Archive pour juillet, 2009

Pourquoi tant de haine ??? why not…

Posted in playlist de 7h00 du matin on 30 juillet 2009 by laviedesbetes

Les vestiges du soir (le 27 juillet 2005)

Posted in archéologie on 29 juillet 2009 by laviedesbetes

Eglise de Zabbar où j’ai assisté à une scène plus qu’étonnante. Sept à huit vieux Maltais, hommes et femmes, attendaient patiemment l’ouverture des portes de la belle église baroque, tandis qu’à quelque distance, je photographiais la façade et le parvis gardés par deux grandes statues de saints. Au passage, je vérifiai in situ cette vieille coutume maltaise dite de « l’heure du diable » consistant à dérégler sciemment une des horloges du clocher de façon à induire ce dernier en erreur au cas où, malintentionné cela va sans dire, il voudrait se mêler à la danse… Lorsque la sacristain ouvrit les grilles, le petit groupe entra puis s’installa rapidement dans les premières travées de la nef. Me faufilant à sa suite, j’entamai en silence mon inspection de Notre-Dame des Grâces que tous les guides décrivent comme une des plus belles églises de l’île, mais dont le surnom, le « sanctuaire », ne laissait pas de m’intriguer. J’étais plongé dans mes réflexions quand j’entendis s’élever dans mon dos le son de voix puissantes et monocordes : le groupe des fidèles chantait, sans la moindre retenue, des louanges au Seigneur utilisant la vaste nef comme une caisse de résonance. Lançant à la pelle les « Ave » et les « Gloria » dans une sorte de latin aux accents inconnus de moi, ces hommes et ces femmes immobiles semblaient participer à un rituel bien rodé, chacun entonnant sa propre partie au moment précis où le voisin achevait la sienne, le tout sans jamais qu’un seul regard ne soit échangé. Je ne parvenais à détacher les yeux de cet étrange spectacle, unique étranger au beau milieu d’une célébration à laquelle il paraissait difficile d’assister sans passer pour un gêneur. Soudain, au milieu de la demi-pénombre, j’eus l’impression que l’on me regardait fixement. En effet, tour à tour, en pivotant lentement leur visage en ma direction, les membres de la petite assemblée se mirent à m’adresser de curieux regards. Bien que jetés à la dérobée, ils n’en étaient pas moins dépourvus de toute affabilité et indiquaient clairement que pour moi, la seule voie possible était celle de la sortie. Pas un mot, pas un reproche, mais une hostilité qui devenait palpable alors même que les chants continuaient imperturbablement. Sans demander mon reste, ni m’attarder davantage sur les joyaux de Zabbar, je sortis prestement, soulagé d’en finir avec ces bien étranges paroissiens.

Le vers à moitié vain (XCVII)

Posted in bouteille à l'encre on 29 juillet 2009 by laviedesbetes

Petit appât

Poupée de nacre
Au visage enfantin,
Poupée de chair
Aux longs cils fardés
D’un épais mascara :
Perchée sur des talons
Aussi hauts qu’effilés,
Petites pointes
Auxquelles on t’a fichée,
Aussi légère,
Aussi souple,
Aussi jolie
Qu’une orchidée mauve.
Poupée de chiffon,
Lisse et fraîche,
Image aux cheveux courts,
Je t’aimerais
Si ce n’était ta moue,
L’insigne bouderie
Qui me fait hésiter :
Devrais-je cueillir
La petite fleur pâle
Ou bien l’abandonner
Au jardin des roses…
bonbon ?

**********

Une déclaration

Pris dans mon costume du jour,
Engoncé dans mon rôle,
Affairé, laborieux,
Je ne la vois pas,
Elle, ma belle inconnue.

Ignorant tout de son audace,
Ignorant son nom même,
D’une chevelure aux volutes de jais,
D’une silhouette délicate, aérienne,
J’épie en vain les yeux.

Avance-t-elle ou glisse-t-elle ?
Sans que j’esquisse le moindre geste,
Pétrifié comme un roi de pacotille,
Epelle-t-elle, comme on dit,
Un bonjour de service.

Tend-elle vers moi la main,
Fuselé projectile
Qui dépose à mon chevet
Un petit livre où je lis, demi-mot,
Les Belles Endormies.

