleurs,
Quand la sainte fureur au front impétueux
Ne veut cesser encore, empressée d’en découdre.
Mais il faut redescendre au pays fastueux,
Effacer sur son corps les traces de la foudre
Et faire cesser enfin cette voix qui l’informe :
« Tu es ce grand guerrier dont parlent les récits ! »
Peu lui chaut au héros ce visage difforme
Aux grincements de dents qui effraie les nantis.
« - As-tu vu ce prodige ? as-tu vu cet enfant ?
- Non ! » répond Conchobar, « qu’il vienne maintenant…»

amis ou amants ?

Posted in iconographe on 25 juillet 2008 by laviedesbetes

Le vers à moitié vain (LXII)

Posted in bouteille à l'encre on 23 juillet 2008 by laviedesbetes

La villa d’Este

Sur les flancs du mont Tivoli,
La douceur du printemps romain
Planté de fleurs, ourlé des plis
Aux joues des anges du Bernin,

Dans les jardins du Cardinal,
Chaque bosquet cache fontaine
Et les allées font carnaval
De masques en croque-mitaine,

Les grands viviers où carpes glissent
Sont si profonds que les abysses
Ont camouflé l’heureuse issue
D’aigle et de lys… maison cossue !

Ce paradis aux ailes marbres
Fut le jouet du seul prélat
Qui vouait culte aux pergolas
Et tenait conseil sous les arbres.

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L’Arée

Venue de loin, par les chemins de tourbe,
Par les routes où poussent les genêts
Rabougris, flétrie par la bise fourbe,
La litanie des mains jointes, levées,

Tandis qu’au ciel jurent des dieux vantards
Qui par orgueil font plier les croyants,
Par moquerie avivent l’ouragan
Sur les toits de Saint-Michel de Braspart.

Les vents font frémir le petit autel,
Méprisent la minuscule chapelle
De ces Hommes voûtés aux cheveux blancs.

Ils portent l’offrande au petit Enfant
Dans le creux d’un lit de cailloux, au creux
De la niche où il s’endort, Bienheureux.

Que la force soit avec… moi !

Posted in Non classé on 21 juillet 2008 by laviedesbetes

Ce matin, sur le chemin du centre de loisir, Julien :
« hein papa que tu es fort ? »
Paul : « pffff, tu sais papa, il n’est pas très fort en fait. »
Julien me regardant inquiet : « ah bon ? c’est vrai ce qu’il dit ? »
Paul : « quand je serai grand j’aurai plus de muscles et de force que lui ! »
Julien, l’air rassuré : « je m’en fiche, tu es fort parce que tu es mon papa ! »

N.B. : je n’aurais jamais dû dire à Paul que j’avais joué comme une bille lors du match de foot de la semaine dernière…

Chroniques du cirque (XLV)

Posted in chroniques on 21 juillet 2008 by laviedesbetes

Nous nous trouvions à l’abri de la foule, sur les pelouses qui bordent la fontaine du Trocadéro, en contrebas de la terrasse où se déroulaient des festivités en l’honneur de la récente libération d’Ingrid Bétancourt. Des collègues colombiens m’avaient suggéré de participer avec eux à cette célébration organisée le jour même de la fête nationale de leur pays. J’étais loin d’imaginer que pareilles circonstances mobiliseraient, en lieu aussi étroit, une foule aussi importante, joyeuse et pavoisée aux couleurs de nos deux pays certes, mais particulièrement dense et bruyante. Nous prîmes le goûter sur l’herbe, nous empiffrant de biscuit au chocolat, tandis qu’un animateur invisible déblatérait ses interludes. Un vent léger, mais capricieux, jouait avec le volume de la sonorisation tantôt supportable, tantôt non, hachant la musique comme une main farceuse sur les manettes d’une table de mixage. Puis vint le tour d’un groupe en provenance directe de Bogota… Les jazzmen nous firent l’honneur de morceaux terriblement déstructurés et truffés de breaks alors que tout un chacun aspirait aux déhanchements de la danse (la salsa colombienne est excellente est-il vrai). Je me tournai vers Paul et lui lançai avec un air de comploteur, de façon à n’être entendu que de lui : « c’est dommage que les FARC n’aient pas enlevé ceux-là, tu ne crois pas ? » J’ai adoré le rire aux accents de douce ironie de mon fils… J’ai remarqué aussi sa grande beauté qu’il ne tient ni de sa mère ni de moi : sa nuque et ses tempes bien dégagées faisaient ressortir ses oreilles de faune, aspect anguleux qu’accentuent encore un menton et un nez pointus ainsi que des yeux en amandes. Quant à ses lèvres, tous s’accordent à dire que, plus tard, les femmes les lui envieront…

Puis Julien, tourné ostensiblement vers la dame de fer, nous dit : « si on allait visiter la tour Eiffel ? » Nous décidâmes, au vu des impressionnantes files d’attente aux pieds des ascenseurs de faire la montée par nos propres moyens, empruntant les grands escaliers d’acier qui relient les deux premiers étages au pilier ouest. Je n’avais plus visité l’antique monument – le chandelier échancré comme le dénommait ironiquement Huysmans – depuis une bonne trentaine d’années, mes petits parisiens de fils n’y ayant jamais mis les pieds auparavant, de même qu’ils n’ont visité ni Notre Dame, ni le Sacré Cœur, ni la Tour Montparnasse. Lors de l’ascension j’eus droit aux lamentations de l’un qui trouvait trop éloignées les plate-formes ainsi qu’aux angoisses de l’autre atteint d’un soudain vertige. Etrangement, une fois celles-ci atteintes, les garçons se sentirent beaucoup mieux et m’assaillirent sans tarder de questions sur l’édifice et leur ville tentaculaire. En dessous, la fête colombienne battait son plein et, de l’autre côté, le Champ de Mars offrait au regard son étendue verte, lisse et paisible, à peine entachée de quelques points noirs, minuscules. J’indiquai à Paul et Julien les quelques gros cubes qui encadre l’esplanade sans leur dire qu’ici vivaient, sans nul doute, les membres les plus éminents de notre cité, à l’abri de tout sinon de la fin de monde, reclus volontaires au cœur de la fourmilière laborieuse, châtelains dont le privilège ultime consiste à être vus sans ne jamais rien voir… Nous redescendîmes lentement, jouissant du plaisir d’être ensemble en ce lieu inhabituel, nous lançant des regards chargés de complicité.

A visage découvert…

Posted in iconographe on 20 juillet 2008 by laviedesbetes