Zeni Geva (Les instants chavirés, le 18 avril 2009)
J’avais raté le groupe il y a cinq ans lors de son dernier passage et le concert de l’an passé avait été annulé à la dernière minute. Il me fallait remonter à plus d’une dizaine d’années pour pouvoir évoquer le souvenir d’un concert chaotique dans la même petite salle biscornue, prestation d’ailleurs émaillée d’incidents et passablement écourtée après que K.K. Null eut balancé un coup de guitare à un spectateur excité qui l’avait bousculé à plusieurs reprises. Zeni Geva était donc de retour aux Instants Chavirés, salle à la programmation éclectique et quelque peu avant-gardiste. Public nombreux et branché, dont les représentants incontournables de la presse magazine et des webzines pour qui l’inévitable tour de salle ressemblait à l’entrée en scène d’un homme politique lors d’un meeting électoral : serrage de mains et de pompes oblige !
En première partie, un groupe dont l’art premier consistait à ne faire strictement que du bruit, et ce pendant près de quarante minutes ininterrompues durant lesquelles deux guitares et une batterie délivrèrent une bouillie sonore largement inspirée – sans la maîtrise technique – du free jazz, mêlant moments intenses et brouillons à des plages plus intimistes durant lesquelles on entendait le batteur, qui conservait les yeux obstinément clos, grommeler des airs inaudibles. On eut dit que Stuckometer jouait en boucle le final, aussi fameux que bordélique, de « The End » des Doors. Beaucoup furent soulagés quand le trio cessa son vacarme.
Je me rendis compte que j’avais échangé quelques mots avec Mitsuru Tabata lors de l’arrivée des musiciens sur scène. Ce dernier, en effet, était appointé hier soir au merchandising du groupe. Les morceaux de 10,000 Ligth Years, excellent album produit par Steve Albini, formaient l’armature du set qui comportait aussi quelques inusables standard tels que « Dead Sun Rising » ou encore « Slam King » (au final heureusement raccourci !). Zeni Geva déchaîna l’enthousiasme de la petite salle remplie comme un œuf en enchaînant ses morceaux violents, baroques, truffés de breaks hallucinants qui caractérisent son style venimeux : ainsi, s’infiltre lentement le poison du rythme qui produit, nonobstant la claque du départ et un peu à la façon d’un psychotrope léger, des effets inattendus de légèreté et de bien être. Le jeu du batteur fut pour beaucoup dans la grande qualité du concert : Tatsuya Yoshida, sans sembler forcer le moins du monde, délivrait un jeu puissant et nuancé, techniquement précis, qui venait combler les interstices laissés libres par les riffs syncopés des compères Null et Tabata. Heureux d’avoir pu revoir ces monstres sacrés de l’underground japonais, aussi affables et gentils qu’inaccessible paraît leur musique.
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