Archive pour la Catégorie bouteille à l'encre

Le vers à moitié vain (CVII)

Posted in bouteille à l'encre on 11 décembre 2009 by laviedesbetes

Le vaisseau Saint-Louis

A la proue du navire
Qui fend le rio noir,
Sous la lune rousse, ivre
Et ceint de l’entonnoir,
Le noceur prisonnier
De la mature : l’hunier,
Comme invisible toile
Emprisonne l’étoile,
Escamote les vents…
Autour de lui, ces gens
Qu’il aime et qu’il désire
Autant de sains plaisirs
Auxquels il s’adonnait
Du temps de sa jeunesse…

Du temps de ses prouesses,
Quand il se tamponnait
Des lois de bienséance,
Joignant à l’inconstance,
La joie du détrousseur,
Avalant en vainqueur,
Les fumées, les liqueurs…
De la vie, la minceur
Il tâtait à tâtons
En roulant sous les tables
En glissant un jeton
Dans la fente d’un rêve…
L’enfant pleurait sa sève

A la joue d’une fille
Aperçue au comptoir :
Sur ses talons Sibylle,
Au lit, un assommoir
De petites manies…
Quand s’ouvrait l’Infini
Aux mansardes pendu,
Le comparse attendu
De ces nuits de combat
N’était qu’une chipie.
Il lui disait tout bas
Le récit de l’impie
Qui brûlait les encens
En maudissant le Père,

Et faisait grand mystère
De ses dons, de l’argent
Cousu à ses revers…
Il était capitaine
Au brigantin pervers,
Drapeau noir en misaine
Et sabre entre les dents,
Avec cent imprudents
Pillait Quartier Latin
Assiégeant Sorbonne
A coups de serpentin
A renfort de trombone…
Petit étudiant
Se voulait mendiant

De la Lune et des anges
Au mépris de la fange
Accolée aux semelles,
Au mépris de ces belles,
Ces belles parfumées
Que nous avons aimées.
Contrescarpe vendue
Pour un demi-doublon,
Bouteilles descendues
Non loin de l’ange blond
Aperçu, tard le soir,
Sur les bords du ponton
Où l’on virait, matons
De la prison passoire…

Toujours, tandis qu’on vide
A vau l’eau les canettes
Et, d’une pichenette,
Qu’un caillou se décide
A franchir les sabords
Du visible, je sens
Mon ami bord à bord,
Ecoutant les passants
Eméchés et ravis,
Frôlant, souffle de vie,
Les corps quai de Béthune
Où son corps, dans un lit
Froid, suaire sans pli,
Implorait la Fortune.

Le vers à moitié vain (CVI)

Posted in bouteille à l'encre on 28 novembre 2009 by laviedesbetes

Ta peau…

Ta peau, aux veines délicates
D’un marbre de Carrare, exhale
Un doux parfum de fleur et d’animal
Que j’hume, inhalant l’aromate
De tes épaules nues, rondeurs
Où va ma bouche, où sont mes doigts.
Ta peau, parchemin des rougeurs
Que tu offres à mon coeur, ce roi
Pêcheur de nacre, orpailleur nu
Et fou d’une seule caresse :
Ta peau, contre la mienne presse,
M’épousant tel un gant charnu.

Acrostiche (XI)

Posted in bouteille à l'encre on 9 octobre 2009 by laviedesbetes

Végétale,

J’aspire à ta caresse, à tes lèvres posées,
Un vent aussi léger que ta peau délicate,
La rosée d’une fleur, champ mêlé d’aromates
Invitant à la danse où l’effluve est osée.

Encor je veux goûter à la blanche corolle,
Tes formes déliées enlacent mon armure,
Ton ventre au doux feuillage où mon gant batifole,
Enchevêtre mes bois à ta belle ramure.

Je m’éprends de ta bouche au parfum de secret,
Uniquement dardé par le doux appendice,
Le baiser que tu prends fait de moi ton calice,
Inondé de ton suc, coule en moi vin sucré.

Enivré de tes dons à la nacre desquels
Tu me suspends longtemps, j’apaise mon élan,
Terrible compagnon à l’appétit duquel
En souriant tu ploies, petit roseau brûlant.

Le vers à moitié vain (CV)

Posted in bouteille à l'encre on 3 octobre 2009 by laviedesbetes

Daemon

Dans le bocage, à l’aube,
Entre les troncs minces et nus,
Adossés au talus mouillé,
Trois corps à la parade,
Trois tuniques camouflées
Tachées d’une rosée brune.
L’officier lève ses mains gantées de cuir
Offrant la reddition
Comme une cigarette blonde…
Le fuseau des bottes noires
Frôle le visage figé
Des trois enfants-soldats.

Sur la chaussée humide,
Le crissement des semelles,
Les cris du vainqueur, le cliquetis
Des armes et de son fourniment.
Son regard est lourd, inquiet
A l’approche d’un prisonnier
Dont rien ne trahit l’effroi :
Sur le col de la vareuse,
Un écusson noir et deux runes
D’acier qui tranchent à vif
Le visage lisse et froid
De l’Archange déchu.

Le Démon a vingt ans,
De longues mèches brunes
Caressant son front,
Des yeux d’obsidienne…
Ses lèvres fines dessinent lentement
Un long sourire qui ne s’éteint pas
Lorsque fusent les ordres brefs,
Lorsque tombent les premiers coups
Jetés comme des SOS…
Le démon a chu,
Le sillon de sang à la bouche,
Semence des morts.

