L’équipe de France de football a réussi la passe de deux. Les Italiens avaient pourtant annoncé qu’ils prendraient leur revanche : leur ténacité et une défense de fer n’y auront pas suffi. D’aucuns diront que l’égalisation française dans les arrêts de jeu fut chanceuse, tous retiendront la solidité d’une équipe qui est souvent parvenue à renverser le cours d’une partie, parce qu’elle ne se désunissait jamais et qu’elle pratiquait un jeu invariablement porté vers le but adverse. Enfin, il y a ce doublé historique sur lequel des générations d’aficionados pourront gloser à l’envie…
Noté au passage, à l’occasion des interviews des joueurs, leur manque d’assurance, leur naïveté – sinon une simplicité confondante – qui contrastent diablement avec la maîtrise qu’ils déploient sur le terrain et qui fait d’eux de véritables dieux vivants… Alors que balle au pied, ils défient l’entendement par une vivacité hors du commun et une lecture instantanée du jeu, face aux caméras, ils s’avèrent sans vraie personnalité, désincarnés au point de paraître transparents. Leur formation précoce, basée sur l’entraînement intensif et l’apprentissage d’une seule technique, renverrait-elle crûment à l’absence d’éducation dont ils semblent témoigner ? Ainsi, le champion incarne-t-il une forme très dénaturée du héros classique : self made man que ne hante ni l’élection, ni la vérité, ni la rédemption, que l’instinct de revanche n’anime pas, il s’avère moins fasciné par la toute puissance que par l’argent et la popularité que procure la seule réussite.
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Lecture du Mishima de Yourcenar. J’avoue avoir été un peu déçu par ce livre : le parti-pris de présenter l’œuvre par un résumé, parfois laborieux, des principaux ouvrages, ne m’a pas convaincu et, de surcroît, encourage fort peu à la lecture de Mishima. Certes, le sous-titre (« la vision du vide ») justifierait à lui seul les raccourcis et les oublis puisqu’il s’agit, en partant du dénouement que chacun sait, de décrire les étapes littéraires d’un suicide dont on comprend très vite qu’il répondait à une nécessité vitale : « la vie humaine est brève, mais je voudrais vivre toujours » confie l’écrivain quelques heures avant sa mort. Les dernières pages sont, en revanche, d’une bien meilleure facture : elles racontent, avec précision et beaucoup de rythme, la tentative, complètement ratée, de la société du Bouclier d’en appeler aux masses – avachies et moqueuses – et celle, parfaitement réussie, d’accomplir dans le respect scrupuleux du cérémonial séculaire, le seppuku. Ce dernier fascinait Mishima au point qu’il en avait déjà mimé tous les gestes dans un film où il interprétait, déjà, le rôle d’un officier mutiné contraint au suicide.
