Archive pour juin, 2009

Chroniques du cirque (LXXV)

Posted in chroniques on 26 juin 2009 by laviedesbetes

J’entre doucement dans ces eaux où peu à peu l’on commence à compter autant les années qu’il reste à vivre que ceux, qui pour une raison ou une autre, nous ont quittés ou s’apprêtent à le faire. Je découvre ainsi à quel point sont abîmés les êtres qui m’entourent, combien les âmes et les enveloppes ont été cabossées par le temps qui passe inexorablement, par les avanies qu’il apporte avec lui, pareil au vent mauvais annonciateur de la tempête. Parfois, inspiré sans doute par mon instinct de préservation, je recherche mes propres bosses, j’épie la moindre marque qui indiquerait une plaie ou les prémices d’un ravage à venir. Tout cela finira mal, telle est l’amère leçon des choses. J’admire, en toute humilité, le courage de tous ceux qui font face au malheur, qui supportent sans broncher les misères de la vie, la solitude ou la maladie. J’admire encore plus, peut-être, ceux d’entre nous qui, en toute connaissance de cause, passent outre le constat et les certitudes pour vivre pleinement l’instant présent, donnant à l’existence un tour agréable et joyeux, irradiant ceux qui vivent avec eux, ceux qui les côtoient, d’une lumière apaisante, éclairant ce monde voué au froid et aux ténèbres des confins d’où tout a jailli en des temps immémoriaux, d’une vraie chaleur humaine, de celle qui nous rappelle combien peut être belle cette fragile condition, cette délicate enveloppe où repose, en définitive, le cœur même de notre dignité et peut-être aussi l’univers tout entier. J’admire ceux pour qui la vie n’est pas qu’un théâtre des vanités, ceux qui ne voient pas en elle uniquement le règne dur et implacable d’une loi, fut-elle, divine, naturelle ou scientifique. Enfin j’admire ceux qui, conscient du poids des circonstances, sachant que le hasard et la chance résument à eux seul ce que l’on désigne pompeusement par le terme de providence, continuent de vivre sous le sceau de l’espoir.

Qu’en est-il cet espoir ? Celui d’une meilleure fortune ou d’un gain supérieur ? Non point, mais l’idée simple que l’existence vaut la peine d’être vécue, qu’en elle sourd le sens immanent des choses, celles que nous ne comprenons pas, tout comme celles qui peuvent nous révolter. L’être humain est balancé entre deux tentations : le combat ou bien le repos. En lui se rencontrent, se concentrent, s’agitent, s’assemblent, en quelque sorte, l’être et le néant, le chaos et le vide abyssal, la fugacité de l’instant et l’éternité, l’instinct de vie et la mort. Il ne se retrouve lui-même complètement ni dans l’une ni dans l’autre, mais prospère dans une sorte d’équilibre, fragile et instable, où les frontières restent poreuses, entre des forces qui irriguent sa vie, dont pourtant il ne connaît ni la source, ni la direction, ni même la place où elles finiront par s’épandre avant que de disparaître, avant, peut-être, de jaillir à nouveau. Le mystère de ce monde-ci n’a peut-être d’autre nom que celui de « Naissance ». N’y a-t-il pas quelque étrangeté à constater que nous ignorons tout de la nôtre ? A mesure que j’avance vers ma fin, je sens confusément que la seule réponse possible gît peut-être là, inviolée, aux origines de toutes choses. A mesure que je me désassemble, à mesure que je me dissous, je devine que la clé pourrait être ce lien ténu mais essentiel, ce fil d’Ariane qui non seulement unit et tisse entre elles maintes particules pour donner vie à cet être de « synthèse » que nous sommes, mais qui aussi attache indéfectiblement cet être sensible et raisonnable aux deux bornes de sa destinée.

Quand, hier au soir, une amie m’a avoué que les nouvelles la concernant n’étaient pas bonnes, que le cancer contre lequel elle lutte, seule et sans le moindre traitement médical, avait repris le dessus après des mois d’accalmie, je n’ai pas su quoi répondre, sachant pertinemment qu’elle refuserait le secours de la médecine (elle a été médecin), ainsi que toute forme de pitié ou de lamentation. Je savais aussi que l’impuissance, apanage de ceux qui demeurent dans l’attente de leur tour, n’avait ici pas droit de cité. C’est elle qui m’a rasséréné. Cette femme encore jeune, aussi sage que charismatique, continue de répandre cette joie de vivre qui la rend si attachante, de partager, avec les mécréants dont je suis, la belle Lumière qui étincelle dans son regard de jais et ses dents d’une blancheur parfaite, de porter autour d’elle cette « bonne parole » faite de douceur et d’amour, de dire que ce que nous appelons la fin lui promet, à elle, la plus belle des renaissances.