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DEATH WAS IN THE CARDS FOR HIM !
Beside the body of this dead german soldier lies a scattered deck of cards. He seems to be a mere youngster.
CREDIT LINE (US ARMY OFFICIAL PHOTO FROM ACME)

Le vers à moitié vain (CIV)

Posted in bouteille à l'encre on 12 septembre 2009 by laviedesbetes

Fardés de noir,
       Tes grands yeux bleus,
Ta silhouette
       Aux pâles peaux,
Font s’émouvoir
       Le prince las
Du nulle part
       De son royaume.
Des vies sans baume
       Au front d’escarre,
Des nuits crachats
       Au puits mouroir,
Peuplent, farauds,
       Cette cachette
Aux longs épieux
      Où il fait noir.

Il est grand temps
      D’échoir au Prince
Une mie belle,
      Place au soleil
Où s’épandront
      La joie de vivre
Et l’embonpoint
      De sa compagne.
Quittant l’Espagne,
      Moellons disjoints
Du château ivre
      Au froid donjon,
C’est sans sommeil
      Qu’il s’en vient tel
Crabe sans pinces,
      T’aimer longtemps.

Le vers à moitié vain (CIII)

Posted in bouteille à l'encre on 5 septembre 2009 by laviedesbetes

Une forêt

Déracinée par un souffle,
Une forêt abattue
Comme un jeu de quilles :
Des branches émondées
Par un vent rageur,
Ce verbe incandescent
Du dieu hilare !
Les racines, lianes
Qui supplient un ciel d’acier,
Font bouquets d’herbes
Et de terre, gorgées
De plantes et de mousses
Odorantes.
Au creux de la vallée,
Sillonnée par des cascades
Millénaires,
Lisse et douce comme un sein,
L’Homme a planté ses troncs,
L’Homme a voulu ses bois,
L’Homme a vu s’écrouler
Son château de cartes.

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Derryaun (Mayo county)

Dans l’âtre de la cheminée
Crépitements d’un feu de tourbe,
Tandis qu’assis sur le divan,
Les corps délassés et les yeux
Caressés par les flammes d’or.
A la fenêtre, le ballet des nuages
Glissant sur un horizon imberbe :
La maison, cet îlot blanc
Dans la moiteur des terres noires,
Le frôlement du vent sur les vitres
Et, calfeutrés, les habitants
De l’ermitage
Visant le cœur des choses…
Les regards, glissement lent
Sur les murs couverts de bibelots,
Vers les lieux du plaisir :
La longue table, un chandelier
Fondant du plafond haut,
La bibliothèque et son bandonéon,
Le caillebotis mouillé
Des douches du sauna
Où s’évaporent
Certitude et savoir,
Calculs et devenir.

Le vers à moitié vain (CII)

Posted in bouteille à l'encre on 3 septembre 2009 by laviedesbetes

IMGP3341

Car la beauté décapitée
N’en est pas moins sensible
Et la corolle à l’orchidée
Forge un écrin tangible :

Qu’abritent les pétales
Sinon cet indécent calice
Où s’éponge un complice
De sève et de sang, cannibale

Aux lèvres de satin
Sur le taffetas de safran.
Que le mauve ait son rang,
Petit ruban hautain,

Pendeloque où s’attache
Une idée du Vrai, for la tache
Au vivant dédiée,
Tout le rappelle au crucifié.

IMGP3344

Le vers à moitié vain (CI)

Posted in bouteille à l'encre on 31 août 2009 by laviedesbetes

Les Hautes côtes

Un soleil de printemps sur les coteaux de Nuits,
Sur les coteaux de Beaune engourdis, maigrelets,
Où le bourgeon naissant présage du collier
Que portera Bacchus : ici l’or est un fruit.

Le long de la grand-voie, le chapelet des bourgs,
Le prestige des noms, l’étroitesse des cours
Où l’on fait bon accueil à l’averti palais
Qu’émouvra une voûte : ici l’or est un chais.

Dans les celliers de taille aux jointures moisies,
Sur les toits ruisselant de lumière et les murs
Des bâtisses cossues, la même modestie,

L’humilité suprême aux années suspendue,
Vouée à la terre et au ciel, seule aventure
A pouvoir espérer de nos mondes perdus.

Le vers à moitié vain (C)

Posted in bouteille à l'encre on 21 août 2009 by laviedesbetes

Tentation d’Ouranos

L’ébène de mes flancs à la voûte éperdue
Et mes sabots de corne époussetant le ciel,
J’avance et me confonds dans la nuit où, pendus,
Scintillent tous les feux de la nappe vermeille.

L’arène est cet empire où je vis éternel,
Ma course échevelant le nébuleux vortex
Où s’épand ma semence, où se vide mon sexe
Aussi puissant qu’est vain cet instinct paternel.

Car d’un taureau la queue vaut mieux que son génie
Fût-il le créateur du Monde : à l’agonie,
Mon œil noir ne sait plus qu’une lame mortelle

A déjà comploté, holocauste sanglant,
L’égorgement du dieu par cet enfant cruel
Qui vise l’univers au prix de mes tourments.

Le vers à moitié vain (XCIX)

Posted in bouteille à l'encre on 18 août 2009 by laviedesbetes

Caravansérail aux portes du Désert,
Voici la Cité des Hommes :
Sous les galeries ombragées,
Des conspirateurs et des fous,
Des putains et ceux qui jouent
Leur place au soleil, ignorant
Que la vie est ailleurs,
Sous ce grand chapiteau auréolé d’étoiles,
Brûlant des feux qu’un projecteur
Envoie aux visages blafards
Qui voudraient voir plus loin.
La tente abrite un équipage
D’acrobates et de clowns
Qui se font rire, qui se font peur.