A peine ai-je le temps
De viser l’impromptue
Qu’à pas de loup elle fuit,
Emportant avec elle la seule dédicace
Qu’aussi je porte au front, incandescente.

Anale matraque… toujours !

Posted in videodrome on 27 juillet 2009 by laviedesbetes

Well, well, je découvre à l’instant le nouvel opus des Anglais bruitistes qui font dans un black grindcore metal plus qu’extrême et sans compromis. Je me demandais s’ils pourraient aller aussi loin qu’Eschaton ou Hell is Empty… c’est fait ! In the Constellation of The Black Widow est une pure tuerie sonique qui n’a finalement qu’un défaut, l’aspect répétitif du jeu de massacre. Mais Anaal Nathrakh est aujourd’hui un groupe culte auquel on peut tout pardonner (sauf une baisse de régime) !

Chroniques du cirque (LXXVI)

Posted in chroniques on 27 juillet 2009 by laviedesbetes

S’il est une œuvre dont je puis dire que j’en connais les coins et les recoins, c’est bien celle d’Ernst Jünger. Malgré l’obstacle de langue – je ne suis et ne serai vraisemblablement jamais germaniste – j’ai pu frayer avec l’essentiel de l’œuvre du célèbre auteur allemand grâce aux excellentes traductions qu’ont laissées notamment Henri Thomas, Henri Plard ou, plus récemment, Julien Hervier. Une fois encore, j’observe que l’analyse de l’œuvre reste à faire, même si sont nombreux ceux qui en France s’y sont essayés depuis Marcel Decombis dans les années 30. Le problème avec Ernst Jünger c’est qu’il suscite soit l’admiration la plus effrénée, soit une hostilité à peine déguisée, conduisant ses critiques ou bien à d’ineptes « exercices d’admiration » qui indiquent, nonobstant la sincérité de l’éloge, à quel point ils ignorent les rouages et les articulations de l’œuvre, ou bien à des éreintages en règle qui visent tout autant l’écrivain que sa production, jugeant à travers celui-ci le courant de pensée dit de la « Révolution Conservatrice » qui aurait formé selon de nombreux analystes (L. Dupeux, J.P. Faye) le terreau idéologique du nazisme. La lecture de l’ouvrage récent de Jean-Luc Evard illustre à quel point il est encore possible de s’acharner sur ces thématiques pourtant largement rebattues, comme s’il fallait sempiternellement rejuger, à l’aune morale des droits de l’Homme, du droit naturel et du judéo-christianisme, certains auteurs allemands bien connus : Martin Heidegger, Carl Schmitt et, bien sûr, Ernst Jünger.

L’ouvrage d’Evard (Ernst Jünger, Autorité et Domination) ne fait honneur ni à son sujet, ni même à ses devanciers, tant il est écrit dans un style lourd, confus, inutilement pédant et truffé de barbarismes, qui, loin d’éclairer la critique d’un jour nouveau, se contente d’accumuler, sans jamais parvenir à la moindre synthèse, une liste interminable de questionnements qui dissimule bien mal l’agacement de l’auteur à l’égard d’une œuvre qu’en définitive il ne fait qu’effleurer tant sont palpables ses propres préjugés philosophiques et moraux. En définitive, à cette critique, manque-t-il une ligne directrice ainsi qu’une méthode et l’abondance des citations, plutôt que d’étayer les thèses d’Evard, pointe plutôt l’indigence de l’analyse au fond. C’est l’ambition du projet qui, probablement, explique la pauvreté de son résultat : replacer toute l’œuvre de Jünger sous l’angle de la seule philosophie politique peut en effet apparaître comme une gageure, car cette approche impliquerait à elle seule l’analyse complète des sources et du contexte intellectuel dans lesquels elle puise indéniablement, ainsi qu’une analyse minutieuse des théories et des notions que crée, emprunte et développe Jünger et qu’il ne se prive pas lui-même de commenter, de faire évoluer, d’enrichir et parfois même de travestir. Que le sage de Wilflingen soit passé maître dans l’art du camouflage, cela saute aux yeux de tout lecteur attentif une fois passé ce cap de la confusion s’imposant à celui qui aborde une œuvre immense et polymorphe dont la caractéristique principale est l’itération de ses grands thèmes. Qu’il faille décrypter le sens général de celle-ci au delà des seuls aveux de l’écrivain, cela tombe sous le sens, ne serait-ce que parce que 80 années séparent la publication d’Orages d’Acier des dernières lignes du journal de Jünger (Soixante-dix s’effacent, V) qui ont vu ce dernier passer de la droite nationaliste et antilibérale à un apolitisme radical fortement ancré dans la tradition chrétienne. Mais il importe, à mon sens, de comprendre l’œuvre pour elle-même, comme elle se donne à lire, avant d’entreprendre tout sérieux travail de critique. C’est sur ce point qu’Evard me paraît le plus fragile, pris par son projet inavoué, démontrer d’une part que toute l’œuvre primitive de Jünger participe de ce mouvement de pensée qui a accompagné, sinon préparé, l’accession au pouvoir de Hitler, d’autre part, que sa poursuite n’a constitué, en quelque sorte, qu’une entreprise d’autojustification ou de mise à distance dont le but ultime était d’éviter à son auteur d’avoir à rendre le moindre compte. Pour Evard, les choses doivent être dites crûment : la Révolution Conservatrice – i.e. Jünger – est complice des meurtres des Etats totalitaires !