La contine des cantines (LXI)

Posted in contines on 21 juin 2009 by laviedesbetes

J’assisterai à ma fin, sans contredit. Et moi, qui m’assistera ?

Les religions sont la martingale dont se dotent les Hommes pour conjurer leur peur viscérale de la nuit noire. La formule subtile du pari résume bien tout l’avantage qu’il y a à croire contre toutes les évidences, mais elle indique aussi qu’il y a finalement moins de calcul que d’instinct dans la démarche du croyant.

L’Homme n’est jamais qu’une sorte d’assemblage dont on ignore encore les fins qu’il sert. A bien connaître les parties, le savant n’en ignore pas moins le tout.

Si ma vie n’était qu’un seul jour, il me faudrait l’espérance pour penser à demain.

L’amour : la patrie d’un cœur appelé à l’exil par l’impitoyable tribunal de la force des choses et des circonstances.

On reconnaît la qualité d’une cause à celle de ses serviteurs.

Se méfier des façades, car ce sont elles qui se délabrent le moins vite.

Ne jamais perdre de vue que la religion est ce véhicule dont le moteur se nomme la foi.

L’Homme qui a faim de toutes choses n’en voit jamais la fin.

La trinité n’est peut-être qu’une présentation imparfaitement maîtrisée du processus dialectique ?

Le concept, un bruit qui vient de l’intérieur.

Se pourrait-il que l’esprit, son chaos d’émotions, d’idées et de souvenirs confus, soient le pendant exact du corps dont la splendide mécanique illustrerait, quand elle fonctionne, le principe achevé de l’ordre ?

Dandyssime…

Posted in videodrome on 20 juin 2009 by laviedesbetes

… et purement génial, renouant avec le meilleur de la britpop des 90’s, cultivant l’ambivalence et la sophistication,  IAMX mérite amplement qu’on s’y attarde. Un grand merci à Caroline qui me l’a fait découvrir il y a peu.

Ernst von Salomon

Posted in bibliophilie on 18 juin 2009 by laviedesbetes

Le  QuestionnaireE.von Salomon d’Ernst von Salomon : il y a dix ans ce livre m’avait enthousiasmé ; aujourd’hui, il me désole à maints égards. L’activisme féroce du temps de crise, lorsque le pouvoir politique déliquescent n’opposait que peu de résistance aux flèches de la jeunesse, le cède à une passivité totale quand la tyrannie la plus noire a jeté son ombre sur des consciences qui se voulaient libres, dans un style ombrageux et altier, aristocratiques pour tout dire. Combien les esprits forts, doués de surcroît d’une puissance d’analyse et d’une inventivité rares, peuvent s’aveugler sur le sens du combat à mener, combien la tradition et la révolution peuvent trahir leurs idéaux respectifs et vouer à l’impuissance leurs combattants par des calculs d’épicier digne du bourgeois honni, l’Allemagne de Weimar, et surtout ses adversaires, nous en donnent l’exemple. Pouvait-il seulement en être autrement ? Etait-il possible d’échapper à l’impasse où le nazisme conduisait nationalistes et communistes par un jeu savamment orchestré ? Fatalement les mots et les slogans, les livres et les concepts, l’idéal, son devoir-être et sa mauvaise conscience, devaient avoir le dessous dans leur combat contre le conformisme, la paresse et les frustrations adossés à la brutalité et à la vulgarité des gros bataillons de croyants. Les chemises brunes occupaient le pavé et s’en prenaient aux plus faibles… Quant à la politique et à la lutte pour le pouvoir, les urnes ont aisément pallié les risques dune révolution où le petit bourgeois aurait joué sa chemise. La vraie rupture avec la démocratie, le renoncement à la liberté passaient par le peuple et le jeu des mécanismes électoraux : cette erreur d’appréciation de la révolution dite « conservatrice », son isolement hautain et son élitisme pompeux, lui ont coûté, sinon la vie, du moins toute sa crédibilité. Comment ne pas croire, en effet, que ces hommes n’ont pas préparé, par leur action continue et l’agitation des esprits qu’ils ont menée à son terme fatal, l’avènement d’Hitler ? A leur corps défendant peut-être, mais en affaiblissant Weimar, ils ont bel et bien jeté l’Allemagne, sa civilisation et son histoire, dans les bras d’un Raspoutine et d’une église d’assassins aux slogans besogneux et à la démagogie rampante. Certes, ont-ils préservé pour la plupart leur intégrité morale et physique ; certes, ont-ils fait souvent preuve de courage ; certes…

