
Photo : Nick Brandt
Je me souviens du temps où les membres de Massive Attack avaient choisi de changer de nom pour devenir « Massive ». Nous étions alors en pleine première guerre du Golfe et les Anglais souhaitaient alors éviter tout amalgame avec les opérations militaires en cours. Cette épithète, un rien pompeuse, me paraît cependant appropriée pour qualifier la prestation du groupe au Zénith : celui-ci avait en effet sorti les grands moyens pour marquer d’une pierre blanche son retour sur scène à quelques mois de la parution du tout nouvel album « Weather Underground ». Souvent critiqués pour leur absence de densité en concert, Robert Del Naja et Grant Marshall ont proposé un spectacle total dans lequel les mélopées planantes et chaudes du trip hop se mélangeaient avec un jeu d’éclairages bruts à base de lignes vertes,
rouges et blanches qui striaient la scène d’étroits faisceaux ou composaient, en arrière-fond, des sortes de messages subliminaux condamnant les excès de la société de consommation. Les deux compères de Bristol ne sont certes pas de grands musiciens et leurs possibilités vocales demeurent bien limitées, mais leur talent réside ailleurs, dans cette capacité à combiner les styles (rock, soul, hip hop et jazz) pour fabriquer un son, le plus souvent saturé en basses, et inventer des lignes mélodiques sur lesquelles se greffent, depuis presque vingt ans, les voix parmi les plus belles de la musique pop.
Certes, Liz Fraser et Sinead O’Connor étaient absentes, mais Martina Topley-Bird qui a délivré, en compagnie d’un ninja sautillant, une première partie de grande classe, et le fidèle Horace Andy, ce monument de la musique jamaïcaine au vibrato étrange, ont à proprement parler assuré comme des bêtes, dopant considérablement les morceaux sur lesquels ils chantaient. J’ai découvert, pour la plupart, les titres de « Splitting the Atom », tout comme ceux du futur album, qui semblent tous s’inscrire dans l’orientation musicale prise par le groupe depuis le cultissime « Mezzanine », à savoir celle d’un rock électronique, planant et répétitif, une musique faite de progressions qui lentement se déploie pour envelopper l’auditeur d’un voile sonore aussi chaud que confortable. J’ai été agréablement surpris par le niveau de la musique, plutôt raisonnable dans une enceinte habituée aux avalanches de décibels ainsi qu’au massacre acoustique. Ainsi, n’ai-je ressenti aucune gêne particulière à l’issue du spectacle. Un excellent concert qui m’a permis de découvrir en live des morceaux que j’écoute depuis des lustres comme Teardrop, Safe from Harm, Angel, Kamarcoma, ou encore Unfinished Sympathy. Deux petits regrets seulement : l’absence dans la playlist des deux joyaux que sont Protection et Man Next Door.