Archive pour octobre, 2008

Le vers à moitié vain (LXXVI)

Posted in bouteille à l'encre on 31 octobre 2008 by laviedesbetes

Les vieux Titans

Où sont mes vieux Titans,
Les braves compagnons des nuits fantasques,
De mes songes d’hier ?
Où sont-ils, hérauts de la vie
Portée plus haut qu’un feu de joie ?
Les Clisson, Guesclin,
Les Mirepoix, Coucy
Et gent damoiseaux portant fer,
Portant haut gonfalons sous le vent,
Les Talbot, John Chandos,
“ Guyenne est-elle perdue ”
Ou seulement veillée, comme une ville prise,
Par d’autres garnisons ?
Les compagnons du Saint,
Les Joinville et Olivier de Termes
Galopant coude à coude sur le Nil,
Rêvant corps à corps sur l’Euphrate,
Ont-il péri par avarice des enfants ?
A moi Xantrailles et La Hire !
A moi, les deux Trencavel !
Ne laissez point le temps veiller à vos duels
Sous des airs d’indulgence,
Les griffes de la terre de France
Traçant sillons sur la glèbe des humbles,
N’écornent plus que pages d’almanach,
Que reliures mortes ;
La furie de vos mœurs adoubées,
Domptée par les bonnes manières,
Vend ses titres de gloire à la civilité
D’un blason ou d’une particule…
Où êtes-vous mes chevaliers paillards,
Ereintant la gueuze, asséchant le vin,
Tandis qu’un roi se meurt en chacun d’entre nous ?
Pour vous un La Palice aurait forgé ce mot :
“ Hardi dans la tourmente
Qui se morfond en paix ! ”

********
Les jeunes dieux

Dans le chaudron de la pleine nuit
Zébrée d’écarlate, de filets d’argent
Qui font prison de l’air chargé d’opium
Chavire l’enclume des sons graves
Palpite un cœur en nage
Dans la houle des crêtes chevelues
Frissonne le blé des bras nus
En dévotion de la transe.

Les jeunes dieux enlacent des ombres
Au visage mort des rêves d’enfance
Enlacent la misère parée de la pourpre
D’un roi décapité
Et jettent les corps comme les vieilles choses
Râpées, sales, souillées de vermine
Et trempée de semence stérile
Quand le poison des joies s’inocule enfin.

Sans nul doute ni bouche qui tressaillent
La partition des mondes s’impose
Sans conteste aux regards sans larmes
Et la danse suffit à terrasser des voix
Tues depuis le commencement
Par les cornes de brume
D’une fanfare bigarrée et bruyante
Aux airs absents ni mélodies.

Des jongleurs aux pieds lourds
Gravitent autour d’une hallucination
Dans les capsules aériennes
Percées par les copeaux d’acier
De l’esprit cartésien
Sans lequel ces dieux sans fards
Aux membres grêles
Gagneraient le ciel des sylphes.

La musique adoucit les moeurs…

Posted in iconographe on 31 octobre 2008 by laviedesbetes

Chroniques du cirque (LVIII)

Posted in chroniques on 29 octobre 2008 by laviedesbetes

Retrouvé S. dans le grand appartement du 13ème arrondissement où nous avaient rejoints son frère F. ainsi qu’Annelise et sa fille L. Notre amie a enfin obtenu la garde de son jeune fils après que R. eut tout tenté pour lui soustraire définitivement leur enfant. La procédure, longue et douloureuse, a mis en lumière toute l’ambivalence de sa personnalité complexe et tourmentée, portée au déni de responsabilité tout autant qu’à la manipulation : ainsi en a conclu l’enquête sociale diligentée par le juge. Je savais de longue date, pour avoir rencontré R. à plusieurs reprises, qu’une fêlure profonde affectait tout son être, une sorte de tension extrême, fruit de son éducation, produit d’une culture des antipodes, résultat des expériences d’une vie multiforme, qui pouvait rendre ses contradictions à la fois passionnantes et riches d’enseignement. J’ignorais, il y a peu encore, que la garde de ses autres enfants lui avait été également retirée pour des raisons similaires : indigence économique doublée de tendances maniaco-dépressives. Sa tentative de dénigrement est allée jusqu’à nous désigner, S. et moi, comme les amants de sa compagne, ce à quoi, en d’autres circonstances, nous nous serions bien volontiers laissés aller… Je suis heureux, enfin, pour le tout petit garçon que j’avais trouvé bien mal en point lorsque nous nous étions vu au printemps dernier, que le conflit dont bien malgré lui il était devenu l’enjeu, ait été enfin tranché.

