Archive pour novembre, 2008

Le vers à moitié vain (LXXX)

Posted in bouteille à l'encre on 30 novembre 2008 by laviedesbetes

L’ange blessé

Je penserai tes plaies, au vif j’embrasserai
Pour dire à la blessure qu’une fois n’est pas trop,
Qu’un pansement d’amour sur le terrible accroc
D’une âme bafouée, efface et contre-fait.

Si j’avais ce pouvoir, j’inverserai le temps,
Je punirai les gueux, expurgeant l’immondice
Aux bourgeois incrusté, jetant au précipice
Et l’horreur et son Maître, encensés excréments.

Que mes baisers soient doux à ta folle douleur
Bondissant sous le pouls que je tiens à mes lèvres,
Que ma joie t’inocule un poison de douceur

Qui chassera des morts l’étreinte aux quartes fièvres !
Je déferai le Ciel pour donner à nos jours,
Même s’ils sont comptés, réconfort et toujours…

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C’est au petit matin…

C’est au petit matin, dans un demi-sommeil
Nimbé de rêverie, que je sens ton parfum
Inoculant désir à mes fibres nerveuses,
Insufflant la douceur à mes lèvres offertes.

Mes doigts, petits chercheurs, volètent comme abeilles,
Apposant à l’épaule, à la paume des mains,
Une pincée de joie, la caresse envieuse
Et le sceau de l’amour à la lèvre entrouverte.

L’aube est le moment doux du partage des songes,
De l’échange des peaux sans qu’aucune nuée
Ne vienne déranger la floraison des sens,
Quand le pétale enfreint l’interdit de l’épine.

Dans mes bras en corbeille, un corps pâle où je plonge
Un baiser délicat, dissipant la buée
Sur ton visage blond aux yeux bleus qu’Innocence
Apporte en dot au fou de toi, belle héroïne.

Les vestiges du soir (1er avril 2007)

Posted in archéologie on 30 novembre 2008 by laviedesbetes

Vu 300, l’adaptation au cinéma du magnifique comic book de Franck Miller. J’envisageais le pire et, de ce point de vue, ne fus pas déçu. Que dire de ce film navrant ? Les trouvailles graphiques – elles sont nombreuses, c’est indéniable – sont noyées dans une mise en scène frisant la pure propagande totalitaire. Il serait, certes, injuste de reprocher au cinéaste sa méconnaissance de l’histoire et des institutions spartiates, tel n’est pas, d’ailleurs, le point fort de la bande-dessinée qui ignore les faits et réinterprète totalement les mœurs lacédémoniennes sous un jour purement héroïque. Ainsi, les éphores sont-ils présentés comme des vieillards séniles et consanguins, mystiques et corrompus, tandis que la vénérable gérousie est, quant à elle, totalement passée sous silence tout comme l’existence du second roi. La mentalité spartiate véritable qui mélange extrême prudence et défense 300_6_400exacerbée de ses intérêts, apparaît totalement conditionnée par la position particulière des Egaux dans le monde lacédémonien. Leur leadership est fondé sur la relégation voire la réduction en esclavage de l’immense majorité de la population. La dureté de l’entraînement infligé aux jeunes spartiates devait à la fois les endurcir dans leur perpétuel combat contre tous les inférieurs, esclaves, hilotes, périèques, tout en inspirant à ceux-ci une crainte salutaire. Sans réduire le monde spartiate à une sorte de chiourme que la grande histoire finira par rattraper et que la confrontation aux ambitions impériales du roi des rois, puis d’Athènes et de Thèbes, achèvera de dissoudre en réduisant à rien le nombre de ses « maîtres », il y a quelque anachronisme à faire de lui le défenseur de la raison et de la liberté face à l’obscurantisme et à la tyrannie perses. Les institutions de Lycurgue, leur militarisme ambiant, quel que soit le degré d’admiration qu’elles ont pu susciter, placent la cité à son apogée et, du même coup, précipitent sa décadence : tous les arts disparaissent à Sparte en même temps que s’instaure le langage dit « laconique » où, en quelque sorte, domine l’incommunicabilité.

