Les souvenirs d’Ulad (II)

Trois fois naître

Dans une maisonnée où cinquante guerriers
Ont pris place à la table, où s’activent donzelles
D’une grande beauté, où mains vont aux fessiers,
Bientôt s’épanchera bébé à la mamelle.

Loin du banquet le roi et sa sœur s’interrogent :
Qui est donc cet enfant sur le point de paraître ?
Qui est-il ici-bas, lui que des dieux subrogent,
Aussi lourd que ce chien qu’il volera au maître ?

Au nouveau-né le sort a lié deux poulains
A la robe d’ivoire, aux naseaux frissonnants,
Tous les trois partiront, unis par le destin
Qui sait, mieux que la mort, les chemins du ponant.

Dechtiré la pucelle avalera la mouche
En son lait prisonnière, à sa vue échappant,
Le jour d’enterrement, elle ouvrira la bouche
A la semence ailée du dieu Lug, fécondant.

De celui-là dit-on, chez les mauvais coucheurs,
Qu’il est fils de son oncle : aussi la pauvre femme
Avorte un demi-homme en vomissant des flammes
Après que le bon roi eut chassé l’accoucheur.

Le héros, d’un mortel sera le rejeton,
Car pour être bien né, il faudra trois façons :
Une fois pour la Terre, une autre pour Ciel,
Enfin pour l’Homme un frère aussi fou que véniel.

5 réponses vers “Les souvenirs d’Ulad (II)”

  1. trois fois naître : n’est-ce pas toujours ainsi ?
    une fois à sa vie biologique, une fois à la réalisation de son être, et une fois au mystère

  2. que tout cela est bien pesé… je suis conquis. :)

  3. ah ah :o )
    flatteur !

  4. Belle légende que celle-ci.

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