“Cette même “soif de concret” qui n’a cessé de repousser au second plan les divinités célestes – éloignées, impassibles, indifférentes au drame quotidien – se manifeste dans l’importance accordée au “fils du dieu céleste” (Dionysos, Osiris, Alein, etc.). Le “Fils” se réclame souvent de son Père céleste ; ce n’est pas cependant cette descendance qui justifie le rôle capital qu’il joue dans l’histoire des religions, mais son “humanité”, le fait qu’il s’est intégré définitivement à la condition humaine, quoiqu’il réussit à la dépasser par sa résurrection périodique.”
Mircea ELIADE, Traité d’Histoire des Religions
A propos des génies dans la société bourgeoise : “La sensation la plus forte pour ces hommes affamés de vécu était l’expérience du destin lui-même, et le type humain le plus élevé était par conséquent l’homme qui avait un destin, une mission, une vocation dont il était le serviteur. La grandeur ne concernait dès lors plus particulièrement une oeuvre ou un travail : c’est l’homme lui-même qui était grand en tant qu’il incarnait quelque chose de surhumain.”
Hannah ARENDT, “Franz Kafka” in La Tradition cachée
“Emancipation n. : changement de tutelle de la tyrannie d’autrui au despotisme de soi-même.”
“Ecouter aux portes v. : accéder secrètement au catalogue des vices et des crimes d’un autre que vous-même.”
“Mode n. : despote dont les impérieuses lubies mènent au ridicule.”
“Conversation n. : foire où chacun propose ses petits articles mentaux, chaque exposant étant trop préoccupé par l’arrangement de ses propres marchandises pour s’intéresser à celles de ses voisins.”
Ambrose BIERCE, Le Dictionnaire du Diable
“Le Loup vient et s’assied, les deux jambes dressées,
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s’est jugé perdu, puisqu’il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris,
Alors il a saisi, dans sa gueule brulante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante,
Et n’a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu, qui traversaient sa chair,
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu’au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu’à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang;
Nos fusils l’entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.
(…)
Gémir, pleurer prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t’appeler,
Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler.”
Alfred de VIGNY, “la Mort du Loup”