Cette lecture n’est évidemment pas sans intérêt, mais elle n’est ni neuve (Cf. la Révolution du Nihilisme de Rauschning ou les Langages totalitaires de Faye), ni décisive sur le plan de l’œuvre : pas plus que les procès en dénazification de Heidegger ou de Schmitt n’ont pu disqualifier le génie de ces deux penseurs (c’est bien là le plus grand malheur de tous ces juges de papier), la réduction de Jünger au rôle de chantre du nihilisme (il l’a été, c’est une évidence) n’efface en rien la puissance d’évocation de ses récits, leur beauté ainsi que la richesse des perspectives et des images qu’ils nous offrent, dont certaines renvoient aux mythes les plus antiques, ainsi que la pénétration d’un regard qui vise, bien au delà des formes passagères, le fameux « centre immobile » au cœur même du mouvement. Evard possède d’excellentes intuitions et ce qu’il relève indique une lecture attentive de la prose jüngerienne, trahissant peut-être une séduction qu’il n’assume pas. Ainsi, par exemple, met-il l’accent, à travers la notion de « soldat inconnu », sur la dette de Jünger à l’égard de ses frères d’armes dont le sacrifice ne peut, ni ne doit avoir été inutile, dette de sang qui conditionnera largement l’engagement politique de Jünger dans les années 20. Il entrevoit fort bien la césure qui coupe net l’œuvre en deux pans d’égale valeur : entre la publication du Travailleur en 1932 et celle des Falaises de Marbre en 1939, se dessine un pli autour duquel l’œuvre de Jünger s’articulera dans une sorte de symétrie que l’écrivain lui-même n’assumera jamais vraiment et sur laquelle il demeurera silencieux. Il note, parfois perfidement, que Jünger cède facilement à la tentation « victimaire » à partir des années 40, liant le destin des Juifs victimes de persécutions à celui des Allemands emportés par la folie du IIIème Reich et de sa guerre totale. Enfin, tout comme je l’avais fait à leur lecture il y a presque vingt ans, il décèle dans les trois romans « utopiques » que sont les Falaises, Héliopolis et Eumeswil, une forme de triptyque dans lequel Jünger précise la position de l’individu au sein d’une histoire dont il pressent la fin, le contenu de son libre arbitre dans un monde qui porte la marque des Figures et de l’élémentaire, la forme de son salut quand tout autour de lui s’abîme dans la barbarie ou la pétrification.