Les vestiges du soir (le 12 janvier 1999)

Posted in archéologie on 18 juin 2009 by laviedesbetes

J’achève le second volume de la Méditerranée. Paradoxalement, moi qui attendais avec impatience le défilé des événements censés ponctuer le règne du « roi prudent », lassé par l’accumulation de détails sur l’état de l’économie au XVIème siècle, j’avoue avoir été particulièrement déçu par la troisième partie du maître ouvrage de Braudel qui décidément reflète la tournure d’esprit de l’historien, son acharnement à ne point vouloir conclure, tout empêtré qu’il est dans le maquis des citations puisées aux sources d’une documentation pour le moins inépuisable. L’exposé des faits sous l’angle chronologique, mois par mois, voire semaine par semaine, en devient prodigieusement ennuyeux même si on ne peut nier la rigueur de la démarche assise sur la plus grande minutie d’exposition. Mais qu’entend-il démontrer ? Que veut-il nous faire entendre ? La primauté des tendances lourdes (financières, commerciales, démographiques, technologiques,…) sur l’accident des diplomaties, la contingence des choix politiques, la relative impuissance des monarques et des empires face au cours, sourd et inexorable, des choses ? Ou encore, le caractère relatif de ces notions, chères à l’histoire, que sont la suprématie et le déclin ? Intéressant certes, mais tout cela manque de liant : l’analyse poussée à fond n’ouvre jamais à la synthèse, à ce moment décisif que constitue l’énoncé du concept. Les recherches se focalisent sur le fait décisif, ce fait dont le poids, qui peut être infime, fait pencher la balance d’un côté plutôt que de l’autre. Mais le déséquilibre n’est jamais qu’une nuance qui mérite encore d’innombrables développements… Pas de théorie, peu d’explications, une description détaillée de la scène où se dénoue le destin de la Mer intérieure, où s’achève son histoire au profit de l’Océan… Braudel décrypte les signes avant-coureurs d’un devenir où l’Occident, principalement les nations du Nord, occupera le premier rang et assurera son succès loin de ses bases. Je suis frustré par l’impression que me laisse une pareille lecture : sollicité en permanence, le lecteur doit mobiliser toutes ses forces et notamment sa mémoire ; pourtant, cette fouille pénible n’offre que peu de surprises et les joyaux sont rares …

Les souvenirs d’Ulad (XIV)

Posted in Eire on 17 juin 2009 by laviedesbetes

Epouse et concubine

Des deux maîtresses, il ne sait point
Laquelle aimer, laquelle suivre…
Egales en beauté, Egales en griefs,
Il ne sait plus laquelle le quittera
.

Emer :

« Belle Sidé aux cheveux d’or,
Aux doigts si longs qu’ils ensorcellent
Le guerrier fier, ce pauvre paon
Qui se pavane entre nous deux,
Qu’as-tu de plus que moi ? »

Fand :

« Ô noble dame au teint de lys,
Nacrée comme une perle rare
Et parée de soieries,
Pourquoi le grimacier charmant
T’a-t-il, au loin, abandonnée ? »

Emer :

« Il est parti, dit-on,
Par seule vanité de Chien
Folâtrant entre nos deux mondes,
Pour la gloire et l’appât des femmes,
Par appétit de mâle. »

Fand :

« Sache, pauvre mortelle,
Qu’abandonnant l’époux,
Qu’échappant à ses soins,
J’ai suivi l’imberbe en son char,
J’ai offert à ses joues ma chair… »

Emer :

« Pourquoi tant de malice
Entre consœurs d’un même amant ?
Lui se morfond, irrésolu
A gagner l’une, à laisser l’autre,
Egoïste inconstant. »

Fand :

« Je te sais bafouée,
Abandonnée je suis,
Et nous partageons le fléau
Qui amène au plaisir
Qui nous conduit au repentir. »

Emer :

