Archive pour octobre, 2009

La contine des cantines (LXVIII)

Posted in contines on 31 octobre 2009 by laviedesbetes

Le dilettantisme est la maladie de notre temps. En effet, pourquoi défendre des idées ou combattre pour une cause, comment s’investir dans un quelconque projet quand on sait, hic et nunc, que nous travaillons à fonds perdus ? De surcroît, la notion de sacrifice ne nous est plus d’un grand secours et il faut bien nous résoudre à vivre sous le sceau de l’inutile.

En moi, c’est un monde qui reflue, emportant les visages et les mots de ceux que j’ai aimé, en compagnie desquels j’ai veillé maintes fois. La vague qui s’avance, celle qui, à son tour, fera crisser le sable du temps et frissonner mon échine, m’apportera d’autres visages et d’autres mots qui diront qu’en moi aussi la jeunesse recule.

Quand j’aurai trop vécu, peut-être partirai-je d’un grand éclat de rire, heureux, enfin, de n’avoir plus à décompter les minutes qui passent ?

Les seules vacances, c’est quand les autres triment.

Quand on dit de certains hommes qu’ils ont reçu un cœur dur en héritage, c’est peut-être pour dire que les temps, eux, ne le sont plus assez…

Le tort de certains êtres est d’abaisser le sentiment de fierté au niveau de l’étroitesse d’esprit. La plupart de ces êtres confondent aussi le mérite personnel et les rentes de situation.

Les mots, peut-être, ne disent rien de vrai.

L’homme aspire au Saint Graal de l’amour, mais plus que tout, il aimerait boire plusieurs fois à sa coupe !

Le bleu du ciel serait une illusion, un composé plutôt qu’une essence. Ainsi, en va-t-il du bonheur que nous voudrions un et indivisible et qui se présente à nous par touches de couleurs et notes cristallines.

L’Homme est à ses principes ce que la décimale est à l’unité, une simple approximation.

Chroniques du cirque (LXXIX)

Posted in chroniques on 27 octobre 2009 by laviedesbetes

« Mon dieu que tout cela est laid ! » me suis-je dit à plusieurs reprises, presque à contrecœur, devant les toiles de Pierre-Auguste Renoir actuellement exposées au Grand Palais. Certes, je n’ai jamais prisé les peintures du maître, pas plus que je n’adhère au projet impressionniste, non point que je récuse son appel à la lumière et à ses jeux, mais parce que son naturalisme me paraît faux, sinon trompeur, lorsqu’il prétend s’intéresser ou s’adresser à l’Homme. En saisissant l’instant fugitif avec un talent rare, les peintres impressionnistes embrassent un fantôme de formes et de couleurs, et laissent s’échapper du même coup les papillons du sens et de la beauté. Sous leur palette étincelante s’étiole, non pas la matière, mais l’esprit qui l’habite : l’impressionnisme serait, en quelque sorte, l’image mentale de cet œil myope qui perçoit le reflet miroitant de l’onde, mais qui ignore, délibérément ou non, son motif originel, son essence. Cela n’ôte rien, je le concède, à l’effet saisissant de kaléidoscope que produisent sur l’observateur les multiples versions des Nymphéas de Monet ou encore l’inépuisable cortège des vues de la montagne Sainte-Victoire par Cézanne. Mais de la répétition ne jaillit pas forcément une forme pas plus qu’un langage.

Les toiles proposées datent toutes de la dernière période du peinte qui le voit se réfugier dans l’arrière-pays niçois où il vient soigner ses rhumatismes ainsi que l’arthrose qui finira par mutiler complètement ses mains. Un petit film montrant l’artiste à son chevalet permet de constater les ravages de la maladie : le peintre parvient à peine à mouvoir le pouce et l’index pour attraper le pinceau ou la cigarette que lui tendent obligeamment ses assistants. Il semble, en outre, avoir perdu l’usage de la marche. J’avoue avoir aimé les quelques paysages de Provence, ces vues de Cagnes ou de son domaine des Colettes, qui transpirent la torpeur et d’où semble s’élever le doux parfum des buissons secs. Ses « figures », en revanche, m’ont laissé totalement indifférent : les nus féminins de Renoir contredisent en effet le credo du maître qui rappelle à qui veut l’entendre que « le peintre doit embellir la réalité ». C’est à grand-peine que l’on parvient à  ressentir la sensualité de ces chairs molles aux couleurs de dragée ou de ces visages empâtés dont les traits vagues ne parviennent pas davantage à exciter notre désir de possession. Peu sensible aux allégories de chair à la Rubens, je n’ai saisi de ces corps, la plupart du temps à la toilette ou au bain, que leur déformation : épaississement exagéré des hanches et des cuisses, arrondi jusqu’à l’invraisemblable des visages. Je trouvais à mon goût les seules chevelures, blondes, rousses ou brunes, mais toutes souples et ondoyantes. En fin d’exposition, un très joli portrait en pied : celui de Jean, représenté en tenue du chasse avec, à ses côtés, un cabot sautillant dont la gueule esquisse une sorte de sourire taquin.