Je pense qu’on ne peut comprendre l’œuvre de Jünger si l’on ne perçoit pas la crise morale à laquelle elle tente de répondre. Ce dernier juge sévèrement le monde moderne et la société libérale : anti-weimarien radical, il ne peut se résoudre à voir disparaître – et dans la guerre mondiale, cette disparition a été plus que brutale – la société des anciens ordres, le régime aristocratique à laquelle le rattache son idéal de soldat allemand que les régimes parlementaires britannique et français ont vaincu dans la boue des tranchées. Cet apôtre du nihilisme ne peut se résoudre ni à l’état de fait démocratique, ni au règne de la bourgeoisie qui selon lui n’ont d’autre valeur que négative, en tant que vecteurs de décomposition et d’anarchie. Ceux-ci, nécessairement, doivent à leur tour être emportés par un mouvement révolutionnaire qui conduira à l’assomption d’un ordre nouveau sous le règne de la Figure du Travailleur. C’est à cette parousie de la technique que Jünger sacrifie volontairement son libre arbitre, escomptant de la destruction totale à l’œuvre dans le « paysage des chantiers » une renaissance de l’Allemagne, poussant au nihilisme comme à un point de passage obligé pour une re-fondation totale du monde (le fameux « passage de ligne » commenté longuement par Heidegger). Jusqu’à l’arrivée des nazis au pouvoir, Jünger est moins nietzschéen que pénétré d’une philosophie de l’histoire hégélienne à forts relents platoniciens. Revient chez lui, en permanence, l’image du sceau qui renvoie directement à une représentation essentialiste (métaphysique) de l’univers : le mouvement de l’histoire, au delà de la kyrielle de ses accidents, ne fait qu’exprimer une Idée à l’œuvre… une idée du souverain Bien pourrait-on dire. Comme pour Marx, il y a lieu d’étudier chez Jünger l’antinomie de la détermination, de la nécessité historique (pour l’un, l’avènement inévitable de la société socialiste, pour l’autre, celui du Travailleur) et de la liberté, de l’action humaine (en quoi l’engagement du révolutionnaire est-il décisif ?). Comme chez Pascal, il y a la formulation chez Jünger d’un pari : en choisissant la pente mortifère du nihilisme contre les vestiges d’une société en déréliction, le penseur opte, in fine, pour un monde meilleur, c’est-à-dire, porteur de sens et conforme à l’idéal de sa Figure. Reste à étudier l’étrange parenté qui unit le monde du Travailleur à l’univers totalitaire, parenté qui n’a pas échappé à Jünger : après en avoir encouragé l’avènement, il s’est prudemment ravisé, sans jamais pourtant exprimer le moindre « repentir » (à l’instar des sus-nommés), ce qui a constitué finalement le principal grief retenu contre lui par les thuriféraires de l’âge démocratique auxquels l’ancien officier décoré de l’ordre prussien « Pour le Mérite » n’a jamais rien voulu céder. Comme le dit Evard, « il saisit bien l’aporie et le scandale de la modernité : elle n’a pas d’âge, elle godille entre le toujours neuf de la mode et le déjà vieux, voire le déjà mort de la tradition ».

Pour Evard, l’œuvre de Jünger qui, comme l’ensemble de la Révolution Conservatrice, subit l’attraction du projet encyclopédique (je dirais plutôt qu’elle aspire à la complétude du système dans la plus pure tradition germanique), n’offre en retour qu’un syncrétisme de mauvais aloi aux bases théoriques plus que fragiles (sans contredit). Il juge durement le refus par Jünger de la « transcendance de la loi » (lire « de la loi naturelle ») et renvoie celui-ci à l’image du dandy : « Jünger cessera un jour sa carrière de révolutionnaire , il restera dandy jusqu’au dernier jour : qu’est-ce qu’un homme nihiliste à trente ans et qui se convertit au catholicisme quand il devient centenaire, qu’est-ce sinon un dandy accompli ? » L’épaisseur de l’argumentation illustre bien l’indigence profonde de l’ouvrage qui parfois sombre dans la pire caricature : n’étant pas des dandys, Heidegger et Schmitt, comparses de Jünger au purgatoire, furent quant à eux des « bouffons du nazisme ». En étudiant plus avant les relations conflictuelles que l’auteur de la Paix entretient avec la religion chrétienne, Evard aurait simplement pu répondre à une de ses sempiternelles questions : c’est en elle que Jünger trouvera, outre une hypothétique consolation, le fameux rapport à la loi qui semble lui faire tant défaut. La lecture des Journaux de Guerre tenus entre 1939 et 1948 informe le lecteur de la primauté des valeurs morales chez Jünger qui renvoient non à un ordre immanent, mais à une vérité transcendante dont les faits porteraient l’empreinte. Ainsi, la notion de « sacrifice » qui traverse de part en part l’œuvre, fait pendant à celle de « gain supérieur ». Là est le centre intangible de la pensée de Jünger qu’exprime, par exemple, sa passion pour Léon Bloy : séparée de l’Esprit, la matière demeure informe et chaotique ; sans le souffle du divin, la créature subit de plein fouet le poids de sa finitude, s’exposant de surcroît à des forces obscures et sauvages ; sans le secours des dieux, la mort du soldat dans la boue des tranchées n’aura pas de fin, restera inutile, n’offrira aucune alternative au néant, sinon la barbarie. De sa confrontation à cette dernière, Jünger n’est sorti ni vainqueur, ni grandi : de cette défaite intime (en témoignent les conditions de la mort de son propre fils Ernstel), n’aura-t-il jamais directement parlé, par pudeur sans doute, par lâcheté diront certains, réservant peut-être son ultime confession à l’oreille d’un directeur de conscience. Il n’en reste pas moins que le Dandy ou l’Anarque, comme on voudra bien le nommer, ne se sera pas, in fine, trompé sur la valeur des signes, et ce contrairement à beaucoup d’autres, ralliés de la 25ème heure ou vainqueurs posthumes du grand Mal.