« Tes larmes sont mes larmes
Et l’abyssale cerne
Creusant ornière à tes yeux
Forme une tombe, mon lit en crue :
Que ne tuons-nous le fâcheux ? »

Fand :

« D’ici je vois tous les poignards
Que tu voues à ton homme :
Mais qu’il est vain de croire
Au coup de sang d’une princesse
Et du ribaud aux feints regrets… »

Le vers à moitié vain (XCV)

Posted in bouteille à l'encre on 16 juin 2009 by laviedesbetes

Les fils de Caïn

Pour nous les gémonies, sur nous l’acharnement,
Le courroux sans répit d’un esprit aérien,
L’ironique vengeance, à notre sort ce lien
Du ciel et de l’enfer, d’un dieu et son tourment.

En hordes nous vaquons, maudits pour un forfait
Qui n’était pas le nôtre, une action mauvaise
A l’actif de cet homme aux passions qu’apaise
Un accès de colère abusif, mais surfait.

Quelle mouche a piqué cet être de labeur,
Peu doué mais loyal, aussi simple qu’ardent ?
Pourquoi a-t-il voulu prouver quelque talent,
Alors que porte close ajoutait à ses pleurs ?

« Il a tué son frère » nous dit la nuit des temps,
Celui qui abondait en offrandes sonnantes,
Celui qu’un Créateur appelait épatant,
Reflet mortel, vivant modèle, Abel qu’on chante !

Mais il est mort et enterré, ce premier homme
Aux vers voué, au corps rongé comme une pomme,
Et nous portons l’effroi de celui que son acte
Attache à son destin, brisant en deux le pacte.

Quel est le tout puissant aussi rusé que tors
Pour donner à ses fils fors les dons tous les vices,
Offrant et son image et l’envers du décor,
Pour qu’enfin se dénouent les fils d’un sien caprice ?

Notre aïeul est parti nous laissant une ville
Où s’édifie le temple à l’Homme dédié,
Cet autel où se joue la farce en pacotille
Où repentir est roi, l’instinct congédié.

Pour nous les avanies, sur nous le dévouement
D’un maître à la rancune aussi longue qu’amour
Est improbable vue à l’humain qui se ment,
Escomptant le pardon d’un Père vieux et sourd.

J’en suis un bien mauvais… de disciple !

Posted in videodrome on 14 juin 2009 by laviedesbetes

Un vrai morceau qui bastonne… God listens to Slayer (obviously) !

La contine des cantines (LX)

Posted in contines on 13 juin 2009 by laviedesbetes

L’aristocrate n’a que sa vie à offrir en partage. Il ne l’offre pas par charité, mais en contrepartie de l’air qu’il respire, cet air qui vient à manquer si souvent à ceux qui l’entourent.

Denys et Thémistocle étaient des tyrans, parfois cruels, mais sans que rien ne les prédispose, comme tant de nos chefs politiques comparables en cela aux fantoches du Bas-empire, à la lâcheté. Seule cette dernière confère au monstre ses titres de gloire : outrecuidance dans le mensonge et jouissance dans le crime.

Le mythe du pouvoir fort : la réalité d’un peuple faible.

Les maximes, en politique, ne valent guère mieux que poudre mouillée.

« Hors du commun ». Ce mot d’ordre de la liberté a presque toujours été méconnu. On sent bien, par exemple, que les deux derniers termes de la devise républicaine font contrepoids au premier.

La clairvoyance de l’historien prévaudra toujours sur l’angoisse de l’homme d’action.

L’homosexualité n’est pas tant un vice qu’une commodité supplémentaire dans un monde où la quête de l’identité sexuelle prend le pas sur celle du rôle social.

En Marx, il s’agit de saluer l’analyste et non le visionnaire : de fait, il ne voit jamais rien au delà des forces productives et des rapports de production, et ses rêves demeurent bien en deçà de ceux qu’ont pu faire More ou Campanella, des utopies de certains flibustiers de Madagascar, des thèses défendues par les disciples de Graccus Baboeuf ou des phalanstères de ces illusionnistes que furent Cabet, Fourier ou Considérant, bien en deçà encore des seuls Communards.

Parole d’un révolté : « tout plutôt que le despote cosmopolitique ! »

Le droit naturel postule généreusement l’humanité du Petit Jésus.

Elie Coïde

Posted in iconographe on 11 juin 2009 by laviedesbetes

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