Ce qui émeut en définitive, c’est la grande humilité du peintre face à son art. Travailleur infatigable, Renoir est hanté par l’idée de maîtriser enfin sa palette de couleurs, ainsi que le dessin dont il estime ne pas posséder assez la technique. Paralysé, il s’essaie même à la sculpture avec l’aide d’une jeune artiste catalan. « Je commence à savoir peindre. Il m’a fallu plus de cinquante ans de travail pour arriver à ce résultat, bien incomplet encore » dit-il à soixante-dix ans passés… On comprend dès lors que beaucoup aient vanté chez Renoir son éternelle jeunesse, lui qui, sur son lit de mort, se fait encore apporter toile, couleurs et pinceaux.

King Conque II

Posted in pictogrammes on 20 octobre 2009 by laviedesbetes

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Involution des spires
Quand au néant revient
La matière épandue,
Quand la dilatation
Circule en escargot
Vers le siphon des mondes.
Mouvement dilatoire
Au frisson symétrique
Expire à l’unisson
Une lueur spectrale :
L’atome est ce noyé
Qui s’accroche à grand-peine
A l’ordre immarcescible,
A sa coquille de noix.

Photo : Edward Weston

Les souvenirs d’Ulad (XIX)

Posted in Eire on 14 octobre 2009 by laviedesbetes

Ferdiad, témoin oculaire

Ainsi que je vous vois, je les ai vus
Rutilants fanfarons parés pour la bataille
Comme on va à la fête,
Plus d’un riaient en brandissant la tête
Imaginaire et fauve du seul ennemi,
Plus d’un juraient qu’affront
Serait lavé au sang du géant de l’Ulster.

Ainsi que je vous vois, je les ai vus
Un à un revenir sur ce char qu’un cocher
Menait au grand galop,
Quelque uns écornés et la plupart occis,
Séparés de leur chef, en bien vilaine mise,
Dans un morne silence qui dissipait l’envie
De triomphe et de gloire.

Ainsi que je vous vois, je les ai vus
Envisager l’effroi à la pâleur des joues
De ceux qui restaient coi,
De ceux qui calculaient
Jusqu’au petit matin où loterie faisait
Partir un nouveau mort
En habits de vivant, armé de pied en cape.

Ainsi que je vous vois, je les ai vus
Ressasser martingales et ruses à mi-voix,
Escomptant que blessures
Ainsi que la fatigue
Abîmeraient celui qui lançait javelots
A la façon de pailles
Et déjouait les plans des pauvres survivants.

Ainsi que je vous vois, je les ai vus
Supplier pour que cesse le défilé piteux,
Des guerriers tête basse
Des héros guerre lasse,
Oublieux de l’honneur autant que du renom,
Certains que leur vie même ne valait pas tripette
A l’appétit d’un Chien.

Ainsi que je vous vois, je les ai vus
Se faufiler la nuit hors du camp du Connacht,
Pour filer la queue basse
Avant qu’il fût trop tard,
Pour vivre encore un peu
L’agrément d’une jolie compagne
Et voir grandir leurs propres fils.

Ainsi que je vous vois, je les ai vus
Pris de frayeur à la vue du désert
Autour de leur dais chamarré,
Le roi fol Aïlill et sa perfide reine
Embrasser le revers de mon manteau boueux,
M’offrir en pâture une vierge effarée,
Me promettre leur propre fille !

Ainsi que je vous vois, je les ai vus
Serrer des amulettes
Tandis que je montais l’échelle du destin,
Corrompu, mais vif et redoutable,
Aussi fort que mon propre frère
Qu’aujourd’hui je vaincrai
Ou bien qui me tuera, les yeux pleins de larmes.

Halte à la glandouille !

Posted in videodrome on 13 octobre 2009 by laviedesbetes

Spéciale dédicace : Camaron, Bindhi, Perle, Grisette, Balthasar, etc.

Les vestiges du soir (2 septembre 2009)

Posted in archéologie on 13 octobre 2009 by laviedesbetes

De belles images et bons présages. Ainsi ce matin, rue Saint-Martin, marchant devant moi dans son costume sombre, un homme immense, dépassant sûrement le quintal, et qui portait dans ses bras un tout petit enfant blond. A plusieurs reprises, la grosse tête aux cheveux noirs s’approcha doucement des joues roses pour y déposer un baiser d’une rare tendresse. De l’homme je ne vis point le visage ; de l’enfant, j’aperçus le sourire parfait. Plus loin, sur le pont Notre-Dame, à deux pas de la Maison de l’orchidée devant laquelle, invariablement, je ralentis l’allure tous les matins, un duvet de plume voletait dans les airs. Frôlant ma figure, s’enroulant autour de mes mains, il s’échappa ensuite pour continuer sa route au dessus du grand fleuve.