zazouland

Posted in videodrome on 21 juillet 2009 by laviedesbetes

J’ai récemment appris qu’Hector Zazou était mort l’an passé (*). Je l’avais vu en concert lors de la sortie, il y a plus de dix ans, de son Lights In The Dark (album en demi-teinte me semble-t-il) pour lequel il s’était adjoint de très belles voix gaéliques (Katie MacMahon et Breda Mayock, entre autres). J’apprécie davantage, au coeur d’une production éclectique et nombreuse, les Chansons des Mers Froides où l’on retrouve une Björk au sommet de son art. Cette reprise d’un air traditionnel islandais est un pur joyaux à mes yeux.

Intéressante session d’enregistrement où l’on découvre qu’il n’y a eu qu’une prise pour la voix.

(*) http://www.crammed.be/news/080909_zazou_f.htm

le vers à moitié vain (XCVI)

Posted in bouteille à l'encre on 20 juillet 2009 by laviedesbetes

Prévoyance zéro

A ce Titan roué, nous devons plus que jour,
Le premier, mais aussi celui dans nos séjours
Qui crépite et qui flambe à l’âtre autant qu’au phare,
A ce Titan noué, nous devons tous nos arts.

Déroutant de l’Eclair la course échevelée,
Coléreuse et mortelle, a-t-il provoqué l’ire,
Pour avoir accordé à nos vies la gelée
Du savoir, a-t-il à Zeus pris clefs de l’empire.

Certes, il a de l’Olympe abusé la puissance,
Cachant pour un appât la chair du sacrifice,
Mais à sa créature offre-t-il la clémence,
Alors qu’Olympe est sourd, soumis au seul caprice.

Prométhée sur son roc, par un aigle mangé,
De son foie, par un bec crocheté, saigne-t-il ?
Arrimé par un dieu, comme un porc vidangé,
Se défend-il ? Se répand-il ? Se repent-il ?

De son frère imprudent, couard autant que fou,
Il pouvait se lasser, de l’épouse Pandore,
L’étourdie concoctée par ce Bot qu’on bafoue,
Le piège il devinait, femme rêvant tas d’or.

Tous les maux répandus, les avait-il cachés,
Protégeant notre Terre à la façon des cieux
Immunisant nos vies à tels point que les dieux,
Moins avisés, moins vertueux, se sont fâchés.

Maintenant maladies et les afflictions
Ont conquis notre règne, écourté nos destins,
Tandis que l’espérance, ironique prion,
Inoculait en nous l’envie d’autres matins.

C’est à son désespoir que Prométhée survit,
Ecorché par le cœur plus que par l’intestin,
Pleurant sur le passé, ces splendides festins
D’un éternel été que la nuit il revit.