A mesure que nous discutions, j’observais non sans inquiétude la vitesse à laquelle les réserves d’alcool semblaient s’évaporer. Bientôt cinq ou six cadavres de Bordeaux vinrent à trôner sur la table où, comme de coutume, nous achevions de dîner d’un rien préparé à la hâte par notre hôte quelque peu distrait par ses différents projets de publication. Moi-même passablement éméché, j’eus l’impression que F., un étrange sourire aux lèvres, tentait de s’attirer les faveurs d’Annelise en s’approchant tout près d’elle pour lui parler, lui touchant le bras au passage pour appuyer tel ou tel argument ou bien en passant le sien dans son dos, enlaçant la chaise où elle était assise comme s’il se fut agi de ses épaules… Il ne m’a pas semblé que ces avances perturbassent pour le moins du monde Annelise qui conservait, pour l’heure, une attitude de parfaite dignité. Ma réserve de lucidité résistait encore aux effets suggestifs de ces images, tentant de me convaincre que mes sens, tout comme mon imagination, me trahissaient sans vergogne, quand, je croisai le regard de S. Je suis à peu près sûr que mon ami pensait exactement la même chose que moi. Nous détournâmes les yeux au même moment quelque peu éberlués. Au petit matin, j’osais parler de la quantité d’alcool ingurgitée, sans piper mot de mes soupçons.

Passé la nuit sur place, dans le même lit que les garçons. Tandis que Paul, comme à l’accoutumée, occupait la majeure partie de l’espace disponible dans des positions plus qu’acrobatiques – je l’ai réveillé alors qu’il dormait en travers du lit, la tête posée sur le ventre de son frère transformée en oreiller – Julien est venu se nicher contre moi, comme un tout petit bébé. J’avoue avoir profité de ce moment si rare dont je sais que je serai, ad vitam aeternam, l’unique dépositaire…

toolitude (4)…

Posted in videodrome on 29 octobre 2008 by laviedesbetes

Le vers à moitié vain (LXXV)

Posted in bouteille à l'encre on 28 octobre 2008 by laviedesbetes

Mlle Personne…
Alors que minuit sonne
Au milieu du néant
Où nous glissons tremblants,
Où nous vivons sans bruit,
Pour ne pas déranger,
Pour ne pas démanger
Cette croix sur l’échine,
Sur le front les épines…
Quand minuit retentit,
Ton visage apparaît,
Ton corps blanc transparaît,
Auréolé, nanti
D’une couronne noire
Et d’ongles en rasoir
Pour découper l’effroi,
Dissiper les parois
De ma petite bulle…

A ma pauvre capsule,
Le flou de tes cheveux
Hérissés, comme fous,
Et le froid de tes yeux,
Et la poudre des joues,
Font un trouble inédit
A l’endroit où le cœur,
Tel un piètre plaideur
Econduit par le temps,
Bat toujours, vit encore
Alors que tout s’endort…
Mon fantôme au corps nu,
Tu viens comme inconnue
A tous ceux qui, heureux,
Mangés d’ennui, lépreux,
Mourront en oubliant,
Qu’ils furent tes amants…

Je te vois, je te sens,
Et je sais que tu viens,
Et je sais que tout passe
En filant, en fumée…
Le falot, à ta main,
Le brûlot, à ta bouche,
N’est-il pas étincelle
Qui lentement s’éteint ?

*********

Toccata ne m’aime pas…

Petit chat comme un rat
Tournant et retournant,
Filant en te jouant,
De mes mots, de mes bras,

Toccata ne m’aime pas !

Petit chat sous le lit,
Où je vais doucement,
Avec elle, impoli,
Pour moi ce châtiment…

Toccata ne m’aime pas !

Tu nous vois, tu épies
Nos soupirs, nos caresses,
Tes yeux verts de chipie
Questionnent ta maîtresse.

Toccata ne m’aime pas !

Tu lui dit, je le sais,
Que je n’aurai jamais,
Pour elle, un geste tendre,
Que je viens pour la prendre.

Toccata ne m’aime pas !

Tu me fuis, tu me toises,
Serpentin de velours,
Je te suis, je te croise,
Impossible détour :

Toccata ne m’aime pas !

Un jour, je partirai
Avec au cœur un doute,
Au cœur une redoute,
Un jour, je lui dirai :

Toccata ne m’aime pas !