King conque I

Posted in pictogrammes on 12 octobre 2009 by laviedesbetes

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Ô coquillage au fond d’abîme
Aussi profond qu’est froide l’abyssale
Autoroute de nacre
Enfonçant l’invertèbre en lui-même,
Appelant en son moyeu final
Une roue éternelle,
Aspire à toi l’influx de ma nuit noire
Et gicle ma lumière
A ta bouche éventail.

Photo : Edward Weston

Acrostiche (XI)

Posted in bouteille à l'encre on 9 octobre 2009 by laviedesbetes

Végétale,

J’aspire à ta caresse, à tes lèvres posées,
Un vent aussi léger que ta peau délicate,
La rosée d’une fleur, champ mêlé d’aromates
Invitant à la danse où l’effluve est osée.

Encor je veux goûter à la blanche corolle,
Tes formes déliées enlacent mon armure,
Ton ventre au doux feuillage où mon gant batifole,
Enchevêtre mes bois à ta belle ramure.

Je m’éprends de ta bouche au parfum de secret,
Uniquement dardé par le doux appendice,
Le baiser que tu prends fait de moi ton calice,
Inondé de ton suc, coule en moi vin sucré.

Enivré de tes dons à la nacre desquels
Tu me suspends longtemps, j’apaise mon élan,
Terrible compagnon à l’appétit duquel
En souriant tu ploies, petit roseau brûlant.

Les vestiges du soir (le 27 février 2000)

Posted in archéologie on 9 octobre 2009 by laviedesbetes

M. m’a rappelé sans fioritures ma lacune principale, l’absolu pessimisme qui entache le moindre de mes actes, la moindre de mes paroles d’une auréole nauséeuse, insupportable à ses dires… Inutile de nier l’évidence, cet attribut ne me quitte pas et, jamais sans doute, je ne m’en débarrasserai. C’est le pire côté des choses qui m’accompagne, car mon esprit se refuse obstinément à considérer autre chose que l’inutile embarras, la probable déconvenue ou l’échec complet. Jamais, non jamais, je ne parviens à me départir de ce sentiment d’insuffisance que suscite chez moi la confrontation aux choses et à faire prévaloir, sur les manifestations intempestives de mon incapacité à vivre, les gratifications que l’existence m’accorde à pleines poignées et auxquelles je ne prête attention. La noirceur imprègne mes pensées, je dois le concéder, et confère à ma voix un ton plaintif qui a le don d’exaspérer ma compagne. La sincérité de mes jérémiades, dont elle ne doute malheureusement plus, renvoie à leur finalité : exorciser, en le nommant par tous ses noms et sous toutes ses nuances, le malheur. Méthode perverse qui rend insupportable le remède lui-même, aggrave l’état du malade et rend inévitable la contagion.

Le vers à moitié vain (CV)

Posted in bouteille à l'encre on 3 octobre 2009 by laviedesbetes

Daemon

Dans le bocage, à l’aube,
Entre les troncs minces et nus,
Adossés au talus mouillé,
Trois corps à la parade,
Trois tuniques camouflées
Tachées d’une rosée brune.
L’officier lève ses mains gantées de cuir
Offrant la reddition
Comme une cigarette blonde…
Le fuseau des bottes noires
Frôle le visage figé
Des trois enfants-soldats.

Sur la chaussée humide,
Le crissement des semelles,
Les cris du vainqueur, le cliquetis
Des armes et de son fourniment.
Son regard est lourd, inquiet
A l’approche d’un prisonnier
Dont rien ne trahit l’effroi :
Sur le col de la vareuse,
Un écusson noir et deux runes
D’acier qui tranchent à vif
Le visage lisse et froid
De l’Archange déchu.

Le Démon a vingt ans,
De longues mèches brunes
Caressant son front,
Des yeux d’obsidienne…
Ses lèvres fines dessinent lentement
Un long sourire qui ne s’éteint pas
Lorsque fusent les ordres brefs,
Lorsque tombent les premiers coups
Jetés comme des SOS…
Le démon a chu,
Le sillon de sang à la bouche,
Semence des morts.

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DEATH WAS IN THE CARDS FOR HIM !
Beside the body of this dead german soldier lies a scattered deck of cards. He seems to be a mere youngster.
CREDIT LINE (US ARMY OFFICIAL PHOTO FROM ACME)