Pris un verre avec Annelise dans un bar de Belleville. Elle m’a dit combien sa relation avec R. était inconfortable en raison de son manque de fiabilité, de ses incertitudes, de sa jalousie… Elle m’a avoué, droit dans les yeux, alors même qu’elle ne l’a jamais trompé, que la perspective de s’amuser un peu dans les bras d’un autre homme l’avait effleurée et continuait de s’agiter en elle. Je lui ai dit, fort sincèrement, que sa confidence ne me surprenait pas, tant je sentais chez elle, depuis le départ, un besoin d’évasion, un désir lourd de sous-entendus, ancré dans une frustration que notre ami S. avait, lui aussi, parfaitement repéré… Elle n’a pas cillé, ni souri, ni détourné le regard. Beaucoup parlé des relations entre hommes et femmes, notamment pour approfondir une des scènes de son roman – dont elle m’a confié un tirage ancien – qui met aux prises deux mâles s’interrogeant sur la signification, d’un point de vue masculin, de la procréation. Celle-ci, en dernière analyse, donne aux femmes un pouvoir bien plus grand que celui que leur reconnaît les institutions et les lois, les coutumes et les mythes. Nous sommes tombés d’accord sur le fait que l’homme n’a qu’une vocation, celle d’être gaspillé, car, en vérité, il y a fort peu de chance que sa semence soit féconde, tandis que la femme, elle, par sa fonction de réceptacle est vouée à l’ensemencement, à la duplication de la vie… Comme je le dis souvent, quitte à être perçu comme un affreux rabat-joie, l’homme répand des milliards de spermatozoïdes pour un seul ovule, soit la quasi-certitude, pour chacune de ces gamètes innombrables, de n’avoir servi à rien hors le mouvement affolé d’une masse vouée à l’anéantissement, tandis que l’ovule sait par avance que sa trajectoire prendra fin dans une rencontre qui équivaut à une re-naissance…
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Passé au squat de la rue du général Lassalle qu’occupent depuis de longs mois artistes et marginaux qui tiennent là, contre vents et marées, une sorte de boîte de jazz dans laquelle se pressent des amateurs de plus en plus nombreux… Delphine, la semaine passée, nous avait raconté qu’elle même y avait chanté accompagnée de musiciens, assez doués à ses dires. Pas de scène, quelques rares amplis déposés à même le sol dans une cave de l’ancien bâtiment que j’ai retrouvé dans un état de délabrement total. Une batterie, une basse et une guitare, un orgue et un synthé derrière lesquels se relayaient des musiciens de tous les âges et de toutes les origines pour une jam session dans le plus pur style 70’s. Au milieu des musiciens d’accompagnement, s’invitaient par petits groupes ou bien seuls, des saxophonistes, clarinettistes ou flûtistes pour des improvisations qu’un public bienveillant et légèrement évaporé, évaluait en direct… J’ai eu la chance de voir se produire quelques jeunes batteurs qui m’ont donné le frisson tant leur jeu était fluide et précis.
I hit on a beautiful italian girl… La peau cuivrée et des cheveux de jais, elle me regarda fixement jusqu’au moment où je me décidai à m’asseoir près d’elle. Vingt-huit ans, une taille magnifique, un décolleté somptueux, Antonnella arrivait de Naples pour une semaine de vacances à Paris. Ne parlant pas français et ne possédant qu’un anglais approximatif, nous réussîmes à échanger quelques phrases pour nous dire plein de jolies choses : me prenant pour un japonais à cause de mon regard en amande, je lui répondis du tac au tac, en prenant sa petite main qu’ornait une fine chaînette en or, que je croyais moi-même qu’elle était indienne, en provenance directe de Bollywood et qu’il ne nous restait plus qu’à chanter ensemble une belle chanson à la gloire de l’amour éternel… Nous aurions fini la nuit ensemble si elle n’avait été suivie de près par cinq ou six boulets de son âge qui lui firent comprendre – de son propre aveu – qu’ils vivraient bien mal une escapade de leur amie avec un Français, inconnu de surcroît ! C’est à regret que je l’ai laissée partir et je crois que ce regret fut bien la seule chose intense que nous partageâmes, mama mia !