Mais le plus triste est cette basse propagande qui laisse loin derrière elle la beauté graphique de l’ouvrage de Miller, le souffle héroïque qui l’anime. L’ensemble des scènes ajoutées – où domine le personnage de la femme de Léonidas – affadissent la force du récit, tentent de nous rendre accessible, en l’humanisant, un comportement proprement inintelligible à nos esprits pacifiques, terriblement aptes au compromis, une tragédie qui dépasse l’entendement : les spartiates incarnent, pour Miller, une sorte de race de surhommes dont la vocation est d’affronter, pour sauver – et 300_frank_miller_sizedracheter – le monde, une multitude indivise de nervis et d’esclaves – les Perses sont les hilotes – à la tête de laquelle se trouve un demi-dieu mégalomane, accessible à la pitié autant qu’au ressentiment, Xersès, qui commande à une clique moins démoniaque qu’androgyne, ambiguë et molle dont le trait dominant semble être l’avilissement. Le cinéaste prend un tout autre parti dans la mesure où il invente de monstrueuses créatures, « venues des fins fonds de l’empire perse », pour faire accroire à la thèse farfelue d’une lutte entre le bien et le mal, à la façon d’un récit d’heroic fantasy… On frise ici l’absurde, si ce n’était la fin contestable du projet, faire des hoplites grecs les défenseurs de l’occident et des immortels perses, des fanatiques et des idolâtres qu’il est urgent de détruire à la façon de simples terroristes : les perses ne lancent-ils pas des bombes contre les rangs spartiates ?

Une scène échappe au désastre, magnifique et terriblement belle, la toute première où l’on voit, sous la neige, le jeune Léonidas terrasser un loup gigantesque à l’aide d’un tronçon de bois et par la seule force de la raison. C’est ici que la liberté réside, au cœur d’une mécanique froide et dure.

Le vers à moitié vain (LXXIX)

Posted in bouteille à l'encre on 28 novembre 2008 by laviedesbetes

Trasimante…

Tremblant je suis, fuyant je vais
Sans lever l’œil, l’air renfrogné,
Banni, moqué, être mauvais
Qu’on toise et qu’on pourrait cogner…
Mes amis ont nié mes dons,
Sur moi, des quolibets ont plu,
Car sans honneur on ne vit plus,
Non, sans honneur, pas de pardon !

A la table commune, avant,
Je riais, je chantais, j’étais un frère,
Un homme respecté, un pair
A l’assemblée des survivants.
J’avançais sur le front, cimier
Au vent, bouclier enchâssé
Dans la ligne de fer, premier
Au choc, hardi à pourchasser…

Un soir, loin de mes terres, mourrant
De faim, souffrant la soif, j’ai chu
Comme une idole, en implorant
La grâce, impuissant et fichu !
Mais il est temps, la guerre arrive :
Dans l’Eurotas, je jetterai
Mon âme et l’ennemi ferai
Mourir, là-bas, sur l’autre rive…

Les vestiges du soir (le 28 janvier 2007)

Posted in archéologie on 27 novembre 2008 by laviedesbetes

Ballade dans Paris en solitaire à la façon d’un automate qui fait défiler les rues et les façades, qui dévisage les passants avec un œil de pierre, bousculant leur futile carapace… Sensation désagréable qui allait croissant à mesure que mes pas battaient le pavé, à mesure que j’approchais des Halles et de la rue Rambuteau. La vacuité de mon existence m’atteint, parfois, comme la balle d’un revolver, me perce le cœur aussi sûrement qu’un coup de poignard, me laissant à l’estomac une boule et en bouche un goût amer qui me font dire que je suis encore en vie alors que tout indique le contraire…

Je me sens comme ces « tremblants » de Sparte qui rasaient les murs, mal rasés, vêtus de loques et qui devaient garder un air morne et triste sous peine d’être molestés par leurs concitoyens… On ne vit pas sans honneur, à peine survit-on, et sans amour l’existence perd définitivement et saveur et consistance. Il est dit que les Tresantes pouvaient se racheter à la guerre : quelle sera ma rédemption, quelle sera la voie de traverse qui me permettra de recouvrer un habit neuf, un visage glabre, une âme propre, si tant est qu’un tel espoir me soit encore possible ? Je vis mes redditions au jour le jour, plongeant dans un désarroi semblable à celui qu’ont du connaître les Egaux pris vivants à Sphactérie… Le mien dure depuis trop longtemps déjà. Certes, eux furent pardonnés… mais ils étaient d’une autre trempe !