Les vestiges du soir (le 11 août 1992)

Posted in archéologie on 28 octobre 2008 by laviedesbetes

Pour leur anniversaire de mariage, j’ai écrit à mes amis une longue missive de près de dix pages où se déroulait le serpentin d’une ironie qui sonnait le glas de ma fierté… Je ne pouvais rien leur offrir de plus authentique, bien que j’eusse forcé quelque peu le trait à propos de certains épisodes. Ainsi, je me suis attribué, à l’occasion de cette fuite, une ténacité et un bon sens que je suis loin de posséder. Transformant ma dé-route en Odyssée, j’ai bien cru m’en sortir à bon compte et, dans les couches fangeuse de ma mémoire, il m’a fallu l’acharnement de l’archéologue pour dénicher enfin un vestige qui ne soit raclure ou bien débris.

J’apprends qu’on ne danse pas la gigue sur un requiem. Néanmoins, je juge que l’expérience à porté ses fruits : en quelque sorte, j’ai apuré les comptes d’un livre truffé d’erreurs grossières. J’ai pleuré sur moi-même jusqu’à l’assèchement complet de la source des maux, découvrant que les idées générales ne sont que de dangereux ectoplasmes, pétries de romantisme creux, puisées dans un livre d’heures de longue date. Mon amour était une fadaise de puceau et sa cible émouvante, un trésor de fausse monnaie.

Je sais que ma vie procède d’une indécision foncière qui m’a conduit à l’égocentrisme le plus odieux, confinant à l’absurde… Si je voulais contrebattre les effets de la déréliction dont je suis l’unique fauteur, il me faudrait désormais manger du pain noir, “ lécher les plantes de pieds ” comme le disait Léon Bloy, et leur trouver, de surcroît, un goût agréable pour en redemander. Ce n’est pas là masochisme, mais seule prudence… On n’approche l’humilité qu’à pas de loup puisqu’elle possèderait, selon la parole des Evangiles, la légèreté du papillon. Le chemin qu’il me reste à parcourir est encore long. Si déjà je parviens à distinguer les contours d’une cible, les pieds, eux, trébuchent à chaque pas, heurtant l’un une racine, l’autre un caillou qui pourraient fort bien me faire chuter, qui tendraient aussi à me convaincre que j’ai emprunté la voie royale du recouvrement.

Toolitude (3)…

Posted in videodrome on 27 octobre 2008 by laviedesbetes

Les souvenirs d’Ulad (VII)

Posted in Eire on 27 octobre 2008 by laviedesbetes

Emer

On me veut chaste, on me veut belle,
Les fées auraient, dit-on, pesé
Mes dons, un à un soupesé
Tous mes talents aux balancelles
De leurs doigts précis, concluant
Que du Levant jusqu’au Ponant,
Il n’y avait pas une dame
Aussi pure, aussi grande d’âme…

On me dit mère incomparable
Et maîtresse aux charmes entiers,
Capable d’apaiser l’altier
Seigneur qu’un sort presque coupable
A choisi pour ma couche, un chien
Colérique et fougueux, vaurien
Qui terrifie mon cœur,
Taureau sacré souvent vainqueur.

J’eusse dû écouter mon père
Et ne pas accéder aux mots
Caressant d’un jeune compère
Aussi souple qu’un bois d’ormeau,
Aussi grossier qu’un bois de chauffe,
Ami des proies qu’un loup réchauffe,
Ami des belles qu’Albion
Porte pour lui, pauvre lion !

Je suis noble dame d’Irlande,
Aussi aimée que bafouée,
Dans mes cheveux d’or, les guirlandes
Ne fanent pas, mais renfloué,
Mon cœur flotte à peine, malheureux
Petit coffre aux trésors honteux :
Dans mes hauteurs, je suis Emer
La pure, incomparable mère…

la contine des cantines (XLVI)

Posted in contines on 27 octobre 2008 by laviedesbetes

Les préjugés possèdent un certaine grossièreté qui rend l’abord du monde plus facile, portant le débat au coeur des phénomènes. Les théories, complexes autant qu’évanescentes, ne piègent pas aussi facilement la réalité dont elles témoignent.

En écartelant les particules, en disséquant la matière, on a prolétarisé les atomes.

Pour les biologistes, les prodiges ne sont souvent que manipulations génétiques.

En brisant l’immédiateté de la perception, les modernes ont rendu myope l’immense majorité de leur contemporains.

Témoigner du néant n’est pas un vain mot.

Le pire est à craindre quand l’Homme perçoit le monde comme l’attribut de sa propre conscience.

Dans nos sociétés, la prolifération s’avère être un mal endémique. Ainsi étudie-t-on en laboratoire les moyens de canaliser cette fièvre : émergent des modèles qui renvoient au règne des insectes tant en ce qui concerne les modes de survie que pour ce qui touche aux comportements sociaux les plus élémentaires.

Toolitude (2)…

Posted in videodrome on 26 octobre 2008 by laviedesbetes

Le coup du masque n’est pas sans rappeler les expérimentations d’un certain Mike Patton…