Le vaisseau Saint-Louis
A la proue du navire
Qui fend le rio noir,
Sous la lune rousse, ivre
Et ceint de l’entonnoir,
Le noceur prisonnier
De la mature : l’hunier,
Comme invisible toile
Emprisonne l’étoile,
Escamote les vents…
Autour de lui, ces gens
Qu’il aime et qu’il désire
Autant de sains plaisirs
Auxquels il s’adonnait
Du temps de sa jeunesse…
Du temps de ses prouesses,
Quand il se tamponnait
Des lois de bienséance,
Joignant à l’inconstance,
La joie du détrousseur,
Avalant en vainqueur,
Les fumées, les liqueurs…
De la vie, la minceur
Il tâtait à tâtons
En roulant sous les tables
En glissant un jeton
Dans la fente d’un rêve…
L’enfant pleurait sa sève
A la joue d’une fille
Aperçue au comptoir :
Sur ses talons Sibylle,
Au lit, un assommoir
De petites manies…
Quand s’ouvrait l’Infini
Aux mansardes pendu,
Le comparse attendu
De ces nuits de combat
N’était qu’une chipie.
Il lui disait tout bas
Le récit de l’impie
Qui brûlait les encens
En maudissant le Père,
Et faisait grand mystère
De ses dons, de l’argent
Cousu à ses revers…
Il était capitaine
Au brigantin pervers,
Drapeau noir en misaine
Et sabre entre les dents,
Avec cent imprudents
Pillait Quartier Latin
Assiégeant Sorbonne
A coups de serpentin
A renfort de trombone…
Petit étudiant
Se voulait mendiant
De la Lune et des anges
Au mépris de la fange
Accolée aux semelles,
Au mépris de ces belles,
Ces belles parfumées
Que nous avons aimées.
Contrescarpe vendue
Pour un demi-doublon,
Bouteilles descendues
Non loin de l’ange blond
Aperçu, tard le soir,
Sur les bords du ponton
Où l’on virait, matons
De la prison passoire…
Toujours, tandis qu’on vide
A vau l’eau les canettes
Et, d’une pichenette,
Qu’un caillou se décide
A franchir les sabords
Du visible, je sens
Mon ami bord à bord,
Ecoutant les passants
Eméchés et ravis,
Frôlant, souffle de vie,
Les corps quai de Béthune
Où son corps, dans un lit
Froid, suaire sans pli,
Implorait la Fortune.