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Terrible proverbe que ce proverbe romain : « En temps de paix, les fils ensevelissent leurs pères, en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils. » Il sonne à la fois comme un avertissement et la prédiction d’auspices peu favorables…

La vie rêvée des anges…

Posted in Non classé on 23 novembre 2008 by laviedesbetes

Samedi matin, dans une rue en pente, un jeune enfant court comme un dératé, faisant voler son manteau comme la cape d’un super-héros.
Attention !” lui crie sa maman, mais il est trop tard : il s’affale de tout son long sur le trottoir, tandis qu’elle tente de le rattrapper. Alors qu’il se relève péniblement, elle lui demande, la voix inquiète :
“- tu n’as rien mon ange ?
- non, mais tu aurais pu me dire que j’allais tomber !”

Le Tire-Scène…

Posted in videodrome on 23 novembre 2008 by laviedesbetes

Le livre des lectures (XXIV)

Posted in citations on 23 novembre 2008 by laviedesbetes

“Pour cesser de haïr, il m’a suffi de connaître.”

“Pour restaurer la religion, il faut condamner l’Eglise.”

Pierre-Joseph PROUDHON, Qu’est ce que la Propriété ?

“I’d watched the sorrow of the evening sky,
And smelt the sea, and earth, and the warm clover,
And heard the waves, and the seagull’s mocking cry.

And in them all was only the old cry,
That song they always sing — “The best is over!
You may remember now, and think, and sigh,
O silly lover!”
And I was tired and sick that all was over,
And because I,
For all my thinking, never could recover
One moment of the good hours that were over.
And I was sorry and sick, and wished to die.

Then from the sad west turning wearily,
I saw the pines against the white north sky,
Very beautiful, and still, and bending over
Their sharp black heads against a quiet sky.
And there was peace in them; and I
Was happy, and forgot to play the lover,
And laughed, and did no longer wish to die;
Being glad of you, O pine-trees and the sky!”

Rupert BROOKE, Pine-Trees and the Sky

“-Je ne suis qu’un littéraire, avoua Mr Mulpurgo, je fais une thèse sur Le Ciel.
Le commandant Van Heerden s’étonna.
- Ce n’est pas un sujet un peu vaste ?”

Tom SHARPE, Outrage Public à la Pudeur

“Si l’opinion (la doxa) confond habituellement hasard et Destin, alors que conceptuellement ils sont aux antipodes (le Destin est un antihasard), c’est parce que tous deux font obstacle à la volonté.”

Christian GODIN, Le Triomphe de la Volonté

“Je ne remarque en nous qu’une seule chose qui nous puisse donner juste raison de nous estimer, à savoir l’usage de notre libre arbitre et l’empire que nous avons sur nos volontés.”

René DESCARTES, Les Passions de l’Ame

chroniques du cirque (LXI)

Posted in chroniques on 23 novembre 2008 by laviedesbetes

Retrouvé Didier devant le Palais de Chaillot pour le nouveau spectacle de Philippe Découflé, Sombreros, qui se donne jusqu’à la mi-décembre. On y retrouve tous les ingrédients qui font le charme du chorégraphe : une mise en scène trépidante où se succèdent des tableaux légers et plein de tendresse desquels se dégagent une forme de dérision dont on se dit qu’elle doit beaucoup au regard de l’Homme mûr sur l’enfant qu’il a été ; le mélange des genres musicaux qui propose au milieu d’ambiances planantes et teintée de sonorités électriques – tissées par Brian Eno et Sébastien Limbolt – un extrait des Gymnopédies de Satie ; le recours, à la façon de l’escamoteur qui utilise des des câbles, des boîtes et des trappes, à tout un appareillage technique qui permet aux danseurs de rencontrer, comme on le fait lorsqu’on aborde une inconnue, leur propre reflet et d’entamer, avec ce double voué au silence et à l’absolue loyauté, un pas de deux, de trois, parfois bien plus encore, dans lequel on se sait plus vraiment qui est le vrai du faux.

