Les vieux Titans
Où sont mes vieux Titans,
Les braves compagnons des nuits fantasques,
De mes songes d’hier ?
Où sont-ils, hérauts de la vie
Portée plus haut qu’un feu de joie ?
Les Clisson, Guesclin,
Les Mirepoix, Coucy
Et gent damoiseaux portant fer,
Portant haut gonfalons sous le vent,
Les Talbot, John Chandos,
“ Guyenne est-elle perdue ”
Ou seulement veillée, comme une ville prise,
Par d’autres garnisons ?
Les compagnons du Saint,
Les Joinville et Olivier de Termes
Galopant coude à coude sur le Nil,
Rêvant corps à corps sur l’Euphrate,
Ont-il péri par avarice des enfants ?
A moi Xantrailles et La Hire !
A moi, les deux Trencavel !
Ne laissez point le temps veiller à vos duels
Sous des airs d’indulgence,
Les griffes de la terre de France
Traçant sillons sur la glèbe des humbles,
N’écornent plus que pages d’almanach,
Que reliures mortes ;
La furie de vos mœurs adoubées,
Domptée par les bonnes manières,
Vend ses titres de gloire à la civilité
D’un blason ou d’une particule…
Où êtes-vous mes chevaliers paillards,
Ereintant la gueuze, asséchant le vin,
Tandis qu’un roi se meurt en chacun d’entre nous ?
Pour vous un La Palice aurait forgé ce mot :
“ Hardi dans la tourmente
Qui se morfond en paix ! ”
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Les jeunes dieux
Dans le chaudron de la pleine nuit
Zébrée d’écarlate, de filets d’argent
Qui font prison de l’air chargé d’opium
Chavire l’enclume des sons graves
Palpite un cœur en nage
Dans la houle des crêtes chevelues
Frissonne le blé des bras nus
En dévotion de la transe.
Les jeunes dieux enlacent des ombres
Au visage mort des rêves d’enfance
Enlacent la misère parée de la pourpre
D’un roi décapité
Et jettent les corps comme les vieilles choses
Râpées, sales, souillées de vermine
Et trempée de semence stérile
Quand le poison des joies s’inocule enfin.
Sans nul doute ni bouche qui tressaillent
La partition des mondes s’impose
Sans conteste aux regards sans larmes
Et la danse suffit à terrasser des voix
Tues depuis le commencement
Par les cornes de brume
D’une fanfare bigarrée et bruyante
Aux airs absents ni mélodies.
Des jongleurs aux pieds lourds
Gravitent autour d’une hallucination
Dans les capsules aériennes
Percées par les copeaux d’acier
De l’esprit cartésien
Sans lequel ces dieux sans fards
Aux membres grêles
Gagneraient le ciel des sylphes.