La contine des cantines (LXII)

Posted in contines on 19 juillet 2009 by laviedesbetes

L’ataraxie des grecs ou le nirvana asiatique appellent à la réunion de la partie au tout : ne sont-il pas l’exercice qui doit conduire l’esprit à accueillir avec gratitude cet océan du Vide qui baigne les particules et à la surface duquel nous dérivons encore ? L’Universel, auquel en appelle un Marc Aurèle, ne veut-il pas l’abolition de toute nature finie, l’anéantissement de toute matière périssable et contingente, la fin de l’accident à la description duquel s’épuisent notre intelligence bornée et nos sens infirmes ? Comme le dirait un Pascal désabusé du pari, nous vivons, insatisfaits et curieux, entre deux perceptions infinies d’un seul et même Néant.

Rien d’étonnant à ce que l’abrutissement soit notre lot commun : celui que la confrontation au néant dessine sur le front du penseur, celui que le labeur attache au sillage de la bête de somme…

J’aurais mis vingt années pour apprendre à écrire… et tout cela en pure perte !

Ce n’est pas tant ce que je suis devenu que je méprise, mais toutes ces lâchetés que j’ai accumulées pour ne pas être l’Homme auquel j’ai tant aspiré…

Fulgurance de ces pensées qui s’effacent à mesure que l’esprit parvient à les saisir !

Ce à quoi l’Humanité ne croit plus, c’est à la simplicité des lois et des mécanismes qu’elles régissent.

Le temps est cette ligne droite (ou courbe, selon) qui relie un point à lui-même.

Ne pas craindre les impasses : un monde absurde n’en est pas moins un monde possible…

Les vestiges du soir (29 mai 2005)

Posted in archéologie on 19 juillet 2009 by laviedesbetes

Soirée électorale : les Français ont largement rejeté le projet de constitution européenne qui leur était soumis par la voie du référendum… Ce n’est pas tant le résultat de ce scrutin qui fait problème que sa signification profonde : loin de refuser la bureaucratie morne et procédurière qui préside aux destinées de l’Union, loin de critiquer l’impuissance politique des Gouvernements, loin d’en appeler à une forme de leadership ou, du moins, à une meilleure expression de la volonté des peuples européens, la France, une fois encore, a fait montre de son égoïsme et de son esprit casanier. Il y aurait beaucoup à dire de cette Europe de papier qui écarte du champ de ses préoccupations les vraies questions politiques, celles de la puissance et de l’empire, celles de la paix et de la guerre, celles de la conquête des nouveaux marchés et des nouveaux territoires… Que penser de la frilosité du petit bourgeois français qui en appelle à l’exception culturelle quand il n’est question que de la défense d’intérêts provinciaux ? Une autre Europe, selon lui, serait possible : une Europe protectrice des avantages sociaux qui, de surcroît, garantirait à ses populations le plein emploi, une Europe pacifique qui réussirait à défendre les principes humanitaires sans jamais user des moyens violents et coercitifs de la force armée, une Europe laïque et tolérante qui prétendrait, du même coup et sans conteste, au magister moral d’une société humaine en voie de mondialisation.

La vérité est triviale en France : le petit bourgeois a le don de travestir ses intérêts personnels, ceux de sa corporation, sous les atours chamarrés d’un Verbe haut et fort qui déroule à profusion les images et les poncifs généreux, qui dissimule parfaitement, sous sa coupe ample et confortable, l’indigence du projet collectif. En parfait rentier, le Français se fout comme d’une guigne de l’Union européenne, comme il ignore souverainement les principes qui fondent sa république ; seule le motive, outre l’appât du gain et le moindre effort, la l’attribution égalitaire de l’un et de l’autre ! En parfait opportuniste, il choisira l’opérateur dont le système de répartition offrira, non pas tant le meilleur gain possible, que la garantie d’un revenu minimum, tant il est vrai que le modèle de l’Etat providence, hérité de deux siècles d’administration légale-rationnelle, n’a ici rien perdu de sa force… L’art de vivre à la française consiste aujourd’hui à faire passer pour grand et généreux, les seuls accès de bassesse et la médiocrité inhérents à toute créature douée de “raison”…  joli score, en effet !

Diguedondon, diguedondaine !

Posted in iconographe on 10 juillet 2009 by laviedesbetes

concerts-06