« Nous vous rappelons que vous êtes assis sur votre ombre. Vous êtes priés de vous assurer que votre ombre peut, elle aussi, profiter du spectacle ». Ainsi débute le court avertissement signé par Claude Ponti et que l’on trouve sur le programme distribué à l’entrée de la salle et qui indique, à qui l’ignore encore, que les héros sombres du jour sont nos ombres portées à la lumière. Pour ceux qui le connaissent, Ponti est d’abord l’auteur d’étranges livres pour enfants dont on se demande parfois s’ils ne s’adressent pas davantage aux parents qu’à leur progéniture, tant sont surréalistes ses récits et subtils ses jeux de mots (« Sur l’île des Zertes habitent des Zertes qui zertillonnent. »). Ses textes, dits par le célèbre Christophe Salengro qui incarne depuis presque vingt ans une sorte de fil rouge dans tous les spectacles de Découfflé, semblent receler bien plus de tiroirs et de cachettes qu’un meuble Boulle et régalent l’amateur de trouvailles que je suis.

Une fois encore, il s’avère bien difficile de ne rien manquer tant la chorégraphie est dense, tant le rythme est soutenu. Didier et moi avons énuméré tous les pièges visuels ou sonores dans lesquels nous étions tombés, plus ravis que meurtris, tous les liens qu’il était possible d’établir entre les danseurs, les récitants et les musiciens, les uns et les autres échangeant parfois leur rôle. J’ai pour ma part beaucoup aimé les tableaux d’ouverture et de clôture, délicats et sensuels, animés par deux danseurs qui ne possèdent absolument pas le physique de l’emploi : il est charmant, presque rassurant, de constater que des corps non formatés peuvent aussi dégager l’harmonie et l’équilibre qui font de la danse l’art des dieux, cette expression de la vie même.

taratata… poum-poum

Posted in videodrome on 21 novembre 2008 by laviedesbetes

Les souvenirs d’Ulad (VIII)

Posted in Eire on 21 novembre 2008 by laviedesbetes

Malheurs d’une sorcière

Un beau matin,
Par le sentier couchant,
Celui qui serpente
Au bois d’ifs, dans les genêts,
Est arrivé celui que maints jeteurs de sort
Annonçaient…

« Albion est au bout de ma lance
Et je la porterai en Ulad
»
Chantait celui que l’on nomme Cuchulain.
Sa haute taille,
Ses cheveux en broussaille,
Son rire en mitraille en disaient long.

Je savais, je lisais, dans ces yeux
Aussi pâle qu’un linge,
Un vie somptueuse, une vie de cocagne
Et l’enfant que j’aurai
De son flanc, de mon ventre,
Et des malheurs qui me viendraient.

Détruire est jeu
Pour qui renverse les montagnes
Et soulève les cieux.
Sa colère autant que ses joies
Ont causé tant de misères
Que mon royaume étreint souffre encore.

La Gorge Etroite, la Plaine du Malheur
N’ont pu repousser l’équipage,
Pas plus que l’Océan ou les Guerriers Sublimes :
Il se tenait ici, suprême,
Aux lèvres le courroux,
En ses bras puissants mon âme pantelante.

Il voulait que je fisse don
De mes secrets
Pour le rendre invincible
Et insensible aux coups,
Il voulait ma beauté
En offrande à sa voracité juvénile.

Par ruse ou par menace,
Le héros cruel a volé de ma bouche
Trois serments qui ont fait de moi une esclave :
« Ta terre aux ennemis,
Ton ventre aux appétits,
Et le fruit de tes entrailles à mon destin scellé
».

Un fils m’est venu
Et aujourd’hui s’en va
Rejoindre les Ulates pour convier son Père
Aux retrouvailles.
En son cœur, pourtant, un doute ancré.

Il sait que trois serments entraîneront sa perte,
Que foi jurée l’emporte
Au delà de ses forces,
A tutoyer le vide et provoquer ses sbires.
Il sait que, peut-être, un guerrier plus sauvage
Aura raison de son courage.

Au jour de son départ ai-je ainsi déclaré :
« Mon fils, jamais ne cédera sa place à quiconque,
Mon fils, jamais ne trahira son nom à quiconque,
Mon fils, jamais ne refusera le combat à quiconque.
Ainsi parlait celui qui t’a conçu,
Celui auquel tu aspires
».

J’ai vu l’ombre à ton front,
S’étendre le voile du royaume des morts
Alors que s’éloignait la carène effilée,
Devinant désarroi à ton nom accolé,
Lisant dans les cendres
Le meurtre d’un fils par son propre père…