Les vestiges du soir (le 12 janvier 1999)

J’achève le second volume de la Méditerranée. Paradoxalement, moi qui attendais avec impatience le défilé des événements censés ponctuer le règne du « roi prudent », lassé par l’accumulation de détails sur l’état de l’économie au XVIème siècle, j’avoue avoir été particulièrement déçu par la troisième partie du maître ouvrage de Braudel qui décidément reflète la tournure d’esprit de l’historien, son acharnement à ne point vouloir conclure, tout empêtré qu’il est dans le maquis des citations puisées aux sources d’une documentation pour le moins inépuisable. L’exposé des faits sous l’angle chronologique, mois par mois, voire semaine par semaine, en devient prodigieusement ennuyeux même si on ne peut nier la rigueur de la démarche assise sur la plus grande minutie d’exposition. Mais qu’entend-il démontrer ? Que veut-il nous faire entendre ? La primauté des tendances lourdes (financières, commerciales, démographiques, technologiques,…) sur l’accident des diplomaties, la contingence des choix politiques, la relative impuissance des monarques et des empires face au cours, sourd et inexorable, des choses ? Ou encore, le caractère relatif de ces notions, chères à l’histoire, que sont la suprématie et le déclin ? Intéressant certes, mais tout cela manque de liant : l’analyse poussée à fond n’ouvre jamais à la synthèse, à ce moment décisif que constitue l’énoncé du concept. Les recherches se focalisent sur le fait décisif, ce fait dont le poids, qui peut être infime, fait pencher la balance d’un côté plutôt que de l’autre. Mais le déséquilibre n’est jamais qu’une nuance qui mérite encore d’innombrables développements… Pas de théorie, peu d’explications, une description détaillée de la scène où se dénoue le destin de la Mer intérieure, où s’achève son histoire au profit de l’Océan… Braudel décrypte les signes avant-coureurs d’un devenir où l’Occident, principalement les nations du Nord, occupera le premier rang et assurera son succès loin de ses bases. Je suis frustré par l’impression que me laisse une pareille lecture : sollicité en permanence, le lecteur doit mobiliser toutes ses forces et notamment sa mémoire ; pourtant, cette fouille pénible n’offre que peu de surprises et les joyaux sont rares …

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